Pour Malek Boutih, la France doit petit à petit ressembler au monde arabe !

Nous vivons une époque formidable, que l’Histoire traverse à la vitesse des ouragans. Il n’est de jour, concernant la France, qui ne voie un nouvel avatar de ce qu’il est résolument convenu d’appeler désormais substitution.
Monsieur Malek Boutih est le tribun du jour, façon soft. D’une voix posée, souriant fraternellement à ceux qui voudront bien le croire, il nous brosse le tableau d’un monde politique et diplomatique dont accouchera bientôt non pas la matrice (sclérosée sans doute et fibromateuse quelque peu) de l’Histoire, mais celle, tonique, vibrante et enthousiaste, de la multi-culture en voie d’éclosion. Pour terminer son propos, un constat que ce visionnaire fait avec les yeux de Candide : « La France est le premier pays arabe en dehors du monde arabe ». Il oublie la Belgique qui, toutes proportions gardées, ne doit pas être loin dans le classement.
Décryptons le message contenu dans ces quelques mots formant des phrases lourdes de sens. Politique et diplomatie françaises furent jusqu’à un passé récent étroitement liées à une histoire bi-millénaire qu’il convient de dépoussiérer dans l’aurore du siècle. Le paramètre arabe dans l’équation française oblige à considérer dorénavant ce modèle si longtemps pérenne comme obsolète. Des générations arrivent, confortant celles qui besognent déjà le projet d’infléchir les dites politiques au bénéfice de l’étranger.. En clair, les diplomates français, pour ne parler que d’eux, devront à l’avenir tenir compte non plus seulement de l’intérêt de leur pays mais également de celui de leurs semblables. Et ceux-là, Mexicains? Thaïlandais? Zimbabwéens? Sud-Moluquois? Entre autres, les principaux partenaires résidant évidemment dans ce monde arabe dont il s’agira alors d’intégrer les idées, projets, intérêts et calculs à égalité avec ceux de la vieille nation. En un mot, Malek Boutih, rejoignant en cela les tenants trans-marins de la confédération méditerranéenne, envisage de fondre le métal, même rouillé en maints endroits, de l’indépendance française dans le béton de la maison Eurabia.
Vaste entreprise, déjà bien engagée.
En attendant ces heures de fusion générale dans les feux d’artifice d’une décolonisation enfin achevée, Monsieur Boutih nous fait clairement savoir en souriant que ce n’est pas à la minorité de se couler dans le moule de la majorité mais que c’est bel et bien à celle-ci qu’il incombe de se modifier, si possible en profondeur, au point d’abandonner en route ce qui faisait depuis pas mal de temps sa spécificité charnelle, son moi capable de se différencier du ça, son essence constituée au fil des siècles.
Monsieur Boutih tient, avec la même onction cauteleuse, l’exact discours de Monsieur Ramadan.
Et comme lui, il rêve sans doute de la même extension du domaine de la lutte à l’enseignement, à la justice rendue, à la culture ainsi qu’à quelques domaines accessoires comme la place de la religion dans la société, le rapport hommes-femmes, la manière de se nourrir et autres concepts négociables. Substitution ai-je dit. Je maintiens, et prédis le riche avenir de ce simple mot.
Ainsi le possible-futur Président de la HALDE fait-il un de ces pas vers l’avant qui signe son stratège. Il sait bien que, face à lui et autour de lui, siègent des caciques davantage fascinés par leurs calculettes électorales qu’intéressés par la survie à moyen terme de leur pays. Il a compris également qu’au jeu du pouvoir, les règles sont modifiables en fonction de la donne. Comptant ses points et voyant que la distribution des cartes l’avantage sans cesse, il « blinde » assez haut pour se garantir le demi pas en arrière qui lui permettra de voir venir et de réfléchir à la relance. Monsieur Boutih est un homme intelligent doublé d’un joueur talentueux.
Il appartient dès lors à la majorité de rappeler à Monsieur Boutih qu’à défaut de posséder tous les atouts, c’est elle qui tient encore la boutique, la caisse et la faculté de fermer le casino à l’heure qui lui convient. Ainsi les règles seront-elles fixées pour assez longtemps. Quant à nos diplomates piégés par l’abaissement progressif de leur maison-mère, il devront se souvenir qu’ils représentent malgré tout une nation qui a façonné le monde jusqu’au milieu du siècle passé et qu’à ce titre, ils n’ont pas, aujourd’hui comme demain, à se laisser modeler par la façon de voir des autres, fussent-ils leurs très amicaux, très compassionnels et surtout très lénifiants compatriotes.
Alain Dubos

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