Pierre Cassen quitte la CGT, moi, je claque la porte de Force Ouvrière

Publié le 19 mars 2012 - par - 1 306 vues
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Après une bonne décennie de bons et loyaux services pratiquement bénévoles, je sais que je renouvellerai pas mon adhésion en 2013. Par ailleurs, j’ai définitivement cessé toute activité militante au sein du syndicat. Si j’ai repris ma carte en janvier 2012, je crois qu’il faut attribuer cela à la simple force – aveugle – de l’habitude.

Mon départ de FO a des raisons évidentes. L’affaire des calendriers musulmans distribués par FO à certains salariés du secteur automobile, la proximité pour ne pas dire l’interpénétration de FO avec la Libre Pensée, organisation dite laïque qui nous a démontré si souvent sa complaisance à l’islam et surtout sa haine contre Riposte Laïque, et, pour finir, la très grande proximité de FO et de la LDH, cette autre organisation sinistre à l’initiative du procès actuel intenté à Pierre Cassen et Pascal Hilout. Cerise sur le gâteau : l’un de mes camarades FO locaux est membre actif de cette même LDH !

Dès le début 2011, mes griefs contre FO s’étaient accumulés au point de provoquer en moi une aigreur, une irritation irrémédiables, de celles qui provoquent en général des ulcères. Cela sentait le départ, le claquage de porte à plein nez. Mais enfin, la force de l’habitude, cette fameuse force de l’habitude m’a fait perdurer en tant que syndicaliste jusqu’en janvier 2012. Il y a un mois environ, j’ai définitivement claqué la porte… pour éviter l’ulcère. Accessoirement pour éviter de flanquer mon poing dans la gueule à certains camarades, très très bien-pensants et très très méprisants, imbus de leurs certitudes angélo-mondialistes à un point qu’il est difficile d’imaginer.

J’avais déjà, début 2011, rédigé un brouillon d’article très à charge contre FO, sur une approche originale : en me basant sur la rubrique littéraire et certains articles secondaires du journal FO Hebdo. J’avais pénétré une chose : les rubriques secondaires d’une feuille syndicale, celles qu’on ne lit guère, révèlent les côtés obscurs de cette feuille syndicale et de l’organisation dont elle est l’organe. C’est sans doute valable pour d’autres type de feuilles.

Seul problème : j’avais renoncé à publier l’article, pour ne pas heurter les sensibilités syndicales de quelques camarades de Riposte Laïque, eux-mêmes syndiqués à FO ou ailleurs. Mais aujourd’hui, constatant que notre ami Pierre Cassen en est réduit, syndicalement, à la même extrémité que moi, à savoir claquer la porte de son organisation, je n’ai plus guère de scrupules à publier ce petit billet qui, je crois, n’a pas pris une ride en un an.

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Force Ouvrière : le charme discret de la bobocratie

Qu’on se le dise, vous ne trouverez jamais, dans la prose officielle de FO, de grandes déclarations immigrationnistes, ni de grandes diatribes anti-FN ou anti-nationalistes, telles qu’on peut en trouver dans les publications de SUD et de la CGT, ou même, en version à peine moins discrète, dans les colonnes de la CFDT, de l’UNSA ou de la FSU. A Force Ouvrière, point d’homélies hystériques, point d’éclats de voix. Tout se passe en douceur, de la façon la plus benoîte qui soit. Un côté presque jésuitique, si l’on n’était dans un syndicat laïc…

Si vous ouvrez FO Hebdo, vous constaterez que la stricte information socio-économique tient la première place, dans des articles de fond, dont il faut saluer d’ailleurs la remarquable qualité. La philosophie bien-pensante, la rhétorique bobo s’y trouve aussi, mais en mode mineur, en musique de fond, dans des entrefilets, des articles secondaires, la plupart de très petite taille. Cela étant, fussent-ils secondaires, ils nous en apprennent beaucoup sur le degré de bobo-attitude de nos chers syndicalistes FO (dont je fais, moi-même, hélas, partie, quoique la pensée bobo me soit devenue extrêmement étrangère depuis un certain temps).

La rubrique littéraire, notamment, est une mine de renseignements. On y trouve par exemple un éloge de François Reynaert et de son ouvrage Nos ancêtres les gaulois et autres fadaises, titre qui en dit long sur le degré de patriotisme de l’écrivain (FO Hebdo, n°2968, 15 décembre 2010, p. 18). Autre exemple, FO Hebdo, dans la même rubrique, plaide savamment la cause de Marc Hatzfeld, le sociologue cireur de banlieue, pour son essai (qui fera date, n’en doutons pas, dans l’histoire des sciences humaines) intitulé Les lascars, une sorte d’éloge de la créativité si féconde des « zivas » de banlieue (FO Hebdo, n°2972, 26 janvier 2011, p. 16) ; devant une référence aussi énorme, du reste, notre lecteur Paul-Antoine Desroches avait rédigé une chronique de protestation (1).

Plus original, on peut lire un panégyrique de Virginie Despentes, pour son magistral Apocalypse bébé, où l’on apprend de nos camarades de la chronique littéraire la chose suivante : « […] l’auteur du mythique Baise-moi évoque les délires sécuritaires et identitaires de l’époque contemporaine, où chacun est davantage préoccupé par ses propres problématiques que par ses devoirs comme, par exemple, retrouver une adolescente en détresse. » Admettons pour l’adolescente en détresse, encore qu’elle soit présentée comme « rebelle, déboussolée et nymphomane » en début d’article, sans que nos camarades s’interrogent un instant sur l’idéal de vie que ce genre de littérature propose à la jeunesse ou plutôt aux parents bobos qui produisent ce genre de générations d’ados collabos, multi-culs dans tous les sens du terme, individualistes et hyper-hédonistes. On conviendra en tout cas que l’idée d’un délire sécuritaire et identitaire est pour le moins bien-pensante (FO Hebdo, n° 2960, 20 octobre 2010, p. 16).

Sinon, plus classique, dans le FO Hebdo n°2956 du 13 octobre 2010, page 16, voisinent une présentation de Missak, de Didier Daeninckx, selon lequel la Résistance à l’occupant nazi aurait été surtout le fait « des étrangers aux noms difficiles et aux faciès présentés comme patibulaires » et une autre présentation, d’Amélie Nothomb celle-ci, pour Une forme de vie, un monument obligatoire de la littérature contemporaine : « Dans ce roman, sans doute un des plus réussis, Amélie Nothomb évoque une nouvelle fois des thèmes qui lui sont chers, comme l’identité face au regard des autres, la généralisation des problèmes alimentaires qui font souffrir les gens. » Dont acte.

Que FO se comporte avec la discrétion d’un chat d’appartement, cela se vérifie également dans les entrefilets politiques des bas de page. Tout dans la nuance, tout dans la suggestion, tout dans le non-dit. Que du bonheur feutré, genre piano bar et fumée de cigare (sauf que, maintenant, le cigare, c’est interdit). Par exemple, notre camarade Michèle Biaggi, personnage confédéral des plus charismatiques, se fend d’un « Post-Scriptum » en bas de la page 7 du FO Hebdo n° 2986 (4 mai 2011) intitulé « Nature, en papillote ou gratiné : à chacun son Premier Mai ». Après un rappel fort légitime des revendications de FO, l’inénarrable Michèle nous gratifie d’une allusion au Front National tellement discrète qu’il n’y a que Riposte Laïque pour s’en apercevoir ; l’allusion tient tout entière dans une phrase inachevée: « Quand des partis politiques s’accaparent la journée du 1er mai… » Il faut dire que Michèle ne pouvait parler avec trop de franchise : vu le nombre de camarades FO qui votent et ont voté FN (il est très probable que j’en fasse partie moi-même), il fallait juste un peu de gauchisme, mais pas trop. Vous prendrez bien un petit entrefilet ? Juste cuit, un peu rosé en profondeur.

Sinon, page 8 et 9 du même exemplaire, vous avez, et cette fois-ci, ce n’est pas discret du tout, un interview au sommet de notre ami Henri Peña-Ruiz. C’est normal, comme il y a des gens de FO qui travaillent à Riposte Laïque – pendant que d’autres camarades FO perdent leur temps et leur âme à militer dans des instances de la Ligue des Droits de l’Homme –, comme, et c’est logique, l’ambiance au sein de certaines Unions Départementales FO a tendance à friser la violence physique, il fallait bien que la confédération se fende d’une grande réconciliation interne. Et à cet effet, qui de mieux que Peña-Ruiz, l’homme capable d’accorder un interview de deux pages à FO Hebdo sur la laïcité sans parler une seule fois de l’islam ? Je vous le jure, vérifiez vous-même, j’ai lu l’article au moins trois fois. Peña-Ruiz, c’est le musicien idéal pour l’atmosphère très piano-bar ou soft-rock des publications de FO : un petit fond sonore laïc, qui ne gêne personne, juste pour l’ambiance… Certes, le communautarisme et le fanatisme sont bien évoqués, une fois, en fin d’interview, mais avec les précautions du vide. C’est alors qu’un petit entrefilet, qui suit l’interview de l’immense penseur, tranche définitivement la question de la laïcité en pleurant sur l’autorisation faite par la CEDH de garder des crucifix dans les écoles publiques en Italie… Que du bonheur vous dis-je !

Si l’on devait recenser de manière exhaustive tous les entrefilets bien-pensants de FO, on n’en finirait plus. De mémoire, je citerais : des Roms comparés à des « fils du vent » stigmatisés et persécutés ; une allusion à Bégaudeau (n° 2983 du 20 avril 2011), l’auteur de l’inoubliable Entre les murs ; des articles sur tel ou tel héros de la culture rock (c’est très syndical) ; des soutiens larmoyants aux révolutions arabes, uniquement décrites en terme de lutte sociale.

Sur ce dernier point, du reste, FO a frappé très fort en sortant de sa réserve habituelle et en y consacrant de pleines pages, la Une du célébrissime numéro 2972, du 26 janvier 2011, « Tunisie : le peuple en marche pour la démocratie », précédée par celle du 2971, « Tunisie : le vent de la liberté », en dit long sur le degré d’abrutissement géopolitique des journalistes de FO Hebdo… Sur Lampedusa, malgré tout, ils sont, pour l’instant, un peu plus discrets, peut-être parce que l’événement est énorme, mais enfin on ne compte plus les entrefilets et les paragraphes de motions qui comportent des allusions mouillées de larmes à ces braves étrangers qui ne demandent pas mieux que de faire profiter nos nations vieillissantes de leurs talents et de leur force de travail. Je m’étais d’ailleurs déjà exprimé sur la xénophilie discrète de Force ouvrière, une xénophilie en contrepoint, un fond musical pour l’ambiance, mais qui en dit long sur l’esprit général de nos confédéraux (2). J’ai aussi le souvenir d’un article récent consacré à un ouvrage sur la Lybie, présentée comme une nation fière et rebelle ; j’ai oublié la référence, mais enfin, que cela se sache, elle est essentielle au salariat français… Les Lybiens sont des gens virils – comprenez capables de chasser de méchants dictateurs comme Khadafi (Oh, le vilain!) pour établir un régime démocratique (Et prout !, ma chèèère). Le travailleur français est ravi d’apprendre une nouvelle aussi réconfortante, il se sent déjà beaucoup mieux !

Allez, mes chers camarades, encore un petit effort et vous allez devenir de vrais gauchistes, des gauchistes décomplexés comme il y en a des tonnes à SUD ou dans la CGT ! Arrêtez de vous cacher sous des pudeurs de rosières, de toute manière on vous a reconnus. Au moins, à la CGT et à SUD, il annoncent la couleur, 100 % xénophiles, 100 % immigrationnistes, 100 % islamo-compatibles. Ils entonnent le « Mahomet, nous voilà ! » (3) à tue-tête et tous les jours, eux ! Ils ont le mérite d’être clair, en somme… Mettez-vous au hard-rock, ça vous changera du piano-bar ; de toute manière, c’est la même partition, il n’y a que l’orchestration qui change !

Article écrit suite au peu d’enthousiasme déclenché par le Premier mai syndical de cette année 2011 (4). Pour la première fois de ma carrière syndicale, j’ai refusé catégoriquement d’aller manifester.

Jacques Philarcheïn

NOTES

(1) http://ripostelaique.com/Retour-sur-les-emeutes-de-2005.html

(2) http://ripostelaique.com/cgt-fo-cftc-et-lindependance-syndicale-deux-poids-deux-mesures.html

et http://ripostelaique.com/independance-syndicale-et-respect-des-statuts-deux-poids-deux-mesures-22.html

(3) Chanson humoristique, parodie de « Maréchal, nous voilà ! », diffusée dans un article désopilant de Paul Le Poulpe : http://ripostelaique.com/doriot-chantait-marechal-nous.html

(4) Lire à ce sujet l’article de notre ami Gérard Brazon, de Résistance Républicaine : http://puteaux-libre.over-blog.com/article-le-defile-syndicaliste-peine-a-mobiliser-celui-du-fn-progresse-73103341.html

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