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Pour gagner en 2022, toute la mouvance patriote doit soutenir Marine

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022, le grand barnum qui a commencé dès 2017 au lendemain des résultats va s’accentuer du côté des commentateurs, analystes, personnalités politiques et candidats potentiels, tous ceux qui se refusent à imaginer un nouveau quinquennat Macron. Et aussi tous ceux qui partagent sans trop l’avouer les idées de Marine Le Pen, favorables à une reprise en main de la souveraineté nationale, à une lutte réelle contre l’insécurité, à une réforme de la Justice, au contrôle migratoire, à une remise en question drastique du droit de la nationalité (son obtention, sa déchéance éventuelle), du droit d’expulser du territoire, à la réindustrialisation du pays, à la solidarité limitée aux nationaux, non sans purger drastiquement la fraude sociale, premier poste d’économies à réaliser.

Il existe nombre de personnalités qui partagent ces objectifs. Chacun monte en épingle la nuance plus ou moins importante qui le différencie des autres et surtout de MLP. La réalité est qu’on veut bien partager des idées et des objectifs mais pas avec le RN qui n’est qu’une resucée du FN marqué au fer rouge sous Mitterrand, ni avec Marine, fille Le Pen, accaparée par son plafond de verre. Pour rendre les réserves et les réticences un peu plus légitimes on ne manque jamais de rappeler le débat raté de 2017. MLP manquerait de compétences, ne serait pas assez travailleuse, inapte aux grandes perspectives, elle se mobiliserait sur l’accessoire. Tout ceci concerne des commentateurs, analystes, personnalités politiques et candidats potentiels. Mais il y a aussi les partisans de Marine qui ne sont pas tous liés à elle par une fidélité de longue date au FN. Il y a ceux – ils sont nombreux – sensibles à ses accents de sincérité, à ses préoccupations sociales et sécuritaires. Ils sont souvent des partisans récents, et sont d’autant plus exigeants que ce choix politique leur est innovant, parfois « contre-nature ». Parmi eux, des germes de déception apparaissent quand MLP n’est pas assez claire avec ses options sécuritaires. À Toulon, elle a bien parlé de sécurité mais pas du tout d’islam ! Quand elle évoque l’islam, c’est pour dire que cette religion est compatible avec la République. Est-ce qu’elle le pense vraiment ou bien ne peut-elle pas en dire davantage car elle peut redouter un procès, n’ayant plus l’immunité parlementaire ?

Ainsi Marine Le Pen est trop pour certains et pas assez pour d’autres.

Et ces deux entités, du trop et du trop peu, bavassent de plus en plus sur la possibilité d’un candidat contre Macron plus crédible, plus consensuel, plus ferme. Les pions avancent, nombreux et erratiques. D’aucuns attendent une crise sécuritaire majeure, style guerre civile larvée ou déclarée, pour que l’armée entre en jeu. Bref, un homme fort, sachant que Marine n’aurait pas la trempe d’une Margaret Thatcher défendant les îles Falkland. Certains attendent LE général qui prendra en mains le glaive et brandira le drapeau souillé par quatre décennies de félons… Oui, mais quel général ? Un de Gaulle version 1940 va-t-en-guerre inconnu et, on le sait bien, très peu suivi  tant que la victoire n’était qu’un rêve ? Ou un maréchal Pétain qui a donné des preuves à Verdun et, de ce fait, légitimé à baisser les bras et prompt à l’armistice ? Aujourd’hui, on espère plutôt le général vainqueur de 1945 avec son cortège de citoyens tout à coup patriotes courant au secours de la victoire. Or, ce général-là n’a pas de réplique aujourd’hui ! L’homme providentiel galonné a tout à apprendre d’un coup, d’un seul : 1940, 1945, 1958, 1968.

Quant aux personnalités les plus softs, elles se limitent à chercher quelque vieux cheval de retour encore chez les LR pour prendre la tête d’un combat électoral dont on a vu jusqu’ici qu’il se traduisait moins par de l’anti-Macron que par de l’anti-Marine. Ces personnalités ne cherchent pas à rameuter le petit peuple qui est déjà chez Marine ou définitivement sclérosé chez Mélenchon. Ils veulent attirer les cadres moyens qui n’ont pas encore compris que Macron est la pente glissante où ils perdent leur statut social, ou attirer les retraités qui ont plus peur des troubles de rue que des impôts. Ces personnalités softs veulent être vues comme un Mont Cervin, mais n’affichent qu’une allure de puy de Dôme. Et ils y croient, et ils s’y voient sous les applaudissements de quelques poignées de militants qui s’y croient aussi.

Tous ces candidats à la Présidence qui pensent avoir trouvé la formule miracle, l’argument-choc qui écarte tous les autres, imaginent par l’attrait de leur personne qu’ils vont réussir une OPA sur les électeurs englués chez LR, les déçus de LREM, les centristes tristes et surtout sur les 25 ou 30 % scotchés chez Marine. Et à chaque présidentielle c’est la même chose, car la « machine à perdre », c’est toujours les autres.

Autre machine à perdre chez ceux qui n’ont pas l’ambition présidentielle mais qui ont leur idole et tentent de pousser à la décision. Les LR ont leur François Baroin ou leur Xavier Bertrand pour continuer comme avant. De notre côté patriote, l’originalité de la promotion va à Éric Zemmour ! On peut être en phase avec la plupart ou toutes les analyses et propositions d’Éric Zemmour, cela ne saurait en faire un programme politique tel quel parce qu’Éric est d’abord un essayiste, un polémiste d’une grande culture historique. Il y a un gouffre entre la réflexion et l’action. La réflexion accepte le changement d’avis, l’action ne doit pas laisser trop de place aux révisions, doit assumer et digérer ses erreurs. Éric se connaît sans doute mieux que ses thuriféraires.

Or, il existe une machine à gagner ! Fruit de mes illusions, solution improbable voire impossible, Il est une solution, une seule. Que tous les candidats de notre mouvance patriote et souverainiste décident comme un seul homme et s’entendent sur une seule et unique attitude : ne pas se présenter et soutenir la seule et unique candidature de MLP malgré toutes les réticences et sans rien exiger d’elle. Pour la simple et unique raison qu’elle dispose de la troupe la plus nombreuse ; elle ne peut gagner seule, mais  tous ensemble, sans faire allégeance, on peut la faire gagner. Nous faire gagner ! Une fois élue (peut-être dès le premier tour tant la situation du pays devient dramatique), chacun pourra retrouver ses billes et ses nuances à faire valoir lors des législatives qui suivent. Avec cette aide extérieure, le RN ne pourra pas avoir seul la majorité et il n’y aura pas une assemblée de godillots. La Présidente ne pourra faire autrement que prendre en compte à la fois ce que les électeurs attendent d’elle, compte tenu de l’effort que certains auront fait dans l’isoloir, et aussi du support non sollicité des candidats ayant fait preuve d’un patriotisme exceptionnel et exemplaire en renonçant à leur candidature.

Telle est la machine à gagner ! Le relais de la machine à perdre sera offert à la macronie chez qui très bientôt vont se présenter les candidatures multiples, pastèques, courges et melons.

Roger Champart