Pour passer des vacances de rêve avec des policiers, mieux vaut être jeune délinquant que bambin fauché

Comme chaque année en cette période estivale, pour leur éviter de « faire des bêtises », des vacances sont offertes aux jeunes repérés comme délinquants avérés ou à venir et donc catalogués comme « à risques » ou « ayant commis des infractions au sein de leur établissement scolaire ».

Pendant que les bambins fauchés mais qui ont la malchance d’être non-délinquants sont assignés à résidence chez eux devant la télé, ces graines de délinquants se voient donc offrir des séjours au vert tous frais payés par les généreux contribuables que nous sommes, sans doute pour récompenser leur forte personnalité mais officiellement pour leur enseigner le vivre ensemble, le respect et la « conscience citoyenne » en les extirpant de l’oisiveté à laquelle les enfants non-délinquants, eux, sont condamnés.

Cette inversion des valeurs pour laquelle tout est mis en œuvre à tous les niveaux de l’appareil étatique illustre tristement cette nouvelle et curieuse notion de « respect » qu’on prétend inculquer à ces jeunes, alors que dans le même temps, par le principe même de ces vacances conçues rien que pour eux, on leur apprend de manière éclatante que ce sont au contraire l’irrespect et les mauvais penchants qui sont gagnants dans notre monde nouvellement ordonné. L’article précise d’ailleurs que le projet a vocation à être « visible », de là à penser que c’est son unique but, il n’y a pas loin.

http://www.lemonde.fr/societe/video/2012/08/09/pour-prevenir-la-delinquance-la-police-offre-des-vacances-a-des-enfants_1744134_3224.html

Les enfants font du VTT, du kayak, du roller, de l’équitation, de la montgolfière au-dessus de Paris, de l’accrobranche, etc, pendant que les enfants fauchés ordinaires doivent se contenter de jouer à Final Fantasy entre deux passeports vacances. On leur montre aussi la maison de Jean-Pierre Bel, celui qui remplacera le Président en cas de décès et qui a même une résidence secondaire. Car c’est cela qu’ils retiennent les enfants, que M. Bel a deux maisons, et c’est ce que la police appelle faire de la pédagogie et du culturel.

Et alors qu’on nous assène à longueur de journée que non, les délinquants ne sont pas issus de l’immigration, ces images nous montrent au contraire que les enfants catégorisés comme délinquants avérés ou possibles sont maghrebo-africains. C’est à n’y rien comprendre. Où sont les méchants Sébastien, Antoine, Alice et autres représentants de la délinquance franchouillarde ? Nous les cacherait-on ? Le reportage serait-il bidonné ? Pourquoi une telle discrimination ? Mais que fait le Mrap ?

Côté ados, on évoque du bout des lèvres des relations plus tendues avec ces policiers pourtant débonnaires et on s’excuse presque que des exclusions puissent avoir lieu, mais cet aspect négatif est rapidement balayé par l’argument de la satisfaction des djeuns face à ce programme de vie « ensemble » et de règles de respect. Hélas, à la question de savoir si l’initiative présente un intérêt pour lui, Mustapha 17 ans, à qui un copain a « conseillé de venir parce qu’il y avait plein de trucs à faire », répond d’un air rigolard qu’il s’en fout de la pédagogie et du vivre ensemble, et que tout ça c’est pas son problème du moment qu’il s’amuse. Au moins, ça a le mérite d’être franc et clair.

Tout ça avec l’argent de nos impôts… elle est pas belle la vie ?!

Caroline Alamachère

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