Pour l’abrogation de toutes les lois mémorielles

Publié le 9 janvier 2012 - par - 529 vues
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L’Histoire doit être écrite par les historiens et non par les députés. De plus, elle n’est pas écrite une fois pour toutes. De nouveaux documents peuvent justifier des révisions d’analyses de faits établis, et des mises en perspectives différentes. René Rémond avait fondé une association « Liberté pour l’Histoire » qui réclamait l’abrogation de toutes les lois dites « mémorielles », Gayssot, Taubira et autres. Il exprimait ainsi un point de vue de professionnel.

Mais ces lois sont par  ailleurs des atteintes à la liberté d’expression. Que ce ne soient pas les seules (voir le livre de E. Pierrat, « Livre noir de la censure ») ne doit pas empêcher de réclamer leur abrogation. La liberté d’expression, c’est la liberté d’exprimer des points de vues « politiquement incorrects », de choquer, de critiquer les religions, de s’opposer à des  unanimismes  suspects, de se tromper et de mystifier. Les possibilités d’information sont suffisamment nombreuses pour que chacun puisse détecter ce qui est par trop partial.

Ces lois sont communautaristes (donc nuisibles): elles alimentent la concurrence victimaire et encouragent de nouvelles revendications.

Les députés passent leur temps à voter des interdictions et des pénalisations. Comme le vrai pouvoir leur échappe (il est confisqué par les banques et les organisations internationales), ils se consolent en satisfaisant leur « envie du pénal » que Philippe Muray ridiculisait brillamment.

Sur le génocide arménien, voter une loi de reconnaissance et de pénalisation de sa négation,  c’est de plus une manœuvre hypocrite contre la Turquie et son entrée dans l’ Union Européenne.  Je juge inadmissible de sacrifier un peu plus de liberté d’expression (relative à des événements de 1915 !) à une décision dont les motivations sont forcément sans rapport avec tel ou tel génocide.

Je suis personnellement contre l’entrée de la Turquie dans l’ UE pour des raisons simples et peu originales: l’Islam et les perspectives d’immigration massive et de délocalisations de ce qui reste de nos industries. Mais je me moque éperdument que le gouvernement turc reconnaisse ou pas le génocide arménien. Par contre ce gouvernement doit laisser les historiens s’exprimer librement à ce sujet.

Joseph Semet propose d’inclure ces lois dans la Constitution. C’est n’importe quoi! La Constitution  devrait être minimale et ne porter que sur le fonctionnement de l’État. Celle-ci est modifiée bien trop souvent, pour des motifs parfaitement circonstanciels et politiciens.

Dernier point: les États et donc les politiques devraient se refuser à toutes reconnaissances historiques, en bien ou en mal,  et repentances de quelque nature que ce soit. Seul devrait compter l’avenir. Les déclarations et cérémonies de commémorations diverses ne sont que des manipulations de l’Histoire.

En résumé, à chacun son rôle: que les historiens s’occupent du passé, que  les politiciens s’occupent du présent et du futur (et pas dans leur seul intérêt). Le communautarisme est un poison.  Et la liberté d’expression, comme aux États-Unis grâce au Premier Amendement, ne doit souffrir aucune entrave.

Bruno Courcelle

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