Pierre Cassen, comment pouvez-vous défendre le blasphème, et contester les sifflets de La Marseillaise ?

Publié le 27 juin 2011 - par - 1 029 vues
Share

Lettre à M. Pierre CASSEN.

Fidèle lecteur de Riposte Laïque et fervent partisan de la cause que vous défendez, je voulais vous faire part, en toute amitié, de la réaction que m’a inspiré la fin de votre intervention sur Radio Suisse Romande.

http://ripostelaique.com/wp-content/uploads/2011/06/RSR_Babylone_15juin2011-Blasphemes.mp3

Je suis surpris de constater qu’un orateur de votre qualité puisse tomber dans le piège grossier que le journaliste de cette radio vous à tendu au sujet du drapeau tricolore.

Sur la forme d’abord : le sujet de cette émission était « le droit au blasphème ». A moins que d’ériger en dogme religieux la conception de la république laïque, la question était hors sujet et peut-être auriez-vous dû le lui faire remarquer. Mais sans doute connaissait-il la pugnacité dont vous faites preuve et qui vous honore, et se doutait-il que vous ne manqueriez pas de répondre à cette question. C’est de bonne guerre…

Sur le fond ensuite : à l’écoute de votre réponse, les bras m’en sont tombés. La posture que vous avez adoptée était intenable et vous a sans doute fait passer auprès des auditeurs pour le vilain Français xénophobe et partial, dont je sais que vous n’en êtes pas pour vous lire régulièrement.

L’amour du drapeau et de la nation est un sentiment que nous partageons vous et moi, mais peut-on prétendre défendre le droit au blasphème et applaudir la répression de l’injure faite à l’emblème national ?

En quoi un mode d’expression violent comme siffler la Marseillaise, se torcher avec le drapeau national, plonger un crucifix dans l’urine serait-il plus légitime l’un que l’autre ? N’est-ce pas là une forme d’intégrisme ? Doit-on limiter le droit d’expression lorsque le sujet attaqué fait partie du socle commun de la République ? Sur cette dernière question votre réponse a été claire mais néanmoins sujette à débat.

Vous avez soutenu votre position en déclarant que nombre de personnes avaient donné leur vie ou versé leur sang pour l’emblème de la nation et que leur faire injure était à vos yeux inacceptable.

Que dire alors des milliers de Chrétiens qui sont morts dans les arènes romaines pour ne pas renier leur foi ou des juifs brûlés vifs sur les bûchers de l’inquisition Espagnole pour la même raison ? N’ont-ils pas le droit eux aussi au même respect ?

Attaquer un symbole religieux comme le firent les caricatures de Mahomet ou le film « La dernière tentation du Christ » peut choquer les croyants et provoquer de leur part une réaction violente, disproportionnée et répréhensible, comme pourrait être également violente la réaction d’un patriote lorsqu’il entend que le drapeau tricolore est un « torche-cul » ou qu’il le découvre en image sur internet ou dans une exposition « artistique ».

Liberté, égalité, fraternité et laïcité. Ces notions sont-elles compatibles entre elles ?

On dit que la liberté de chacun s’arrête là où commence celle des autres. Ma liberté (d’expression) serait donc limitée parce que mes propos antireligieux ou perçus comme blasphématoires seraient susceptibles de choquer les croyants ?

Il n’y aurait donc pas d’égalité de traitement entre le fait de tenir des propos blasphématoires donc choquants pour une communauté de croyants et le fait de porter atteinte à l’emblème national, acte choquant pour les patriotes ?

La fraternité s’arrêterait-elle lorsque l’opinion d’un concitoyen va à l’encontre de mes convictions ?

La neutralité d’un État laïque doit-elle cesser lorsque l’une ou l’autre religion pense avoir été atteinte dans ce qu’elle estime être de l’ordre du sacré ?

Assurément, à toutes ces questions la (ma)réponse est NON…

Franck Calamus

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.