Pour eux, nous sommes des délinquants idéologiques

Je suis en train de lire La grêve (paru sous le titre d’Atlas Shrugged en 1957, titre que l’on peut traduire par Atlas haussa les épaules ou La rébellion d’Atlas) d’Ayn Rand née Alissa Zinovievna Rosenbaum (1905-1982) en Russie.

En 1917, à Saint-Pétersbourg, l’appartement familial et la pharmacie paternelle des Rosenbaum furent réquisitionnés par les communistes. En 1926, Alissa embarque seule pour l’Amérique et se rend à Hollywood où elle se fait remarquer par Cecil B. DeMille. Elle devient scénariste et dramaturge sous le nom d’Ayn Rand. Ses deux romans, The Fountainhead(1943) et Atlas Shrugged –plus de 14 millions d’exemplaires vendus–, font d’elle un écrivain célèbre dans le monde entier… sauf en France où il faut attendre 2011 pour avoir une traduction d’Atlas Shrugged, traduction qui paraît aujourd’hui en poche.

La grève (The strike, titre d’abord choisi par Ayn Rand), livre qu’on ne lâche plus dès qu’on l’a ouvert, conte l’histoire de deux industriels, Dagny Taggart et Hank Rearden, qui tentent de défendre la liberté d’entreprendre dans des Etats-Unis devenus comme tous les Etats de la planète, des démocraties populaires.

Livre de chevet de Steve Jobs et Elon Musk, cet énorme roman (1350 pages), est un hymne à l’individu créateur contre la société prédatrice. L’Etat lorsqu’il sort de ses fonctions régaliennes y est montré comme le pire ennemi de l’homme.

Cette dystopie, dans la lignée du Meilleur des mondes d’Huxley et de 1984 d’Orwell, décrit un gouvernement où règne la haine de la liberté individuelle au nom de la prédominance d’un supposé intérêt général basé sur le politiquement correct, l’égalitarisme, le progressisme. Cette politique aboutit à la destruction du for intérieur des individus, au vote de lois qui ne protègent plus les victimes mais les agresseurs. Au chaos généralisé.

«Vous n’imaginez pas à quoi l’on arrive avec un homme qui a cessé de raisonner et de penser par lui-même. Vous en faites absolument tout ce que vous voulez», écrit l’auteur.

N’est-ce pas ce que nous vivons au XXIe siècle ?

Pour Ayn Rand, grande lectrice d’Aristote, l’égoïsme, qualifié de rationnel, est une vertu qu’il faut restaurer car il relègue ce qui chez l’humain est de l’ordre de l’affectivité, des émotions, des sentiments, valeurs malsaines dont il résulte généralement n’importe quoi. L’égoïsme rationnel permet le développement de soi, la construction d’une société juste non pourrie par l’altruisme obligatoire qui encourage l’assistanat. Dans La grève, l’altruisme n’a pas le sens de tenir compte de l’Autre, mais celui de considérer que le bonheur de l’Autre compte davantage que le nôtre, déconsidérant ainsi l’individu qui croit qu’il est moins important que l’Autre. A la source de l’altruisme, il y a, selon Ayn Rand, la culpabilité imméritée. Des intellectuels, des politiciens, des journalistes ont convaincu le peuple qu’il doit expier. Il est le complice permanent de sa culpabilisation. Ses membres consentent à être les animaux sacrificiels de l’Etat.

N’est-ce pas ce que nous vivons au XXIe siècle ?

Égalité des chances, principe de précaution, redistribution vers les besoins des plus pauvres, tels sont les dogmes de l’État tyrannique dans lequel vivent Dagny Taggart et Hank Rearden.

Atlas shrugged est ce titan mythologique qui porte le globe sur ses épaules. Mais à force de le surcharger du poids de l’État et de l’altruisme, vient le jour il hausse les épaules, laisse tomber son joug et fait grève.

Le roman démolit les “valeurs” de la gauche –et dans la gauche, je mets la droite molle–.

Il est donc facilement compréhensible qu’en France, pays où le poids de l’Etat est destructeur de presque toutes les libertés, dont évidemment celle de pensée, systématiquement poursuivie par les sbires de nos gouvernements prétendus démocratiques, La grève ait attendu plus d’un demi-siècle avant d’avoir une traduction.

Dans le roman d’Ayn Rand, «les journalistes (sont) de jeunes reporters auxquels on avait appris que leur métier consistait à dissimuler au public la vraie nature des événements qu’ils couvraient. Ils servaient quotidiennement de faire-valoir à des personnalités qui énonçaient des platitudes sur l’intérêt général et alignaient des phrases creuses empruntées à la langue de bois. Leur travail consistait à jeter des mots sur le papier, aussi longtemps qu’ils ne disaient rien de précis» ; les étudiants sont décervelés par un enseignement idéologiquement orienté: «Le jeune homme ignorait tout du concept de moralité. L’université s’était chargée de lui rincer la tête et il gardait une drôle de franchise, à la fois candide et cynique, proche de l’innocence d’un petit sauvage. (…)

Perplexe, le jeune homme l’avait regardé sans répondre. Les “pourquoi”, le prenaient de court. Il ne savait s’exprimer que par assertions. Untel est “vieux jeu” ou “sclérosé” ou “incapable de s’adapter”, lançait-il d’un ton péremptoire qui le dispensait d’avoir à s’expliquer»; les rares résistants sont obligés de contrôler leurs réactions et leurs pensées: « Et à l’instant où il avait compris ce qu’impliquait son éclat de rire, il s’était su condamné à une vigilance constante envers lui-même. Comme un cardiaque après une crise, il savait qu’il avait connu une alerte et que cette menace pouvait à tout moment le frapper à nouveau. Depuis lors, Rearden n’avait cessé d’observer ses réactions, de se surveiller. »

N’est-ce pas ce que nous vivons au XXIe siècle?

«Ces espèces de parasites tapis dans un coins sombres dont on ne sait jamais s’ils vous supplient ou s’ils vous menacent (…) veulent nous obliger à adopter leur point de vue. Ils ont besoin de notre caution. J’ignore dans quel but, mais si nous attachons du prix à notre vie, nous ne devons pas la leur donner… Même sous la torture. (…) C’est notre seule chance», lit-on chez Ayn Rand. Elle ajoute: «Il fut un temps où les hommes avaient peur que quelqu’un révélât un secret qu’ils étaient seuls à connaître. Aujourd’hui, ils ont peur que quelqu’un dise ce que tout le monde sait. Vous autres, qui vous flattez d’avoir du sens pratique, vous est-il venu à l’idée que toutes vos manigances, tout ce que vous avez édifié à coups de lois et de contraintes pourrait s’écrouler en un instant ? Il suffirait seulement que quelqu’un révèle la nature exacte de ce que vous êtes en train de faire.»

Et c’est certainement parce que  Renaud Camus, Eric Zemmour, Pierre Cassen et quelques sites de réinformations révèlent la nature exacte de ce que sont en train de faire les organisateurs du Grand Remplacement, que ceux-ci ont peur et envoient frénétiquement «les délinquants idéologiques» (pour reprendre une expression de Richard Millet) que nous sommes devant la XVIIe Chambre.

Marcus Graven

 

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30 Commentaires

  1. Merci Marcus de nous empêcher de mourrir idiots. Ayn Rand me rappelle Anna Harendt sur un autre registre. Que de lucidités et que d’actualites dans ce livre phare Atlas Shrugged que nous ne lirons pas d’un haussement d’epaules. Dans 1984 Orwell dit (sic) : «  ils ne se réveillerons que lorsqu’ils seront conscients et ils ne seront conscients que s’ils se réveilleront «. No comment.

    • “Men fight for liberty and win it with hard knocks. Their children, brought up easy, let it slip away again, poor fools. And their grandchildren are once more slaves.”

      ― D.H. Lawrence
      Les hommes se battent pour la liberte avec des coups durs, leurs enfants eleves dans l’aisance la laissent partir a nouveau pauvre idiots, Et leuirs petits enfants sont a nouveau des esclaves.
      D. H. Lawrence

  2. «Le jeune homme ignorait tout du concept de moralité. L’université s’était chargée de lui rincer la tête et il gardait une drôle de franchise, à la fois candide et cynique, proche de l’innocence d’un petit sauvage. (…) »

    C’est la description sidérante d’exactitude de l’atitude et du tempérament que j’observe chez la génération 18-25 ans actuelle .

  3. Vous affirmez qu’il est « compréhensible » qu’en France où le poids de l’Etat est destructeur de presque toutes les libertés », le livre n’ait été traduit que tardivement. Il irait « contre les valeurs de la gauche ».
    Cependant, plusieurs ouvrages d’historiens « de gauche » ont été eux aussi traduits tardivement en France à causes de milieux universitaires et éditoriaux très anticommunistes.
    L’idéologie, ça marche dans les deux sens!

    • L’université française très anticommuniste! On en apprend tous les jours. Pour l’avoir un peu fréquenté, je ne l’ai pas vraiment remarqué. Par contre, être de droite et le dire n’était pas la condition première pour vivre des jours tranquilles dans les facs.
      Par expérience, j’ai surtout noté que l’idéologie ne fonctionnait que dans un sens unique dans l’université française.

      • Furet, Nora et consorts (pas franchement staliniens, vous en conviendrez) on longtemps bloqué la traduction et publication des ouvrages de Hobsbawm, par exemple, dans les années 90. Il est aujourd’hui reconnu comme un historien majeur.
        C’est ça aussi, l’université française. Ravi de vous avoir appris quelque chose!

        • @Lionel. François Furet, membre du Parti communiste, un des plus sectaires, dirigea à partir de 1950, le centre de la cellule des étudiants communistes engagés pour la décolonisation et le soutien à la Corée du Nord.
          Pierre Nora a une carrière universitaire insignifiante. Editeur chez Gallimard, il refuse en 1997 de faire traduire l’ouvrage d’Eric Hobsbawm The Age of extremes (1994), en raison de l’«attachement à la cause révolutionnaire » de son auteur.
          Je maintiens: l’université française a été et est toujours essentiellement de gauche.

          • Bizarre que ce Lionel ne l’ait pas vécue comme ça ! C’était pourtant évident ! Où était-il ?

          • Le passé d’une illusion, livre de Furet, ne laisse que peu de doute sur son renversement historiographique et sa critique du communisme.
            Quant à Nora :EHESS, coordinateur des Lieux de mémoire, puis éditeur, je sais pas ce qu’il vous faut. Et vous confirmez mon argument au passage. Merci.
            Et je ne parle pas de Stéphane Courtois.

      • Vous semblez oublier la fac d’Assas !
        Mais il est vrai que c’était l’exception qui confirmait la règle !

  4. Si elle vivait encore aujourd’hui, elle s’apercevrait que son don de voyance n’était pas usurpé.

  5. les délinquants idéologiques… à retenir! et en faire un crachat (légion d’honneur) tout comme le mot populiste dont je m’honore d’être

  6. les délinquants idéologiques sont tous ceux qui se réclament du camp Poincaré.

  7. L’argumentaire des Identitaires sur la prétendue discrimination des banlieues

     On nous le serine : l’Etat pratique une discrimination scandaleuse à l’égard des banlieues, qu’il abandonne à elles-mêmes. Dès lors, il ne faut pas s’étonner si ses habitants partent à la dérive. Pour faire litière de cette vaste blague, Les Identitaires ont réalisé un argumentaire, que nous publions ci-dessous.
    SUITE : https://fr.novopress.info/208163/argumentaire-identitaires-pretendue-discrimination-banlieues/

    • C’est l’inverse, les banlieues sont carrément favorisées. 1977-2017, quarante ans de « plans » pour les banlieues et des milliards d’euros « brûlés »! https://www.europe-israel.org/2017/02/1977-2017-quarante-ans-de-plans-pour-les-banlieues-et-des-milliards-deuros-brules/
      De l’argent toujours jeté par les fenêtres et ça continue car on ne change pas une équipe qui perd, c’est bien connu…
      « Pour la période 2015-2024, 5 milliards d’euros seront investis en équivalents subventions par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru). Avec la participation des bailleurs sociaux et des collectivités, le financement total devrait approcher cette fois les 20 milliards d’euros et concerner près de deux millions d’habitants. »

    • (suite) Donc je suis d’accord avec ce que disent les Identitaires car bien évidemment, si l’Etat pratique une discrimination, ce n’est pas par rapport aux populations des banlieues, des quartiers sensibles, car avec elles, il pratique la « discrimination dite positive » alors.

  8. Que des salades !!! Le seule ligne qui défend la France et les français contre l’immigrationnisme , le multiculturalisme , le cosmopolitisme et fatalement contre le Grand Remplacement et l’Islamisation conquérante en France , c’est la ligne patriotique Nationale et nationaliste qui va de Jean Marie Le Pen le FN , à Richelieu et à Philippe Auguste le Capétien … Toutes les autres histoires du Communisme , du Trotskysme , des Zinoviev , Kamenev et autres Boukharine , Doukachvili et Rosa Luxembourg et toutes leurs merdes , leurs crimes et leurs Tcheka , Tous ces racontars immondes où l’on se croit au Caucase ou en Asie centrale et non en Bourgogne, à Brocéliande en Provence et en Picardie , ca n’intéresse pas les Gaulois !!

  9. Mr Graven,
    Il me semble que vous vous trompez de cible ou, plus précisément, d’époque.
    Le communisme, « c’était » de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ». Une idée généreuse, vite balayée par les pouvoirs personnels qui ont fait fi de la démocratie. Nous n’en sommes plus là, et « l’antichambre du socialisme » que devait être, pour Marx, le capitalisme planétaire*, est devenu la dictature du fric, de la pensée unique, de la mort des Nations, de leurs cultures, de leurs identités.
    Peut-être seriez-vous mieux inspiré de vous attaquer à cette dollarocratie mondialisée, non?

    * Marx avait imaginé un « capitalisme monopoliste d’état » , où les états formaient la superstructure du capitalisme mondial. Nous y sommes, avec la mondialisation… mais point de « socialisme »…

    • Vous pensez que j’ai écrit contre le communisme en écrivant ce papier? En parlant des journalistes, du contrôle de la pensée auquel nous devons nous astreindre, des étudiants décérébrés par l’enseignement, du vocabulaire politiquement correct, de l’Etat tyrannique qui s’en prend aux délinquants idéologiques comme Eric Zemmour et Renaud Camus, vous pensez vraiment que j’avais dans le viseur cette vieille lune morte qu’est le communisme?
      Ouvrez un peu les yeux, regardez autour de vous, écoutez les radios, lisez la presse mainstream et vous comprendrez (peut-être!) quel est le thème de mon texte.

      • Un Fils de coco, qui fut un « juste » et responsable de la Résistance, cela prédispose à l’adhésion. Comme l’immense majorité des indignés par l’injustice ambiante, j’ai été responsable coco jusqu’en 1982, quand les hamouri de l’époque avaient monté un corps expéditionnaire contre Israël. Fin de nos rêves d’égalité! Aujourd’hui n’ai plus besoin de conseils, merci!
        Le PC n’est plus rien. Pas plus nombreux que les zécolos, les cocos ont un pouvoir de nuisance cent fois moindre. D’où mon « reproche ». L’ennemi, ce ne sont plus les cocos, ce sont ces nouveaux « partageux » personnalisés par Macron, qui prennent dans le patrimoine misérable des plus ou moins pauvres, pour donner aux milliardaires qui l’ont fait roi. L’ennemi du Peuple, c’est cette finance démente du toujours plus!
        Amicalement!

  10. « Le roman démolit les “valeurs” de la gauche –et dans la gauche, je mets la droite molle– » Bien évidemment puisque les institutions sont gangrénées depuis 1945 .et que les esprits sont malheureusement formatés par l’Education marxiste de la république

  11. Oh la gentille dame, Alissa, une russe, qui fuit son pays pour l’Amérique et qui changea de nom. 2-éblouit par ce qu’elle découvre aux USA, décide de l’écrire, d’en faire un roman. Mais c’est du grand classique.
    «Vous ne pouvez pas imaginer à quoi on en arrive avec un homme qui a cessé de raisonner et de penser par lui-même. Vous en faites absolument tout ce que vous voulez», écrit l’auteur. Tu parles d’une nouveauté, d’une grande découverte. Quel génie!

  12. «l’égoïsme (rationnel???) est une vertu qu’il faut restaurer, car il relègue ce qui chez l’humain est de l’ordre de l’affectivité, des émotions, des sentiments, valeurs malsaines dont il résulte généralement n’importe quoi.» Sérieux, ça déconne. L’égoïsme est (1) une vertu et (2) qu’il faut restaurer.
    «valeurs malsaines,blabla,n’importe quoi» Que faut-il ajouter?

  13. «L’égoïsme (rationnel???) permet le développement de soi, la construction d’une société juste non pourrie par l’altruisme obligatoire qui encourage l’assistanat.» Soit elle est folle soit elle se fout de notre gueule. D’après moi, elle devait en fumer de bon. On relit, ça vaut la peine: «L’égoïsme (rationnel?) permet le développement de soi, la construction d’une société juste» Tirez vous-mêmes vos propres conclusions.

  14. «l’altruisme n’a pas le sens de tenir compte de l’autre, mais celui de considérer que le bonheur de l’autre compte davantage que le nôtre, déconsidérant ainsi l’individu qui croit qu’il est moins important que l’autre.» C’est du grand délire. Elle modifie le sens des mots, bah tiens, rendu là, on peut balancer n’importe quoi!
    Une personne altruiste aime et respecte ses voisins, mais elle s’aime et se respecte en premier. J’arrête, cette femme raconte n’importe quoi, c’est du délire intellectuel, comme tous les romans du même tonneau. Tous ces intellectuels sont coincés au niveau de l’intellect, alors ils tournent en rond, chacun dans sa cage et leur monde devient, un peu plus chaque jour, un enfer et eux finissent toxicomanes, alcooliques, névrosés et le suicide n’est plus très loin.

  15. On peut ergoter à l’infini sur tel ou tel détail auquel on n’adhère pas, il n’en reste pas moins vrai que nous voyons là une pensée analytique née au moment ou Adolf et Joseph bâtissaient les fondations de leurs empires totalitaires cauchemardesques. Et que pour l’essentiel, comme Huxley et Orwell, elle avait vu juste. Le fait que cette analyse, née d’une réflexion bientôt centenaire, semble bizarrement décrire des faits, des idées, des évènements et des comportements collectifs et individuels très contemporains est l’indication majeure d’un retour (très bien masqué de modernisme) du totalitarisme en Europe.

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