Place au débat démocratique, bienvenue à Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen et Philippe Poutou

Nous avons donc appris avec plaisir que trois nouveaux candidats avaient obtenu leurs 500 signatures : celui de Debout la République (DLR), celle du Front national, et celui du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). Les amoureux du débat démocratique que nous sommes ne peuvent que se réjouir ce cette présence, et espérons que, d’ici à vendredi, la sympathique Corinne Lepage et Dominique de Villepin les obtiendront à leur tour. Douze candidats, représentant un éventail de personnes fort différentes, avec des projets parfois voisins, ne sont pas de trop pour que les Français puissent voter en leur âme et conscience.

Pour autant, plusieurs questions se posent. N’y a-t-il pas une injustice énorme dans la situation politique de notre pays ? Les militants de François Hollande, Nicolas Sarkozy, François Bayrou, Éva Joly, Jean-Luc Mélenchon n’ont eu aucun effort à faire, il leur a suffi de demander à quelques-uns des 45.000 grands électeurs de signer pour eux pour recueillir sans problème leurs 500 signatures. Or, le PCF (qui soutient Mélenchon) et les Verts, qui ont plafonné à moins de 2 % des voix, aux dernières présidentielles, n’ont des élus que parce qu’ils mangent dans la main du Parti socialiste. NPA, qui avait fait davantage, aux dernières présidentielles, ne bénéficie pas de cette manne d’élus, pas davantage que Lutte Ouvrière. Il a donc fallu que les militants de ces deux organisations soient d’une détermination admirable, pour forcer le destin, au prix d’un investissement exceptionnel, tout comme ceux de Debout la République.  Dans un Journal des Résistants, Pierre Cassen évoquait les difficultés rencontrées par les chasseurs de signatures, sur le terrain.

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Mais que dire du fait qu’il ait fallu attendre le dernier moment pour qu’une candidate créditée de 15 à 20 % dans les sondages soit certaine d’être présente. Que dire du fait qu’on ait commandé des sondages pour voir les conséquences de son absence éventuelle, sans que ce scandale n’ait eu l’air de déranger le moins du monde Sarkozy, Hollande ou Mélenchon, qui paraissaient plutôt prier le ciel pour qu’elle soit éliminée. Seul François Bayrou a paru ému par cette situation. N’y a-t-il pas une inégalité flagrante, dans le militantisme disponible, quand un appareil doit mobiliser toutes ses forces, et ses deniers, pour pouvoir obtenir 500 signatures, quand les alliés du PS qui pèsent beaucoup moins ont juste à ouvrir leur courrier ?

Nous nous réjouissons, au nom de la démocratie, de la présence de Philippe Poutou, ouvrier et candidat de NPA plutôt sympathique. Mais que dire du fait que les militants de NPA, qui se réclament des droits démocratiques quand il s’agit de demander des signatures de maires, sont les mêmes qui, sur le terrain, interdisent, dès qu’ils le peuvent, à Nicolas Dupont-Aignan ou à Marine Le Pen – et parfois même au Parti socialiste – de tenir des réunions ou des rassemblements, en utilisant des méthodes qui, comme à l’espace Charenton, pourraient valoir à quelques-uns d’entre eux des ennuis judiciaires, s’il s’avérait qu’ils sont les auteurs des dommages créés ? Qui a donné mandat à ces groupuscules sectaires et haineux de décider, à la place du peuple, ce qu’il avait le droit d’entendre, et ce qu’il ne devait surtout pas écouter.

Grâce à nos principes démocratiques, malgré les manipulations médiatiques, le conformisme de l’information et la partialité de journalistes dont 80 % se disent de gauche, des millions de Français vont pouvoir entendre dix candidats, et peut-être douze, souhaitons-le. Ces postulants vont devoir se positionner sur un ensemble de sujets où ils divergent fortement : l’Union européenne, la sortie de l’euro, l’immigration, la souveraineté, le droit de vote des étrangers, l’islamisation de nos pays, la régularisation des clandestins, l’insécurité, le nucléaire et l’écologie, l’école publique, le partage des richesses, les services publics, la laïcité, la préférence nationale, etc. Certains d’entre eux, comme Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon sont, en outre, de formidables orateurs, quoi qu’on pense par ailleurs du contenu de leur discours et de leur valeur humaine.

Des millions de téléspectateurs vont donc avoir, pendant encore 40 jours, la possibilité de les écouter, et de se déterminer librement. Ce serait un comble, dans ce contexte, que quelques nervis d’extrême gauche, encouragés par ailleurs par les discours haineux d’un admirateur de la dictature cubaine, se permettent encore d’attenter à la liberté d’expression, par des méthodes dignes de fascistes, des deux seuls candidats qui prétendent défendre la Nation et le souverainisme. A la niche, les petits fachos, c’est au peuple de décider.

Jeanne Bourdillon

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