Plutôt Léonarda qu’Amélie, plutôt la clandestine que l’handicapée autiste française

Léonarda 15 ans, clandestine médiatique,

Encensée par les bien-pensants droit-de-l’hommiste.

Amélie 19 ans, handicapée autiste,

Méprisée par les mêmes outragés extatiques.

Ces professionnels de l’indignation diront :

« Ce n’est pas la même chose, ce n’est pas la même cause,

Comment peut-on faire si odieuse comparaison,

Amélie, c’est petit, Léonarda, grandiose ! »

Pour l’une, un entrefilet sur quelques journaux;

L’histoire de l’autre tourne en boucle dans toutes les infos,

A même droit à l’intervention présidentielle

Qui provoque l’ire des belles âmes compassionnelles.

Léonarda, c’est le diamant, c’est le joyau,

Perle qui fait se pâmer les bobos, les gauchos :

Une gamine arrogante, menteuse, tricheuse, narquoise

Un père violent, voleur, une famille d’assistés

Qui, un demi-million, aurait déjà coûté.

Mais faisons fi de ces insinuations sournoises.

Menfin, Léonarda, c’est dans toute sa splendeur,

La générosité exhortée comme valeur,

Bien que « légèrement » extorquée aux Français.

Nul doute qu’en bienfaiteurs, ils sauront apprécier…

Léonarda, c’est la cerise sur le gâteau,

Le Nirvana, l’Himalaya pour ces héros,

Dévoués corps et âme pour les droits des étrangers

Mais qu’ils, coïncidence, se refusent à loger.

Car c’est bien le hasard, s’ils défilent dans la rue,

Qui fait que ces gens sont, loin, bien loin de leur vue.

C’est vrai que ce genre de « trophée » dans leur jardin,

Ça a un côté faux-modeste voire mesquin.

Ça pourrait susciter des envieux, des jaloux,

Comme « le sauvage » d’Orwell, ç’aurait un succès fou !

Le cas Léonarda, c’est la grandeur de l’âme,

Exaltée et suprême, comme dit Luchini,

Mais incompréhensible pour le vulgaire quidam

Qui paie et qui se tait, insensible au génie.

Alors, vous pensez bien qu’une pauvre handicapée

C’est trop commun pour leur « majestuosité »,

Ces ligues de vertu ne s’auraient s’abaisser

A prendre fait et cause pour cette vulgarité.

« La loi s’en chargera » daignent-ils objecter.

La loi s’en est chargée, Amélie est placée

Par l’état en établissement spécialisé.

Mais cette décision est aussitôt désavouée

Par la ministre déléguée aux « infirmités »,

Car il ne faudrait pas ju-di-ci-a-ri-ser

L’accueil, l’accompagnement des handicapés,

Ce, avec l’appui du président, qui plus est.

La voilà donc qui va déposer un recours

Contre cette loi qui l’oblige à porter secours.

Chapeau bas, chère madame, voilà une décision

Qui, sans conteste, confortera notre opinion.

Quant à toi, Amélie, tu ne corresponds pas

Aux indignations sélectives de leur doxa,

Pas une association pour porter ton combat,

Personne pour aider tes parents qui sont las.

Ta cause est trop minable, trop petit est ton cas,

Trop nulle est ton histoire, il leur faut de l’éclat !

Tu n’es qu’handicapée, mais enfin de quel droit,

Oses-tu égratigner leur profession de foi ?

Comment peux-tu solliciter leur bienveillance ?

Mais tu devrais avoir honte de tant d’arrogance !

Tu devrais même t’excuser d’avoir pensé

Que tu susciterais un quelconque intérêt.

Ces gens-là, ces belles âmes, si promptes à s’indigner

Réservent leurs aigreurs pour l’autre, l’étranger.

Du coup, la solution semble être une évidence,

Comme ton défaut majeur est celui d’être Français,

Afin d’attirer l’œil de cette bien-pensance,

Il faut te déchoir de la nationalité !

Ironie à part, cette idée de déchéance

Serait l’issue et pourrait faire jurisprudence…

Voilà où nous en sommes dans ce pays, la France :

L’Autre est mieux traité que sa propre descendance.

Oréliane

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