Pour en finir avec un point de détail de l’Histoire politique française

Publié le 11 avril 2015 - par - 948 vues
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Pétain et MitterrandCet article a été rédigé au brouillon le surlendemain de l’interview de Jean Marie-Le Pen par Jean-Jacques Bourdin et ne tient pas compte dans son corpus de l’actualité la plus récente, faute d’avoir pu être tapé plus tôt. Seul un court post-scriptum y fait allusion.

Des décennies se sont écoulées depuis le début de cettte démangeaison irritante et lancinante qui ne cesse de me tourmenter la plume avec rage : un besoin irrépressible de rétablir l’évidence sur l’affreuse déclaration du vieux lion du Front National. Mais faute de support qui s’y prête et d’occasion qui s’en accorde, j’ai dû contenir ce bouillonnant élan jusqu’à maintenant. Désormais, grâce à M. Bourdin, et merci à Riposte Laïque, m’en libérer est enfin possible. D’autant qu’on s’apprêterait, paraît-il, à le poursuivre une deuxième fois pour le même soi-disant délit – pourquoi s’embarrasser de doute ou de honte quand JMLP en personne recommence la distribution de pain bénit pour ce faire valoir gratis sous la bénédiction d’une Justice acquise d’avance ; sonnons l’hallali …

A quoi, d’après moi, assistons-nous encore et encore aujourd’hui, comme tant de fois auparavant ? Eh bien tout simplement à la manifestation spectaculaire de l’inflexible et infissurable monument de dignité du père fondateur. Jamais il ne s’abaissera à s’expliquer ou se justifier sur ce qui coule de source et à s’innocenter de ce qui lui paraît invraisemblable qu’on l’accusât.

Pour être sûr de ne me faire démentir par l’actualisation des vidéos sur ce réseau social, j’ai revérifié à nouveau cet après-midi sur youtube et il n’y a pas moyen, du moins avec mes capacités techniques, de trouver la moindre trace du début de l’interview de 87. Elle commence toujours au moment qui fait débat, mais cette absence ne doit rien au hasard à mon avis. Car si ma mémoire ne me fait pas défaut, à l’époque, alors que j’étais encore très loin d’être frontiste, je mugissais déjà de colère devant l’imposture des questions qui étaient posées inlassablement, avec insistance, indécence et impertinence à ce prétendant au pouvoir politique suprême de l’état français – sans aucun rapport avec cette fonction.

C’est pourquoi je n’ai jamais cessé de voir, dans cette « infâme » réponse de M. Le Pen, qui renvoie les chambres à gaz à un point de détail de l’histoire de la 2nde guerre mondiale, une quadruple expression de son état d’esprit et de sa pensée :

1°) Tout d’abord, JMLP se rattache à cet ancien visage de la France, qui préférait se sentir normalienne plutôt que sorbonneuse ; et faire primer avec force et résolution la justesse de l’objectivité universaliste sur la fébrilité fragile et fugace de la subjectivité, si dépendante de tant de paramètres circonstanciels, la rigueur du raisonnement intransigeant, des faits établis et des propos strictement tenus sur l’émotivité des impressions, propice aux réactions démesurées, à la culture religieuse de l’audimat et de la publicité, à la manipulation des esprits faibles et à l’orchestration des panurgismes les plus incontrôlables.

Si on tape « chambres à gaz » dans wikipedia, on tombe sur une page où seules quelques lignes en réalité sont consacrées à celles du terrible conflit, qui nous apprennent en premier lieu que trois parmi les six millions de juifs tués alors y perdirent la vie – proportion totalement ignorée de ses interlocuteurs initiaux pour qui c’était peut-être … un détail sans importance, et que JMLP lui semblait bien connaître, lui. On y évoque aussi le zycklon B, qui dégage de l’acide cyanhydrique, une agonie consécutive de 6 à 20 minutes, leur présence à Auschwitz et Birkenau, et leur association avec les fours crématoires. Pratiquement guère plus. En ajoutant une liste exhaustive des camps où elles furent mises en oeuvre, les dates de mise en service, les effectifs de juifs et de tziganes qui y périrent dans chacun d’eux et une synthèse sur l’histoire de leur conception, on ne pourra jamais en écrire plus d’une page dans un livre d’Histoire écrit par un robot – sans émotion donc – résumant toute la 2nde guerre mondiale, et ce, que ce soit en 1000 pages ou en 10 000.

Il n’y a rien à faire. Si ce n’est à évoquer, qualitativement, humainement, ça va sans dire , l’infinie profusion d’abjections à déployer pour imaginer un tel projet d’industrie génocidaire, d’un point de vue purement objectif, en terme de quantité d’information, au sein du prodigieux volume de données historiques enfermées dans les évènements de cette guerre ( les profils des centaines de protagonistes importants, les armées, leurs armes, les stratégies, les batailles et leur déroulement, les actions secrètes, les résistances, les martyrs des civils, les alliances et ambitions politiques etc. etc. ) , les chambres à gaz, c’est, je n’ose pas le dire, ……. une infime portion de l’ensemble – lequel est également une immense collections d’abjections toutes plus infinies les unes que les autres, d’ailleurs.

Dans cet interview originelle, on entend clairement JMLP arguer que l’étude de ces questions appartient aux historiens, afin d’être effectuées sous le sceau de … l’objectivité. Laquelle est totalement bafouée sur ce plateau RTL.

2°) Comme toujours, M. Le Pen y affirma sans ambages son courage, sa droiture, sa détermination, sa sincérité. Non, il ne baissera pas son pantalon devant un parterre de petits fauves de salon enragés qui bavent d’impatience dans l’attente de la petite phrase scandaleuse, bien juteuse, bien buzz-ness, qui les propulsera aux nues de la gloire médiatique. Ils ne sont là que pour ça, comme en atteste le harcèlement qu’ils ont infligé depuis le début à leur invité. Non, lui ne cèdera jamais à la tentation de se fondre dans les courants d’opinion, de se soumettre aux sirènes de la repentance, aux injonctions du politiquement correct, aux diktats de la pensée unique merdia-cratique, aux oukazes de la caste politique démagorgiaque.

Depuis toujours, il a clamé son amour de la vérité, il ne changera pas d’un iota, ni demain, ni jamais. Et la vérité d’un jour reste vérité toujours. C’est pourquoi, quand on lui demande s’il regrette ses propos trente ans plus tard, absolument personne au monde n’est capable d’imaginer aucune chance qu’il fasse la girouette, c’est condamné d’avance si j’ose dire, Jean-Jacques…….

Quand je pense au grotesque des allégations qui lui prêtent le calcul d’un pas de deux avec le FN qui se dédiaboliserait sur son dos en toute complicité, comme s’il pouvait y avoir la moindre anticipation vu le contexte, c’est à vomir d’écoeurement. D’autant que dans l’incorrigible franchise de son honnêteté, il va jusqu’à postuler devant Bourdin que le FN serait toujours un parti de contestation.

[ Pas forcément inutile pour autant au passage ; ne doit-on pas en effet, par hasard, à la pression des partis dits populistes, anti-européens, la baisse tardive mais enfin salvatrice de l’euro et des taux d’intérêts ? Ne doit-on pas à la persévérance « décenniale » du FN sur le paysage politique français la prise en considération, tardive mais enfin salutaire de l’attachement de millions de Français à leur identité culturelle, voire même pourquoi pas ethnique ( les Français sont des celtes et toutes les invasions celtiques n’y ont pas changé grand chose ) –  qui leur est si cruellement interdit avec tant d’égoïsme, de cécité et de violence ? Et que dire de la prise de conscience progressive de l’incompatibilité des incongruités de l’islam avec la laïcité de la République ? ( Ex : l’enseignement qui doit être prodigué dans l’école publique hérite du siècle des lumières et du cartésianisme et il ne peut pas s’accommoder des superstitions religieuses dont la laïcité nous impose de protéger les enfants de la République. C’est pourquoi un maire UMP – merci qui ? le FN – a récemment compris qu’il ne peut pas cautionner les repas de substitution car même les enfants de musulmans ont le droit aux lumières. Reculer, c’est un crime. A tous les redéfinisseurs chroniques du principe de laïcité : VOUS ne passerez PAS !! Même Dieu est laïque ! Forcément, à force de se faire prendre pour un idiot et un malade par les religions, il est un peu gavé depuis le temps. Et je suis ici très sérieux, mais pas forcément à  la portée de tous les esprits. ) ]

3°) Mais entrons dans le vif du sujet, l’essentiel du message de JMLP. Qu’est-ce qui peut bien amorcer l’élaboration du mot « détail » dans son esprit ? Ou autrement dit, qu’est-ce qui peut bien amener l’interview – d’un homme politique aspirant officiellement aux plus hautes fonctions de l’état – à dériver et s’égarer à ce point sur pareil sujet ? Par quelle errance psychologique est-ce qu’il est possible d’en arriver là ? De descendre si bas ? Parce que des journalistes, mesdames et messieurs, n’ont rien de mieux à faire de leur temps professionnel que de jouer aux chacals, aux vautours, à courir après un butin facile, acquis sans effort, au mépris le plus total de la déontologie de leur mission. Tout simplement. Croyez-vous qu’il serait intéressant de questionner le postulant candidat sur son programme politique pour la France ? Mais pas du tout ! Qui s’intéresse à la politique ?

Non, non, il y a moyen de l’entraîner rapidement vers des terrains glissants où sa rectitude le fera chuter facilement dans les pièges du bannissement éternel, par l’entremise du règne des interprétations et des prêts d’intention. Ne relâchons pas la pression, poussons-le à la faute, minute après minute, interminablement.

« Mais de quelles conneries insignifiantes me parlez-vous là sans trêve depuis le début de l’interrogatoire ? » aurais-je vociféré fiévreusement à sa place, moi qui n’ai pas toute sa pudeur. Surtout qu’au moment d’évoquer les chambres à gaz, ça eût semblé quelque peu indélicat……

Alors, par sa courtoisie, sa bonhommie et sa gentillesse, ainsi fût scellé dans le marbre de l’excommunication politique l’expression « détail de l’Histoire ». C’en était fait ; le sort était jeté, la partie était gagnée et les chacals repus.

Et dire que rien n’a changé. En fait, non, c’est faux ; aujourd’hui, c’est dix fois pire. Non seulement les journalistes posent des questions sans intérêt, mais en plus, ils répondent à votre place ! Et gare à vous si vous essayez de respirer, car ils se fâchent……..

4°) Mais enfin, le clou de l’histoire, le bouquet final, l’ultime enseignement de cet épisode légendaire de la saga FN vs télé, c’est la revendication implicite du comportement équilibré, tempéré et argumenté, bien que résolument contradictoire avec la bienséance, en opposition flagrante avec les conventions de la doxa universelle, du moins sur la forme ( voir 1°) pour le fond ) , et uniquement la forme, de l’inébranlable limier de la vérité, adorateur de ce qui est juste et fondé :  » je n’ai rien d’un anti-sémite. N’ayant rien à me reprocher, je peux ainsi parler librement et renvoyer ce sujet sans intérêt pour les téléspectateurs aux spécialistes de ce débat qui ne me concerne pas, car je suis vierge de toute malveillance à l’égard des juifs », pourrait-on traduire.

C’est quand même pourtant simple, éblouissant d’évidence même. Oui, bien sûr, cette attitude réthorique est réservée à ceux qui s’expriment sans peur, sans obligation de se fondre dans un moule, sans mépris lucide sur l’esprit de leur auditoire, en les respectant donc, même si c’est indû, à ceux qui, sans doute un peu plus matheux que littéraires, accordent infiniment plus de valeur à la précision sémantique du propos strictement tenu qu’à la vague sensation de ses relents subodorés. C’est un B-A BA de la psychologie :  » si je n’étais pas blanc comme neige, je n’oserais jamais de tels propos dont une interprétation fallacieuse risquerait tant de choquer. »

Et pour en finir avec ce 4°), comment soupçonner JMLP d’antisémitisme, ça n’a absolument aucun sens. C’est homme est sans aucun doute bien trop intelligent pour mettre toute une population dans un même sac, ce qui est une démarche parfaitement absurde. Personne d’un tel niveau intellectuel n’est capable d’une telle confusion mentale, d’un tel amalgame aussi imbécile, et il n’y a pas à s’étonner qu’il n’ait jamais songé à s’en défendre car l’insulte est trop basse, l’accusation trop inepte pour mériter d’être relevées. (Cela ne signifie pas d’ailleurs qu’il n’ait aucune opinion négative ou hostile à l’égard d’un ou plusieurs sous-groupes de la population qui se dit juive, à tort ou raison, qu’en sais-je, ni le contraire non plus d’ailleurs – ou encore vis-à-vis d’un traitement qui leur serait prodigué ici ou là par des tiers).

Il reste donc très décevant qu’il ne se trouvât personne au sein du FN pour laver l’honneur de son créateur, avec une aussi accessible clairvoyance, juste un peu de lucidité et d’esprit d’analyse pour énoncer les quatre truismes ci-dessus. Moi qui n’ai pas une minute en ce moment, il aura fallu que je m’y colle. Au moins, ça ne me démangera plus.

Je tiens à préciser également, bien que non juif moi-même, que j’ai de la famille à Jérusalem et suis sioniste, et aussi plein d’estime à l’égard du « peuple » juif, grand pourvoyeur de prix Nobel, souvent bien éduqué, épris d’instruction, fier, courageux et joyeux.

Pour terminer, je regrette qu’à cause des lois scélérates qui ont daté l’acte de décès de la France (désolé pour le désespoir) , je ne puisse jamais espérer découvrir sur quels arguments se fondent les griefs des anti-sémites à l’encontre des juifs ni qu’ainsi ils puissent être un jour démontés publiquement lors de débats experts avec l’espoir d’être enfin enterrés et oubliés. Dommage.

Herbert Sogno

PS : Bon, il a encore fait des siennes. Mais au risque d’avoir l’air jusqu’auboutiste, encore une fois, gardons la tête froide et analysons calmement. Evidemment, on peut légitimement se poser des questions sur l’attachement de M. Valls à notre pays après qu’il a grandi en Espagne jusqu’à ses 20 ans, c’est normal. Sans pour autant conclure ni même déduire de conséquences sur sa légitimité d’ailleurs, mais sans renoncer à s’interroger sur ce point non plus également. Quant à Pétain, moi je suis nul en Histoire, mais là encore, puisque nous vivons dans un pays où il est dangereux de s’exprimer librement tellement c’est interdit (que c’est triste, que je te pleure feue la France) , je ne saurais jamais quels sont les plaidoyers de ceux qui se lèvent pour prendre sa défense, ou au moins lui trouver des circonstances atténuantes (à part ceux de Zemmour à qui ça a coûté son poste sur i-télé. Hum.). Mais je n’oublie jamais de me demander, en pareille circonstance,  « qu’aurai-je donc fait moi-même à la place d’un tel ou tel autre ? ».

Bref, pas de quoi fouetter un chat alors de là à exploser un parti, c’est ridicule. Encore une fois, tout ça n’arrive que parce que les politiques sont inconsciemment soumis à la dictature médiatique. Quelle indicible honte, quelle profonde tristesse.

 

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