Plage de Pascalin : 60 ans d’une vie effacés

La plage de Pascalin, aujourd’hui (en haut) et hier (en bas).

Ce samedi, je reviens d’une longue promenade sur les plages de Juan-les-Pins et de Golfe-Juan (Alpes Maritimes). Il faisait un temps splendide, un soleil triomphant, mais il n’a pas tardé à se voiler : quel désastre ! Toutes les plages, ou presque, ont été, ou seront, détruites.

Je ne remets pas en cause la « loi littoral », elle a sans doute sa raison d’être, mais tout de même !

Que l’on supprime certaines plages, notamment celles à l’entrée de Juan-les-Pins (en venant de Cannes), où les plagistes poussaient l’outrecuidance jusqu’à installer des tables et des chaises au bords de l’eau, empêchant ainsi tout promeneur de circuler librement au bord de la mer, comme la loi le lui permet, cela je le conçois, et même je l’approuve, mais détruire des dizaines de plages, qui ne gênaient personne, et qui ont fait le succès de la Côte d’Azur depuis des décennies, j’estime que c’est lamentable !

Impossible de les citer toutes mais je pense par exemple à la « Plage Tetou », à Golfe-Juan : une cabane de pêcheurs dans les années 30/40, devenu un établissement renommé et mondialement connu grâce surtout au Prince Aly Khan, qui la fit découvrir et y fêta son mariage avec la sublime Rita Hayworth !

C’est justement le Prince Aly Khan qui me fit découvrir Golfe-Juan, l’été de 1959.

Journaliste, j’avais été expulsé d’Algérie en juin 1958, pour offense au chef de l’Etat, de Gaulle (Je serai condamné quelques mois plus tard à 2 mois et demi de prison avec sursis).

Je me retrouvais projeté à la rédaction des quotidiens parisiens « L’Aurore » et « Paris-Turf » et c’est justement sur l’hippodrome de Saint-Cloud que je demandais, ce jour de mai 59, conseil au prince, sachant qu’il possédait une somptueuse résidence à Golfe-Juan.

Il me conseilla ce « petit village » qui, me dit-il, avait conservé tout le charme de ce début du vingtième siècle. (L’année suivante, en mai 1960, le prince Aly Khan se tuait au volant de sa voiture, justement en quittant l’hippodrome de Saint-Cloud, dans la descente de Suresnes, quelques centaines de mètres avant mon passage !).

Avec ma famille j’y ai passé mes premières vacances « en métropole ».

J’ai mis les pieds dans la mer, sur la « Plage Pascalin », et je ne l’ai plus jamais quitté depuis.

Que voulez-vous, je suis fidèle, au moins à mes idées et à mes amis. Je sais, ce n’est plus à la mode, surtout en politique, mais tant pis.

Des premières années de colère et de tristesse mais heureusement plus souvent de joie et de bonheur.

Nous disputions des parties acharnées de volley-ball, puis de pétanque et enfin, l’âge avançant, des parties de « coinchée », hautes en couleur et, surtout, en voix.

Ce furent des années heureuses, inoubliables.

Nos enfants ont grandi sur ce sable, leurs enfants y sont nés et nous y avons vieilli en chœur, sans nous en rendre compte.

Samedi matin, devant ce désastre, j’ai eu du mal à retenir une larme (eh oui, voyez-vous, je suis également un grand sentimental !) devant cette plage disparu, comme gommée du paysage.

Il est difficile d’effacer ainsi, d’un coup de bulldozer, près de soixante années de souvenirs !

Manuel Gomez

PS : Les photos. La plage hier et la plage aujourd’hui !

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15 Commentaires

  1. C’est la destruction logique de la France. On détruit les entreprises, les emplois, les paysages, les villes, les villages et pourquoi pas les plages. Y’a encore du boulot. Les sociétés, la famille, l’école, c’est en bonne voie. Que ça continue comme ça, le monde nouveau se présente sous un bel aspect. Mais attention, que l’arroseur ne se retrouve pas arrosé à son tour…voire même peut-être noyé.

    • On parle de plages privées avec infrastructures pas de la plage de sable en tant que telle ?‍♀️ Ce qui s’est passé à la baule également !

    • vous savez on ne peut faire disparaître le sable

      un peu de bon sens en ce lendemain de Noël…LOL

      mais avec les Khons qui nous gouvernent…ils vont peut être réussir

  2. ces bandes de gauchos inccapables détruisent tout sur leur passage c’est pire qu’un ouragan un ouragan on s’en remet mais pas eux
    la france est vraiment mal barré

  3. Je suis au centre de la France avec un château du xii ème ou l’on a détruit une bascule des fontaines reconnu dans les 500 mètre du patrimoine alors que l’on parle de relance économique en campagne ,nous avons d’écrit sur nos actes notariés proximité d’un patrimoine historique ,pourquoi faire des travaux sur nos maisons si l’on veut détruire notre patrimoine ou le patrimoine des anciens !!

  4. Désolée, monsieur Gomez, je n’ai pas compris dans quel sens vous parlez de plages détruites : par les plagistes ? Par les touristes ? Par les baraques à frites ?
    Pourquoi la plage Pascalin que je ne connais pas plus que les autres a-t-elle disparu ?
    Sur la photo on ne se rend pas compte de grand chose

  5. Si j’ai bien entendu, les restaurants de plages se devront d’être temporaires, soit démontables. Ne pleurez donc pas, Monsieur Gomez, cet été vous devriez retrouver l’aspect que vous appréciez. Pour ma part, je trouve bon que les abus soit sanctionnés et que nos plages retrouvent leur naturel.

  6. Cher Monsieur Gomez,
    Je vous lis régulièrement, et je n’ai pas loupé votre article sur Noel.
    Et comme vous, des larmes sont montées a mes yeux, en vous lisant.
    Cette nostalgie de notre pays, du temps ou la France était la France, pour reprendre une expression si cher à un vieil ami tailleur de pierre, aujourd’hui décédé.
    Toutes vos peines que vous voilez avec pudeur derrière vos mots, ou maux.

  7. Elles suintent au fil de vos phrases, puis perlent et goûtent, et pour finir ruissellent dans vos textes.
    Je vous remercie de les avoir écrit.
    Notre pays ne veut pas mourir, ne peut pas mourir.
    Moi, s’il le faut je voudrais mourir pour notre France, pour ma France, ou du moins pour l’idée que j’en ai.
    Cette idée qui réchauffe mon coeur en parcourant vos lignes.
    Je vous souhaite un joyeux Noel.

  8. Le littoral méditerranéen est bétonne, rendre un peu de sable aux domaines publics ne fera de mal à personne surtout aux plus pauvres d’entre nous.

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