Pour contrer Oskar Freysinger, Libé n’a trouvé qu’un obscur écrivaillon insultant la France

Publié le 10 décembre 2010 - par
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Laurent Joffrin – de son vrai nom Laurent Mouchard – est le rédac’chef de Libé, le journal qui ne libère rien, sinon la parole autoencensée de rebellocrates professionnels, qui adorent le conformisme, le multiculturalisme, le crétinisme, et vouent aux gémonies la réalité, le bon sens, la droiture, le courage, et le peuple. Surtout le peuple. Voilà donc des années que ces grenouilles de bénitier gauchistes nous servaient leur sauce fade d’indignations vieillottes. On s’ennuyait un peu, mais Libé offrait l’avantage de se recycler en allume-feu à barbecue. Ca compensait le déficit moral et financier : voir un article de Laurent Mouchard lécher une côtelette de porc, ça n’a pas de prix.

Hélas pour eux, depuis Le Pen, il n’y avait pas de Méchant clairement identifié sur lequel ils pouvaient se venger de leurs nombreuses frustrations. Et puis Oskar est arrivé. Oskar et son catogan, Oskar et sa gouaille, Oskar et ses Suisses. Oskar les a très vite agacés, parce qu’il se foutait éperdument de ce que les media disaient de lui. Il osait se contenter, le monstre, d’écouter le peuple et la voix du bon sens. Un phénomène, pour nous autres Français habitués aux politiques qui serrent les fesses et pincent les lèvres dès qu’il s’agit d’islam et d’immigration. Imaginez le traumatisme de Libé. Un homme libre, qui libère la parole, pour Libération, c’est un scandale. Et comme Libé a les moyens de ne pas nous faire parler, nous le peuple, ils ont parlé en leur propre nom. Et nous ont lâché des papiers fort distrayants lors des deux votations suisses menées à l’initiative de Freysinger, parlant d’une « débauche d’affiches ouvertement xénophobes », du « tonitruant » Freysinger, et mettant en garde la Suisse contre « une vindicte globale », c’est-à-dire celle de Cohn-Bendit, de Tariq Ramadan, de Serge July, et de quelques autres éléments intéressants.

Rien de nouveau, rien de surprenant, rien de choquant. Libé pédalait dans la semoule, incapable de lutter à armes égales contre un Freysinger porté par le peuple. Ils ont donc cherché un héros à opposer au « tonitruant » Valaisan. Quelqu’un qui soit aussi mou qu’Oskar est solide et aussi ennuyeux qu’Oskar est réjouissant. Ils ont trouvé…et publié le « témoignage » d’un certain Aiat Fayez, thésard de philosophie (enfin presque, puisqu’en dix ans, il ne l’a toujours pas achevée). En octobre, ce monsieur avait gratifié les lecteurs de paragraphes larmoyants, expliquant à grand renfort de non-arguments, qu’il allait faire ses valises et quitter la France, parce qu’il souffrait du regard que l’on posait sur lui et de la « xénophobie ambiante ». Original et rafraîchissant.

En décembre, il pond la suite de son histoire. Une amie lui a conseillé de faire une demande de titre de séjour en Hongrie. Fayez s’y rend donc. Et nous gratifie d’une suite, tout aussi larmoyante que son premier texte, mais infiniment plus drôle.

Car Aiat Fayez, en intellectuel subtil, use de la nuance comme Libé de la liberté d’expression. Il décrit ainsi l’avocat hongrois chargé de sa da demande de titre de séjour : « L’avocat est un jeune aux cheveux blonds plaqués en arrière, regard rusé et gestes agiles : j’aurais pu deviner sa profession simplement en le voyant marcher dans la rue. ». O vous, avocats bruns, aux cheveux frisés, au regard non rusé et aux gestes non agiles, sachez-le, vous n’êtes PAS avocats. Du moins pas selon ce saule-pleureur d’Aaiat Fayez, qui a défini une fois pour toutes l’apparence que vous vous devez d’avoir. Il se prend pour Balzac, mais on dirait de la bulle de roman-photo.

Paragraphe suivant, on comprend que le but profond de ce galimatias d’âneries pour téléfilms de M6 n’a qu’un but : illustrer le désespoir du noble chevalier blessé jusqu’aux tréfonds de son fragile petit coeur par le racisme des Français (vous et moi). Il déclare à son avocat que les étrangers sont « maltraités », non seulement par l’administration française, mais par les Français eux-mêmes. Il précise même : « Par 99% des Français. » A ce stade, le lecteur hésite : faut-il mettre Aiat Fayez au coin, ou le traîner devant les tribunaux pour calomnie ?

Car cet aimable jean-foutre, à qui vos impôts ont offert la possibilité, pendant dix ans, de bénéficier de l’enseignement des philosophes de l’université publique, déclare sereinement, à l’étranger, que nous sommes tous méchants avec les étrangers (tous moins un – notez la générosité). Je pinaillerais, j’irais lui demander quelle méthode scientifique il a employée pour ausculter les cerveaux de chaque Français, afin de prouver ses dires. Je me contente de regretter que nous ayons cotisé pour qu’un si minable fayot se paye aujourd’hui notre tête une fois passée la frontière.

Aiat Fayez, qui a l’audace de se présenter comme un écrivain, fait en réalité du Marc Lévy option MRAP. Non seulement il n’a pas peur du pathos, mais il en abuse allègrement, dans une diarrhée linguistique qui ferait rougir n’importe quel nègre de la collection Arlequin. A lire le compte-rendu de ses démarches, on en vient presque à rire du calvaire d’un Primo Lévi. Après nous avoir soûlés de la description des moments angoissants où la fonctionnaire chargée des demandes de séjour examine ses papiers, il nous peint son soulagement : « Je déjeune [il lui reste donc des sous – les Français ne l’ont sans doute pas assez maltraité] en admirant les filles qui se baladent à quelques mètres de moi. Elles paraissent accessibles, humbles, quelque peu déroutées par l’Histoire, moins sûres d’elles que les femmes occidentales. C’est une modestie presque ontologique qui donne à leur beauté un teint tragique. »

On aimerait bien savoir par quelle malformation fayezienne les Hongroises ont tout à coup l’air « déroutées par l’Histoire » et possèdent « une modestie presque ontologique » (LOL, comme disent les jeunes) donnant à leur beauté « un teint tragique » (sans doute un fond de teint bas de gamme).

On comprend vite que Fayez doit justifier ses colonnes dans Libé. Il faut avoir l’air d’un écrivain. Fayez n’ayant aucun talent, il croit qu’aligner des mots sans lien logique, de façon obscure, en les saupoudrant de termes faussement savants, fera de lui l’image même de l’artiste exilé, le cœur en écharpe, l’œil mouillé de désespoir et de rage. Problème : n’est pas Andreï Tarkovsky qui veut. Et certainement pas Aiat Fayez, qui, dans sa grosse naïveté, avoue combien il est content de la pseudo-célébrité que le drame de sa petite existence lui apporte : « Dans un éclair de lucidité,[il était temps] je me souviens que mon texte devait paraître dans Libération hier. Je me précipite d’une manière totalement absurde [Le Père Noël ! Où est le Père Noël ???!!!] vers un kiosque. J’achète le journal, le feuillette et le vois. Les mains dans les poches, le journal sous le bras, je marche avec un sentiment de triomphe secret [on se demande pourquoi]. »

Rassurons-nous donc : le phénomène Fayez est le signe que Libé ne sait plus à quel saint se vouer, depuis que le Bon Sens a osé renaître en Europe. Quant à Aiat, qui est tellement maltraité en France, il a quand même réussi à faire paraître, chez P.O.L, en 2009, un ouvrage intitulé « Cycle des manières de mourir », où il écrit sans rire : « L’étranger aujourd’hui ne peut plus sortir de chez lui. S’il sort de chez lui, l’étranger est torturé rien qu’à l’idée de la haine qui l’entoure. Pour marcher dans la rue, l’étranger doit baisser la tête, se faufiler pour ne pas se faire remarquer. Pour arriver dans sa rue, pour atteindre sa maison, l’étranger en vient à marcher à quatre pattes. »

Je ne dois pas fréquenter les mêmes Français que Fayez. Je vis dans un pays où les fous furieux se contentent de se prendre pour Napoléon. A part Max, le chien de mes voisins, je croise peu de créatures marchant à quatre pattes, et encore moins des êtres humains. Les Français noirs, marrons et jaunes que je vois tous les jours dans les magasins, le bus, le RER, ne se « faufilent » pas, et apprécient, comme moi, de marcher de façon adulte et banale, sur leurs deux jambes. J’invite donc Monsieur Fayez à faire des galipettes à Vincennes, où il croisera plein d’animaux qui, eux, se contentent de faire du quatre-pattes sans en parler dans Libé.

Myriam Picard

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