Pour ne pas heurter les "nouveaux arrivants", ils veulent réécrire l'Histoire de France

Stigmatiser, astigmatiser…

L’astigmatisme est un défaut gênant ; il se soigne avec de la gymnastique de l’œil et de bonne lunettes. Lorsqu’on n’est pas affligé par ce défaut, il ne viendra à personne l’idée saugrenue de vous déformer la vue en vous triturant les yeux à cet effet. Je crois que tout le monde sera d’accord, et pourtant…
Dans le domaine de l’école, de ses compétences et de ses obligations de résultat, il en va quelque peu autrement. C’est particulièrement vrai et affirmé dans les domaines de l’enseignement de l’Histoire. Ce serait même une qualité d’y introduire des distorsions, modifiant, à postériori, les faits ou les effaçant de la mémoire collective.
Quand on se penche sur la question, on voit qu’il s’agit d’en finir avec, nous dit-on, toute stigmatisation des populations accueillies venues d’Afrique et d’Afrique du nord. Elles pourraient, ces populations, se sentir mises à l’écart, stigmatisées, ou mise en cause dans leur identité, par l’enseignement poursuivi de notre mémoire collective plusieurs fois millénaires.
Il conviendrait donc de dépoussiérer le passé collectif, de tailler dans l’enseignement de l’Histoire et dans l’Histoire elle-même. Il faudrait gommer, effacer, faire oublier et dans certains cas réécrire le passé, sous un nouvel angle, plus avantageux pour les nouveaux entrant dans la nation française.
On ne supprime pas encore carrément l’enseignement de l’Histoire mais on n’en est pas très loin, tout cela au nom du noble sentiment de lutte contre la stigmatisation…
Je voudrai faire quelques rapides suggestions aux iconoclastes champions de l’astigmatisme historique, en particuliers aux champions du genre qui ont l’air de peupler les bureaux de l’académie de Créteil.

Sont déclarés superflues ou nocives ! Et nous proposons :

– Que l’on n’enseigne plus la Chanson de Roland, mais peut-être que c’est déjà fait,
– Que l’on ne parle plus du tout de la bataille de Poitiers, ou que l’on dise aux élèves que ce ne fut qu’une amicale rencontre de sioule, cet ancêtre un peu brutal du rugby. En parler comme d’une bataille et surtout comme d’une défaite des conquistadors venus d’Afrique du nord via l’Espagne, ce ne serait vraiment pas gentil et procéderait d’une méchante volonté de stigmatiser les élèves originaires de cette partie de l’Afrique.
– Je propose, que l’on évite de parler de la bataille des champs catalauniques (juin 451) et de la défaite des hordes d’Attila. Que l’on évite aussi de parler mal de ce brave homme, comme de l’herbe qui ne repoussait pas après le passage des sabots de son cheval.
Ses descendants, au brave Attila, et à ceux de ses compagnons revenus dans les steppes d’Asie centrale, étant de pieux musulmans turcophones, cela pourrait stigmatiser les élèves Turcs.
– Je propose, avec force, que l’on évite totalement de parler de Bonaparte, et surtout de la campagne d’Egypte et de Champollion. Cela pourrait être désobligeant et stigmatisant à plus d’un titre envers nos braves élèves musulmans qui ont droit au respect, même si pour cela il faut faire quelque entorse à la vérité historique. En effet, cela ne donnerait pas une image glorieuse et valorisante des capacités militaires des généraux et des soldats du califat. Surtout, cela laisserait croire, ou pourrait laisser croire, et dire, que l’islam des lumières s’était éteint avant de naître et qu’il serait passé des siècles durant à côté de la pierre de Rosette sans s’y intéresser, sans avoir eu l’idée de Champollion qui accompagnait Bonaparte, à savoir, comparer entre elles les trois langues inscrites sur la pierre et qui y racontaient la même chose.

Parler aujourd’hui de cet événement, en classe, pourrait stigmatiser…

Parce qu’il laisserait à penser que sans la campagne militaire en Egypte, sans Champollion et sa découverte archéologique, on ne saurait rien, ou pas grand-chose de la grande civilisation de l’ancienne Egypte- cet événement devrait tomber dans l’oubli, ne plus être enseigné ?
En outre, et ce serait terriblement stigmatisant, nous fait-on comprendre, l’éminent anticolonialiste stalinien du PAI du Sénégal (le parti africain de l’indépendance), un professionnel cracheur- dans la soupe- colonialiste, je veux parler du professeur Cheikh Anta Diop, une icône intellectuelle de la « bobotitude néo gauchiste », n’aurait pas disposé des outils qui lui permettront de comparer les langues de l’Afrique de l’ouest et l’ancien égyptien de l’époque des Pharaons. Sans Champollion, comment aurait-il pu comparer les langues en questions et conclure avec une fierté légitime : que les peuples de l’Afrique de l’ouest sont les descendants physiques et spirituels de la grande civilisation de l’Egypte antique ? Mais comme il ne faut ni vexer, et surtout ne pas stigmatiser, alors, à la trappe Champollion et à la trappe son travail sur la pierre de Rosette. Sans Champollion l’égyptologie serait peut-être encore à naître, mais il ne faut pas le dire, ce serait… dis-cri-mi-ner.
Vous me direz, et j’en serai d’accord, l’astigmatisme, qu’il soit oculaire ou visuel, ça se traite. On peut crever les yeux, et même tuer le malade, c’est un traitement. C’est d’ailleurs celui qui semble avoir les faveurs de certains rectorats. Comme cela, plus de problème de perception ou de non perception et de mémorisation des choses. Ainsi, plus de rejet, plus de vexations nocives, plus de mauvaises notes, fini le chahut en classe, plus de stig-ma-ti-sa-tion !!
Cela se traite aussi par la gymnastique et par de bonnes lunettes, l’astigmatisme.
Pour ce qui concerne ici la gymnastique de l’esprit, il convient de l’aider et de le fortifier dans son refus de se laisser déposséder et priver de ses repères ; il convient de l’aider, l’esprit, dans son refus de devenir une cire vierge ou une feuille de papier blanche sur laquelle les adversaires de la « stigmatisation » vont écrire quelques dogmes idéologiques passe-partout, préparant et facilitant ainsi l’asservissement aux joies ineffables de la dictature de la charia présentée comme l’alpha et l’oméga de la justice et de la science.
Pour dire les choses plus simplement : oui, comme Danton le proclamera, l’instruction est le premier besoin du peuple après le pain !
Non ! la démolition de la culture, ce n’est pas respecter les enfants de ceux qui viennent d’arriver dans ce pays ou qui y sont venus il y a seulement quelques décennies ou quelques années!

Non, l’abaissement du niveau d’exigence scolaire ce n’est pas respecter ces enfants

Au contraire, c’est les montrer du doigt, comme d’incurables ânes bâtés ou comme des « onagres d’hommes », seulement capables de porter la main sur leurs voisins et sur eux-mêmes, comme il est écrit quelque part. C’est tout, sauf les respecter. Précisément, c’est les discriminer et c’est les utiliser, les instrumentaliser, pour remettre en cause un des acquis de la révolution française : l’instruction du peuple, une des clés de la démocratie politique et du progrès social.
Alain Rubin

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