Pour qui roule Laurence Méhaignerie et ses curieux sondages ?

Publié le 12 février 2010 - par - 1 775 vues
Share

Alors qu’était programmée la tenue d’un séminaire gouvernemental consacré au débat sur l’identité nationale, tous les médias commentaient abondamment lundi matin 8 février, le quotidien gratuit Métro publiait un sondage sous le titre « le triomphe de la diversité »(1) vantant l’adhésion des Français à la diversité et à la société multiculturelle, Il faisait ainsi habilement passer à la trappe le sondage publié le vendredi précédant sur l’identité nationale.

Cette guéguerre des sondages n’est pas nouvelle mais cette insistance à défendre ce sondage publié très opportunément au matin même du séminaire gouvernemental sur l’identité nationale, a chatouillé ma curiosité. Ce sondage a été réalisé en partenariat avec Métro et BFM TV et un organisme inconnu : Equity lab ,. Le site « [www.equitylab.fr->www.equitylab.fr ] » ne contient pratiquement aucun autre dossier que ce sondage réalisé par TNS / SOFRES. A croire qu’il a été créé uniquement à cette fin. On peut néanmoins y apprendre qu’ Equity lab est une association présidée par Laurence Méhaignerie « travaillant à l’émergence de nouvelles problématiques de diversité et de discrimination positive ». Dans le communiqué de presse en première page du site, il est explicitement écrit que « ce sondage vise à diminuer considérablement la portée du sondage lancé par Eric Besson »… la démarche d’Equity Lab a été de comprendre dans quelle mesure les Français sont prêts à vivre dans une société de plus en plus multiculturelle ».Quel objectif !

De fait, ce sondage démontre surtout que les Français, loin d’être de méchants racistes et xénophobes, sont plutôt tolérants et s’accommodent des immigrés présents en France. Plus inquiétante cependant est l’affirmation avancée « d’un décalage entre le discours politique et l’opinion publique, qui, elle, trouverait que les politiques dramatisent toujours les questions de religion » puisque 54 %des Français n’auraient aucune objection à côtoyer une musulmane portant le foulard.

On sait pourtant que de nombreux autres sondages montrent de manière continue une forte hostilité au port de la burka et du voile intégral (74 % des Français favorables à une loi interdisant la burka (1) mais une forte adhésion à la laïcité (70 %pour le maintien de la loi de 1905 sondage IFOP la croix mars 2008). De toute façon, nul n’ignore que les réponses aux sondages varient souvent en fonction de ce que l’on veut leur faire dire sauf quand les taux de réponse sont massifs et continus comme ces derniers.

Mais le fond de la question n’est pas là :

Pourquoi aucun journaliste ne s’est interrogé sur les motivations et les moyens mis en œuvre par cette dame et son association pour aller à l’encontre d’un sondage commandité par un ministre, fut-il le détesté Eric Besson ?

Laurence Méhaignerie, n’est pas une inconnue et son parcours ne manque pas d’étonner. Fille de Pierre Méhaignerie, ancien ministre de la Justice, ayant une maîtrise en sociologie, elle se présente le plus souvent comme journaliste d’abord au Moniteur puis au Courrier des maires. En 2004, elle rédige avec Yazid Sabeg pour l’Institut Montaigne, think tank libéral de Claude Bébéar, une étude(3) visant à promouvoir la diversité, notion qui, on le sait, signifie la diversité des origines et non la diversité des classes sociales ou des opinions.

Elle est nommé ensuite de juin 2005 à septembre 2006 conseiller au Cabinet d’Azouz Begag dans le gouvernement de Villepin pour promouvoir la diversité. Elle mène la bataille pour convaincre le futur Président de la République de modifier l’article 1 de la Constitution de 1958 qui affirme « la France est une et indivisible » pour y inscrire la diversité comme principe constitutionnel. On sait que c’est sur cet article que se sont fondés la CNIL et le Conseil Constitutionnel pour retoquer les statistiques ethniques que Brice Hortefeux avait introduites à la demande des tenants de la diversité dans la loi sur l’immigration de novembre 2007.

Quittant le Cabinet de Begag, Laurence Méhaignerie fonde une entreprise Citizen Capital qu’elle préside avec Pierre-Olivier Barennes, ancien directeur du fonds d’investissement Bridgepoint Capital. Selon le supplément Enjeux les Echos(4),cette entreprise qui est censée financer des entreprises issues de la diversité s’adresse aux entreprises ayant des besoins conséquents de l’ordre de 0,3 à 2,2 millions d’euros. Or, pour financer ces investissements Citizen Capital a été dotée de fonds substantiels principalement par la Caisse des dépôts et la Banque Postale à hauteur de 9 millions d’euros, sans oublier la Brioche dorée…

Le dossier des Echos nous apprend également que pour l’instant, Citizen Capital n’a à son actif qu’une seule participation alors même que son champs « a un spectre plus large que les banlieues sensibles : entrepreneurs autodidactes issus de la diversité ou venant de zones rurales ou désindustrialisées.. » Sans doute le petit « plus » demandé par les investisseurs publics pour qu’ils acceptent ou justifient leur participation dans cette entreprise atypique. On s’interroge cependant sur les compétences professionnelles de Laurence Méhaignerie pour occuper ce poste ? Les journalistes des Echos ne sont pas bien curieux. On aimerait que d’autres journalistes spécialistes de l’investigation creusent un peu plus les sujets ou que les experts chargés du contrôle des dépenses de l’argent public mettent un peu leur nez sur cet organisme financés essentiellement par l’argent public.

En tous les cas, on comprend qu’avec une seule aide financière apportée en deux ans, Laurence Méhaignerie ait trouvé le temps de se consacrer à quelques autres activités et ait pu créer « Equity lab » et bien d’autres petites choses pour promouvoir la diversité chère à son cœur. En attendant, ce sondage faisant l’apologie de la société multiculturelle et de la diversité est venu à point nommé pour relancer ce sujet après le succès assez limité du lancement pourtant très médiatisé de l’appel pour « Une République multiculturelle et multiraciale » par Lilian Thuram ou encore pour camoufler le flop de la remise du rapport du COMEDD (comité pour la mesure de la diversité et l’évaluation des discriminations) présidé par M. François Héran à Yazid Sabeg qui enterre officiellement l’idée de statistiques ethniques pour se ranger dans le cadre fixé par la CNIL et le Conseil Constitutionnel.
Alors, on aimerait bien connaître la réponse à la question posée en titre de cet article. Pour l’instant il faut continuer à chercher et essayer de trouver.

Gabrielle Desarbres

(1) [http://www.metrofrance.com/info/le-triomphe-de-la-diversite/pjbg!6pz2Ns6K@tWbNd7GexN78w/->http://www.metrofrance.com/info/le-triomphe-de-la-diversite/pjbg!6pz2Ns6K@tWbNd7GexN78w/]

(2) Sondage Ipsos réalisé les 15 et 16 janvier par téléphone auprès d’un échantillon de 960 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus

(3) « Les oubliés de l’égalité des chances », rapport de l’Institut Montaigne, Yazid Sabeg et Laurence Méhaignerie, 01/2004 (136 pages)Consulter en format PDF et visiter le site de l’Institut Montaigne ainsi que la page dédiée au groupe de travail « Egalité des chances »

(4) « Le capital se risque en banlieues, Enjeux les Echos, supplément au n] 20609 du Quotidien Les Echos des 5 et 6 février 2010

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.