Pour exorciser la violence en Norvège, Patrick Lozès sacrifie son coq-émissaire

Publié le 25 juillet 2011 - par - 1 474 vues
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Ce matin du 24 juillet 2011, en lisant les propos de Patrick Lozès, candidat à la présidence de la République, j’ai pensé aux réflexions de l’académicien René Girard sur la violence et sur la victime émissaire. Dans son fameux livre « La violence et le sacré », il explique le rôle fondamental du sacrifice pour expliquer le religieux, secrètement fondé sur l’unanimité violente.

Sur son blog hébergé par nouvelobs.com, Patrick Lozès disserte du crime sans nom commis par Anders Behring Breivik en Norvège tout en osant écrire ceci : « Ils sont bien nombreux, ces propagateurs de haine, ces apprentis-sorciers promoteurs d’apéros racistes qui font mine de ne pas voir le feu qu’ils allument. » et de conclure : « Nous devons combattre la bête, cette haine de l’autre qui vient de frapper à Oslo ». Les mots utilisés par Patick Lozès, illustrent à merveille les analyses que René Girard a menées il y a une quarantaine d’années. Elles nous permettent de mieux comprendre les propos de notre candidat à la magistrature suprême.

Comme pour conjurer le mal absolu, le risque du retour de la violence aveugle dans nos sociétés, les humains ont recours à un réflexe ancestral consistant à sacrifier, dans une violence bien réelle. Nous voyons bien, tout autant que nos médias et nos politiques, qu’il y a retour de la violence dans la Cité. Notre conscience troublée nous indique qu’il y a bien un dérèglement quelque part chez nous qui nous considérons comme civilisés. Et nous tous, êtres humains, aimons bien croire que le sacrifice d’un bouc ou d’une victime émissaire pourrait apaiser la violence, ce dieu qui, comme l’explique René Girard, est bien un monstre réunissant, dans une même entité, et la violence et la douceur les plus absolues ; la vie et la mort.

« Toutes les qualités qui rendent la violence terrifiante, sa brutalité aveugle, l’absurdité de ses déchaînements, ne sont pas sans contrepartie : elles ne font qu’un avec sa propension étrange à se jeter sur des victimes de rechange, elles permettent de ruser avec cette ennemie et de lui jeter, au moment propice, la prise dérisoire qui va la satisfaire », écrit René Girard (1).

Le saucisson est une arme d'assimilation massive

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Patrick Lozès, instruit comme nous tous de cette terrible violence faite à Marianne dans ses banlieues et dans sa vie quotidienne sait instinctivement qu’il faut sacrifier une « bête » (c’est bien le terme qu’il utilise) pour tenter de conjurer cette violence que nous respirons, comme l’air du temps, mélangé aux fumées des bagnoles qui crament. Ces moyens de déplacement appartiennent aux petites gens que la politique de l’aveuglement volontaire méprise depuis au moins trois lustres. Le processus de substitution décrit par René Girard est parfaitement illustré par la violence de l’injustice sacrificielle dont use M. Lozès lorsqu’il accuse les organisateurs « d’apéros racistes » de « faire mine de ne pas voir le feu qu’ils allument ».

Lorsque les animaux sont malades de la peste, nous savons bien que c’est la faute des ânes qui troublent l’ordre des choses et se mettent à brouter à tort et à travers. Nos ânes français se sont mis carrément à manger du saucisson et à boire du vin français, nourritures hautement contaminées de racisme et véhiculant des germes d’exclusion.

René Girard l’a bien compris : plus la victime est innocente, plus elle est idéale pour le sacrifice expiatoire !

Voilà comment fonctionne la violente logique sacrificielle de Patrick Lozès. Mais la victime dérisoire, cette « bête » qu’il croit tenir et qu’il offre en sacrifice, ne peut en aucun cas cacher à nos yeux instruits par René Girard cette terrible violence qui viole la profonde identité de la France et trouble sa paix de tous les jours. C’est cette violence là qu’il faudra regarder en face et qu’il nous faudra réparer. Le plus vite sera le mieux.

Pourvu que l’épreuve et la douleur des Norvégiens servent à réveiller la conscience anesthésiée de ceux qui ne veulent pas entendre les cris et les souffrances de l’homme blanc et des Européens, de ceux qui n’ont plus d’yeux que pour celles des autres couleurs et des autres contrées ou provenances. Cette injustice-là est de toute violence. Continuer à la méconnaître ou même à la nier revient à exposer nos sociétés à cette terrible violence dont le Norvégien Behring Breivik vient de nous donner la mesure.

Si vous n’êtes pas convaincu ou pas au courant des lendemains qui chantent pour Marianne, je vous offre, en supplément, cette édifiante vidéo :

Pascal Hilout 

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(1)   – René Girard, La violence et le sacré, Hachette Littératures, 1972, p. 15

(2)  – idem, p. 386

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