Place au Peuple ! Mélenchon à Stalingrad ou l’éloquence du vide

Publié le 4 juillet 2011 - par
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Ah ! qu’il était beau notre Méluche national, avec sa cravate rouge, devant la foule en délire du 29 juin 2011, venue s’imprégner de sa rhétorique messianique sur la place Stalingrad. 6500 gogos d’après son blog. Il a fait mieux que nous pour le 18 juin, j’avoue.

En bon prof de philo (je sais de quoi je parle), il charma ses partisans d’une logorrhée universaliste qui sentait bon le mondial-républicanisme prolétarien des Lumières, pardonnez l’expression, une sorte de kantisme, très XVIII°, revu et corrigé par des accents marxistes et même libertaires, très XIX° : il faut ratisser large. De quoi séduire pas mal de collègues, mais pas moi (et pourtant, il m’arrive de me réclamer de Kant ou de Marx)…

A chacun son universalisme : Mélenchon traçait les contours d’une République idéale, capable d’illuminer le monde, et qui, allez savoir pourquoi, allait naître en France « d’une révolution citoyenne, pacifique et démocratique », en d’autres termes d’un bulletin Mélenchon dans l’urne. En revanche, chez nous, à Résistance Républicaine, nous sommes universalistes différemment ; si la France veut donner l’exemple au monde, il faut surtout qu’elle évite de confier les clefs du pouvoir à cette bande de gauchistes islamophiles, immigrationnistes et antisécuritaristes, dont les positions, sur les trois dossiers, non superposables mais liés malgré tout, de l’islam, de l’immigration et de la violence, se résument… au néant multiplié par zéro, c’est-à-dire à rien. Pour avoir écouté et visionné, in extenso, l’allocution du pseudo-populiste rabatteur du PS au second tour, je peux garantir au Lecteur que sur ces trois dossiers, notre beau Méluche, pourtant d’une verve inépuisable lorsqu’il s’agit de fustiger le capitalisme, est resté aussi muet, ce n’est pas orignal, qu’une carpe aphasique opéré du larynx.

Ce que je dis n’est d’ailleurs pas tout à fait exact. Il a quand même fait allusion à l’islam, mais sans prononcer le terme, dans une phrase où il fustige le Front national, accusé de diviser les Français selon leur religion alors que la République est une, indivisible et laïque. Moi, naïf, je pensais que c’était l’islam lui-même qui s’était retranché de la République en imposant, éventuellement par force ou intimidation, des valeurs sensiblement différentes des traditionnelles valeurs républicaines à la française. Il faut croire que je me trompais, et que l’ensemble du mouvement Riposte Laïque Résistance Républicaine se trompait aussi : non, non, ce ne sont pas certaines organisations musulmanes qui se retranchent de la République, non, c’est Marine Le Pen qui bafoue l’unité nationale en stigmatisant les musulmans qui ne demandent qu’à pratiquer leur foi dans le respect, etc. D’ailleurs, ils nous le disent avec beaucoup d’aménité en organisant des meetings républicains tous les vendredi pas très loin du Sacré-Cœur…

Sinon, sur l’immigration : rien. Sur l’insécurité : rien. Sur le capitalisme : des périodes entières. Mais vides.

Le rassemblement fut dédié « à nos frères et sœurs grecs », curieuse expression, du reste, que ce très religieux « frères et sœurs » qu’on trouverait plus facilement dans un prêche ou un sermon, là où le gauchiste Mélenchon aurait dû nous gratifier d’un « camarades grecs » bien plus conforme à l’esprit du meeting. Mais passons. J’ai noté soigneusement les propositions de Mélenchon pour sauver la France et la hisser au rang de nation-phare capable de guider les autres peuples loin des récifs mortels de la servitude capitaliste (oui, je sais, je parodie son style « à la con ») en élaborant les prodromes d’un « monde nouveau » basé sur « l’intérêt général humain », car, comme chacun sait ma bonne dame, « les mauvais jours finiront » (y compris d’ailleurs en votant PS, c’est-à-dire UMPS, au second tour, tactique que certaines déclarations de Méluche ne semblent pas vraiment invalider).

Il s’agit surtout, pour le Front de Gauche, d’arracher le peuple à « l’abjecte précarité », louable intention que je partage absolument. Pour cela deux mesures. 1) En ce qui concerne les 850 000 précaires du secteur public : titularisation d’office (on se demande pourquoi certains ballots se crèvent encore à passer des concours). On pourrait objecter à Méluche que, même si certains titulaires sont indignes de leurs fonctions, la précarité n’est pas non plus un gage de dévouement, de compétence ou de vertu (cela me rappelle l’histoire de ce professeur précaire recruté à la sortie d’un établissement psychiatrique et qu’il avait fallu retirer promptement de ses classes). Mais, bon, Méluche s’en fout, comme d’habitude… 2) En ce qui concerne les précaires du secteur privé (et là Mélenchon ne donne plus de chiffres), le Front de Gauche une fois au pouvoir « interdira » qu’il y ait plus de 5 à 10 % de précaires dans une entreprise grande ou petite. Ben voyons. Sur quels critères va-t-il choisir ces « 5 à 10 % »… qui resteront dans la précarité ?

Imaginons par exemple un employeur islamophile, ou bien un patron dont l’entreprise a vu se constituer une sorte de syndicat islamique en son sein, fût-il déguisé sous les couleurs d’un syndicat traditionnel (on peut penser au calendrier musulman de FO, ou à ce forum qui appelle à la création d’un syndicat de postiers musulmans*, et je ne compte pas les organisations syndicales de patrons musulmans**), on peut imaginer alors de fructueuses négociations permettant aux salariés musulmans d’obtenir un CDI pendant que les dhimmis infidèles se contenteront du précariat, ce qui est d’ailleurs assez compatible avec les prescriptions du Saint Coran (si vous ne croyez pas, demandez à Mme Delcambre ou à M. Marchand). Après tout, il existe bien déjà des salariés non musulmans empêchés de prendre leurs vacances à telle ou telle période afin de permettre aux salariés musulmans de vivre leur ramadan en toute tranquillité (pour de plus amples précisions, je renvoie à l’intervention de mon camarade Carl Pincemin aux Assises du 18 décembre 2010).

Et puis, au bout du compte, qu’est-ce que c’est que cette histoire de « 5 à 10 % » ? Indépendamment de toute considération religieuse, voilà un Front de Gauche qui se bat contre la précarité, qui semble en souhaiter l’abolition, et… qui en tolère une marge de 5 à 10 % (c’est déjà énorme) dans le secteur privé. C’est un peu comme si on promulguait l’abolition de l’esclavage, en allant raconter aux esclaves que, malgré tout, 5 à 10 % d’entre eux, dans chaque plantation, vont conserver l’ancien statut. Pour des gens qui prétendent renverser le capitalisme et installer une sorte de révolution, d’abord française, et de proche en proche universelle pour ne pas dire cosmique (mais qui sont tentés par le vote PS, voire DSK, c’est-à-dire FMI, au second tour) ; c’est un peu court ! En outre, cela introduit une importante disparité de traitement entre le secteur privé et la fonction publique, ce qui accrédite largement les reproches faits aux « privilèges » des fonctionnaires, et toutes les aigreurs poujadisantes compromettant largement l’union « sacrée » des travailleur à laquelle notre Méluche national serait supposé travailler. En définitive, ces mesurettes n’ont rien d’original par rapport à des promesses similaires régulièrement faite par la gauche non-radicale, c’est-à-dire le Parti Socialiste. Pour des gens du Grand Soir, je leur prédis de tout petits matins, mal réveillés, et sans croissants chauds sur la table !

On remarquera que Méluche, comme un fait exprès, ne revendique ni la sortie de l’UE ni la sortie de l’euro, ce qui ne l’empêche pas de dire pis que pendre de la Commission de Bruxelles présentée comme une espèce de monstre monarchique. Il se contente de sortir de l’OTAN et de fustiger la présence armée de la France en Afghanistan ou en Libye, point de vue que nous sommes nombreux, à RL et à RR, à partager avec lui. Mais c’est également la revendication du Front National, qui va par ailleurs plus loin que Méluche en matière de retrait de l’Europe. Toutefois, en ce qui concerne le Front National, le leader gauchiste se contente de lui régler son compte en une seule phrase, présentant le parti nationaliste comme un « chien de garde » (du Système) lâché par l’UMP sur le peuple (un grand classique), tellement inféodé au Système qu’il en devient même « l’apôtre de la capitulation sans condition » (je vous passe les huées de la foule).

Méluche termine un peu plus tard sur des envolées mémorables, évoquant « le grand élan du collectif qui peut tout emporter », puis récitant des vers tiré de « Ma France » de Jean Ferrat.

Méluche ou le national-millénarisme…

Jacques Philarchein

* http://postier.forumactif.net/t4188-syndicat-des-postiers-musulmans

** http://www.bivouac-id.com/billets/islamisation-de-la-france-les-syndicats-sy-mettent/

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