Pierre Dharréville : encore un communiste qui préfère l’islam à la République

Si l’on en croit Pierre Dharréville (1), tout l’enjeu du combat laïque de notre temps consiste à « rompre avec la République des hommes blancs hétérosexuels pour en venir à la République des égales et des égaux ».

Il ne faut donc être ni blanc, ni hétérosexuel, ni même de sexe masculin pour être laïque ! En effet, s’affirmer dans cette identité-là, c’est être « raciste » et « dominateur », autrement dit  « fasciste » : adieu « la République des égales et des égaux » !

On comprend la suite d’une telle logique : le « choc des civilisations » n’est qu’un leurre qui « sert à diviser le peuple, à masquer l’affrontement de classes, à démanteler la République et ses valeurs ». Par conséquent, la réalité d’un islam bousculant la République n’est qu’un « fantasme » utilisé par ceux qui « caricaturent l’islam » pour mieux asseoir leur « haine de l’autre » en se complaisant dans une xénophobie prétendument républicaine.

A ce « fantasme » s’ajoute celui « d’une France éternelle qui  n’a jamais existé que dans l’esprit des fanatiques de la pureté nationale  » (sic). C’est pourquoi « le concept d’intégration, qui a succédé à celui d’assimilation, doit être fortement interrogé » (2).

Nous y voilà ! L’intégration pose problème ? Supprimons l’intégration ! Comment ça ? En supprimant l’idée « d’une communauté nationale amarrée à des règles de vie établies », car une telle communauté ne peut engendrer qu’une « identité immobile » ! Il faut donc renoncer à « une histoire autonome auxquelles les nouveaux arrivants devraient s’intégrer sans la modifier », afin que ces derniers puissent adopter les règles de vie qui leur conviennent. Telle est, aux yeux de Pierre Dharréville, la condition nécessaire pour qu’enfin « l’humanité s’humanise » !

Il reste que cette humanité s’humanise aujourd’hui dans un seul sens : celui d’une religion bien réelle, qui se sait et se veut séparatiste, et dont l’extension sur notre sol ne s’explique que par l’apathie gouvernementale et la cécité intellectuelle de ceux qui, à l’image de Pierre Dharréville, ont perdu jusqu’au simple bon sens. Car cette nouvelle humanisation n’est pas une abstraction : elle a ses mots d’ordre, et ses mots d’ordre n’appartiennent point à la logique du « vivre-ensemble », mais à une tout autre logique. Qu’on en juge : « A bas la préférence nationale ! », mais « Vive la préférence immigrée ! » ; à bas « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ! », mais vive « Nique la France ! » ; à bas « La France aux Français ! », mais vive « L’Algérie aux Algériens ! Le Maroc aux Marocains ! La Tunisie aux Tunisiens !… » ; à bas le « mythe de l’invasion », mais vive l’invasion du mythe « multiethnique », c’est-à-dire du « faire France en reconnaissant la richesse des identités multiples » !

Que ne faut-il pas entendre ! En quoi une identité serait-elle automatiquement porteuse de richesse ? En quoi la vie de Mahomet pourrait-elle servir de modèle aux valeurs laïques et républicaines ? Pierre Dharréville a-t-il seulement lu le Coran ? Sait-il que « l’islam, c’est la polygamie, la séquestration des femmes, l’absence de toute vie publique, un gouvernement tyrannique et ombrageux »(3), bref tout ce qui va à l’encontre de « la République des égales et des égaux » que ce même Dharréville appelle de ses vœux ?

Maurice Vidal

(1) Membre de l’exécutif national du PCF, auteur de La laïcité n’est pas ce que vous croyez (Éditions de l’Atelier-La Marseillaise, 2013).

(2) Cf. Riposte Laïque, n° 334, article de Maurice Vidal : Seule une France islamique peut permettre l’intégration des musulmans.

(3) Alexis de Tocqueville (1805-1859).

TEXTE DE PIERRE DHARREVILLE (17-12-2013)

La France n’est pas blanche, masculine, hétérosexuelle…

Peut-on laisser la laïcité être instrumentalisée dans un affrontement identitaire ravageur ?

La droite s’étrangle depuis qu’elle a découvert «le» rapport qui met en cause le concept d’intégration. Une nouvelle opération islamophobie et identité nationale est donc lancée, avec son cortège d’abominations. Ainsi, il faut lire l’éditorial du Figaro du 13 décembre, pour qui « l’homme blanc et hétérosexuel pourrait bientôt être obligé, dans notre pays, de se cacher ». Belle idée de la France : blanche, masculine, hétérosexuelle, hantée par une pulsion dominatrice et – on le comprend plus loin – assiégée par l’ennemi musulman.

Rien de nouveau sous le soleil. Toujours cet affrontement identitaire ravageur, directement issu du « choc des civilisations », qui sert à diviser le peuple, à masquer l’affrontement de classes, à démanteler la République et ses valeurs qui contredisent la loi du marché. Peu leur importe s’ils la discréditent en prétendant la défendre. Pour essayer de s’attirer les suffrages populaires sans répondre aux besoins et sans partager ni le pouvoir ni les richesses, les forces réactionnaires crient à l’invasion qui nous mettrait en danger sur le plan économique et culturel. C’est pour cela que, sous couvert de laïcité –, pauvre d’elle ! – puisant dans les affres du colonialisme d’antan, ils ont érigé l’islam – ou plutôt sa caricature – en symbole de l’étranger, de l’autre, de l’inacceptable, refondant une xénophobie à visage prétendument républicain.

Dans ce climat, rien d’étonnant à ce que, selon Le Monde du jour suivant, l’islamophobie progresse depuis 2009, tandis que la défiance grandit à l’égard de la République, à la fois parmi les victimes de cette islamophobie et parmi ceux qui s’en réclament. C’est l’un des visages de la crise politique et démocratique que nous traversons. Et pour tout dire, dans laquelle nous nous enfonçons. Quoi de commun entre la République et ce fantasme d’une France éternelle qui n’a jamais existé que dans l’esprit des fanatiques de la pureté nationale ? Rien. C’est pourquoi le concept d’intégration, qui a succédé à celui d’assimilation, doit être fortement interrogé.

L’intégration suppose l’existence d’une communauté nationale amarrée à des règles de vie établies, une identité immobile, une histoire autonome auxquelles les nouveaux arrivants devraient s’intégrer sans la modifier de leur présence. Plus que d’identités avec les assignations à résidence qu’elles appellent, parlons de culture, parce que nous sommes des êtres en mouvement, modifiés par les rencontres et les événements, produits d’une histoire sociale. « L’homme, écrivait Marx, c’est le monde de l’homme ». Nos sociétés elles-mêmes sont aussi inscrites dans ce processus. Et Jacques Derrida : « Le propre d’une culture, c’est de ne pas être identique à elle-même ». Mais la droite – sans parler de l’extrême droite – qui prend de plus en plus ostensiblement les accents de la réaction, ne veut pas ce changement, cette humanité qui s’humanise. Voilà où sont les conservateurs, toujours autant attachés à leurs privilèges et cherchant à faire partager au peuple le goût de leur conservatisme en agitant la haine de l’autre. La chose est on ne peut plus claire lorsque Le Figaro reproche à la gauche sa « préférence immigrée »… Le mythe de l’invasion, qui a accompagné le siècle, a la peau dure.

Il faut sortir de ce modèle d’intégration qu’incarne à merveille la triste formule « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ». Et cela n’est ni accepter de se faire imposer un mode de vie venu d’ailleurs, comme certains en ont la hantise, ni renoncer à nos valeurs universelles, à notre désir de faire société ensemble, de faire République ensemble. Sortir de ce modèle dont l’échec est criant, c’est l’idée qui se dégage d’une certaine façon des trois cents pages documentées composant les cinq rapports issus des commandes faites par le premier ministre pour « renouveler en profondeur l’approche des questions d’intégration ». Et c’est pour cela qu’ils appellent à « faire France en reconnaissant la richesse des identités multiples ».

À partir de là, les auteurs préconisent de multiples pistes pour essayer de faire face à la crise du vivre-ensemble. Ils préconisent par exemple la mise en place d’une « cour des comptes de l’égalité », visant à placer cette question-là au même niveau d’importance que le contrôle des comptes publics. Ils pointent, entre mille autres choses, la crispation autour du voile et ses dégâts. Le Parti communiste avait fortement critiqué ces lois estimant qu’elles ne constituaient pas une solution. N’est-il pas permis, à tout le moins, de s’interroger sur leurs effets ? Mais dans ces logiques binaires où la République et la laïcité sont brandies comme des drapeaux par leurs propres adversaires, il n’est visiblement pas permis d’ouvrir le débat.

Quelle tristesse de voir le premier ministre riposter sur le registre du procès d’intention indigne qui lui serait fait parce que des hauts fonctionnaires ont osé toucher au tabou du voile ! Et quelle affliction de voir le président de la République répondre, à une descente d’avion, que ce rapport « n’était pas du tout la position du gouvernement » ! Voilà une réflexion intéressante comme on en a vu trop peu ces vingt dernières années, fruit d’un travail d’auditions et de réflexion mené par des fonctionnaires courageux, hors des sentiers battus de la pensée dominante. Et il faudrait le jeter aux oubliettes !

Sans pour autant verser dans les polémiques – version petit bout de la lorgnette – n’enterrons pas ce rapport et discutons-en. La gauche doit affronter ce débat et non l’esquiver. Nous touchons là à des questions fondamentales, celle du racisme et de la lutte contre les discriminations, celle de l’égalité de droits, celle de la République, celle du pouvoir et de la souveraineté populaire – pour autant que l’on fasse peuple. Au fond, celle de la laïcité qu’ils ont tellement dénaturée ces vingt dernières années.

Autant de questions qui nous ramènent à ce qui animait les révolutionnaires de 1789 et les combattants de la République. Et qui nous renvoient aux combats d’aujourd’hui contre cette austérité et ce système qui tiennent toute une partie de la population dans une zone de relégation, en expliquant à une partie d’entre eux qu’au fond, ils doivent cela à leur religion ou supposée religion. Ces dernières décennies, des logiques dévastatrices ont accru les cassures dans la société française et cette crispation identitaire. Sortons ensemble de l’affrontement identitaire et donc de cette logique d’intégration.

Il est temps de rompre avec la République des hommes blancs hétérosexuels pour en venir à la République des égales et des égaux. C’est tout l’enjeu du combat laïque de notre temps.

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