Pologne : la rencontre avec Trump sauvera-t-elle Duda ?

24 juin 2020 • Duda et Trump
Leur poing commun ? Objectif réélection en 2020

On apprécie manifestement beaucoup Donald Trump au Club RL&RR. Ici-bas, iconographie de leur réunion protocolaire à quatre jours du premier tour des présidentielles polonaises 2020.

Aux États-Unis, Andrzej Duda a d’abord visité la résidence de SEM Piotr Wilczek, ambassadeur de Pologne à Washington et professeur de sciences humaines d’une culture slavistique absolument remarquable. On peut dire que la République polonaise a sorti l’artillerie lourde dans le cadre de sa représentation aux States.

À 20 heures, Trump a accueilli Duda pour quelques échanges bilatéraux classiques avec au menu coopération militaire et économique ainsi que développement de la 5G américaine – et non chinoise – sur le territoire polonais.

Trump a confirmé la réduction de la présence américaine en Allemagne à 25 000 soldats. Une partie des troupes excédentaires serait déplacée vers la Pologne, le solde s’en retournerait aux USA. Insistant sur le maintien intégral du quota américain actuel en Europe, Duda n’est toutefois pas parvenu à un accord final à l’échelon polonais, c’est sans doute le seul couac de sa visite.

Il a également été question de la construction d’une centrale nucléaire en Pologne, ce ne serait qu’une question de temps, ceci à l’aide du consortium américain GE Hitachi Nuclear Energy et du plus gros milliardaire polonais. Indépendamment de leur orientation politique, les gouvernements polonais ont toujours systématiquement refusé la technologie nucléaire russe, contrairement à une Hongrie signant avec Moscou en 2014 un accord d’extension de sa centrale nucléaire de Paks via deux nouveaux réacteurs russes. N’en déplaise aux anti-européistes, les États membres restent souverains dans les secteurs stratégiques.

Paks, 130 km au sud de Budapest
https://www.sfen.org/rgn/hongrie-climat-rime-nucleaire

Conformément à la logique du personnage, Trump a quelque peu bousculé les conventions diplomatiques en soutenant ouvertement le présidentiable Duda. Entre ingérence nationale et avis personnel, la frontière est parfois trouble, en tout cas bien plus que la rigidité de la frontière mexicaine.

L’opposition polonaise s’étonne de cette visite rien moins qu’électoraliste puisqu’en ces temps de distanciation intercontinentale, Macron rencontre Poutine ce 26 juin 2020 par visioconférence.

Le but de l’état-major PiS est maintenant d’exploiter au max la visite de son candidat Duda via les images du Bureau ovale et de la déclaration commune à la Roseraie de la Maison-Blanche. La question est de savoir si ce déplacement permettra à Duda de remonter dans les sondages. Pandémie, courbe de chômage en hausse exponentielle, approche de la période estivale, factures à honorer : le peuple polonais oublie vite ce type d’événements.

En outre, Trump a d’autres chats à fouetter que le panier de la ménagère polonaise : au sein de ses deux bastions Texas et Floride, Floyd-19 et Covid-19 progressent et le président des States y est actuellement en ballotage négatif.

Pour le reste, en misant sur l’homophobie dès l’entame de la campagne présidentielle, le PiS a commis une sérieuse gaffe électorale, indignant par là même une partie de l’électorat catholique. Retour maintenant vers des outils marketing plus classiques comme « PiS, seule garant du maintien du rôle traditionnel de la famille » ou « Pologne, au cœur de l’Europe », manière elliptique de ne point citer l’UE, sans omettre une révélation d’une complexité quasi hors de portée : « Le mariage est l’union entre un homme et une femme »

Sondage second tour Ipsos 23 juin 2020 : Duda 37 %, Trzaskowski 40 %, plutôt Duda 6 %, plutôt Trzaskowski 7 %, indécis 9 %. Simultanément, IBRiS communique Duda 45,2 %, Trzaskowski 46 %, indécis 8,8 %. Le premier tour donne Duda 43,1 %, Trzaskowski 27,4 %, Holownia 10,1 %.

Fait nouveau, l’Église polonaise cherche à éviter toute compromission et refuse conséquemment de trop se mouiller dans la machine électorale PiS.

Go !

Trzaskowski continue son petit bonhomme de chemin à travers cette rhétorique catho-nationaliste parfois un peu hors du temps. Fort de ses promesses tenues en tant que maire de Varsovie, il propose maintenant sa vision managériale à l’ensemble du pays. Trzaskowski laisse les concepts tels que chrétienté et patriotisme vivre leur vie de façon autonome sans toutefois les inviter de manière superfétatoire sur la scène politique.

Si le Pr Raoult est viking d’apparence, Trzaskowski l’est d’appartenance convictionnelle. À chacun son patriotisme, Bible et aigle polonais pour les uns, acquisition de nouveaux marchés à l’exportation vers l’UE pour les autres.

Sans jamais se mêler de res publica, l’attaquant du Bayern Munich Robert Lewandowski a rendu de bien meilleurs services à la Pologne que tous les apparatchiks PiS.

Richard Mil+a

24 juin 2020 • Donald Trump et Andrzej Duda à Washington

 

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2 Commentaires

    • Oui et non. Le parti PiS qu’il représente a effectivement pris des « mesures de charme » en matière sociale propres aux populistes. Et surtout, il oppose effectivement les « élites » au « peuple », de manière parfois fort maladroite puisque lesdites élites se retrouvent maintenant au sein d’un PiS monopolisant de plus en plus les rouages étatiques. Mais le peuple n’est pas malléable à ce point et comprend de plus en plus le piège de la « partification » de l’État. Jamais la Pologne n’a été autant divisée à 50-50. Et le rôle d’un président est précisément d’unifier la nation… Bruxelles est fu-rax : ou vous respectez votre Constitution, ou vous quittez l’UE. Mais le Polexit étant un mythe pour doux rêveurs pseudo-souverainistes, le PiS va droit dans le mur de Berlin.

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