Pour une littérature dératisée

Publié le 27 décembre 2020 - par - 13 commentaires - 911 vues
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Après avoir lu un article de Didier Desrimais sur Causeur, La littérature nettoyée jusqu’à l’osIl ne faut pas que les romans d’autrefois stigmatisent quiconque – sur l’épuration littéraire des œuvres, j’ai saisi, sur une étagère de ma bibliothèque réservée aux livres de mon enfance, Traqué dans la brousse de René Guillot. J’ai reçu ce Prix de la Ville de Roanne (écrit en lettres dorées sur la quatrième de couverture) lorsque j’étais élève à l’école primaire.

Page 47, « Une foule de nègres, de toutes les nuances du noir : le noir-bleu de la Côte d’Ivoire, le noir-rouge du Soudan, le noir-vert du Niger. » J’ai aussitôt dissimulé le mot terrible sous le ruban blanc d’une souris correctrice.

Consterné, je me suis dit que ma bibliothèque devait contenir nombre de monstruosités de ce genre.

Les romans d’A.D.G viennent en premier, ordre alphabétique oblige. Joujoux sur le caillou, p. 97 : « La sémillante Aïssa m’ouvrit la porte et me dit que “vite, vite, ils m’attendaient, qu’il y avait du nouveau”. J’avais très envie de lui pincer les fesses. » J’étais offusqué. Je m’offris un jus de fruit Innocent pour me remettre.

Le salaire de la peur, Georges Arnaud (René Girard pour les pointilleux), page 52 : « vous pensez que nous n’aurons aucun ennui supplémentaire avec leurs gouvernements de nègres, leur presse de singes et leur clique d’hommes des bois ? » J’ai arraché la page. Et fais une prière devant le portrait de saint Thuram pour purifier mon esprit souillé par de tels mots.

Mon regard a été accroché par Crash de Ballard. Je l’ai feuilleté. Un hymne aux embouteillages, à la bagnole, au caractère aphrodisiaque des accidents. Des pages et des pages de coïts dans des véhicules, de fantasmes sexuels dans un hôpital après une collision, de cicatrices, traces des dégâts d’un choc frontal, d’odeurs post-coïtales et d’huile de moteur. Page 96  : « Elle s’est soulevée de ma verge dès que j’ai eu déchargé, laissant le sperme couler entre mes cuisses, et s’est adossée au volant. Elle a pris mon gland luisant dans sa main. Son regard a fait le tour de l’habitacle, à la recherche d’une dimension nouvelle de notre coït. Sa balafre, mise en valeur par la lumière de l’après-midi, signalait nos motifs cachés comme le tracé, sur une carte secrète, de la frontière d’un territoire annexé. Pensant que je parviendrais en quelque manière à la réconforter, j’ai libéré son sein gauche du soutien-gorge et me suis mis à le caresser. Heureusement simulé par sa géométrie familière, j’ai contemplé la grotte scintillante du tableau de bord, la gaine saillante de la colonne de direction, les chromes des poussoirs. » Que fait la Prévention routière ? Ce roman qui incite à la vitesse, qui lie celle-ci à l’érotisme est paru en 1973. Et rien ? Pas d’interdiction ?

Érotisme… Érotisme… Georges Bataille : « Il n’y a pas en chaque femme une prostituée en puissance, mais la prostitution est la conséquence de l’attitude féminine. (…) Par le soin qu’elle prête à sa parure, par le souci qu’elle a de sa beauté, que sa parure met en relief, une femme se tient elle-même pour un objet que sans cesse elle propose à l’attention des hommes » (L’érotisme, page 144). Ma bien-pensance en était toute retournée. “Toutes des putes !”… Marlène, Marlène, au secours !

Courageusement, je retournai piocher dans mes étagères Billy.

Erwan Bergot, 2e classe à Dien Bien Phu (page 256) : « Je crois que leur maître mot est la haine. Eux-mêmes haïssent tout le monde. Les Allemands parce qu’ils sont blonds, les Sénégalais parce qu’ils sont grands, les Arabes parce qu’ils en ont peur, et les Français parce qu’ils sont français. La haine des nha-quê contre le reste du monde est incommensurable. » « Vous n’aurez pas ma haine », me suis-je surpris à hurler silencieusement. Chaque lecture du mot “haine” provoque chez moi ce réflexe leirisien. Et après je me sens un type tellement bien.

Me voilà tirant Bukowski du rayon. Il a longtemps que je n’ai pas parcouru quelques lignes de Women : « J’suis tombée sur un sale juif, un vrai fils de pute. Il voulait douze dollars pour remplir l’ordonnance ! Ça n’en coûte que six sur la côte. Je lui ai répondu que je n’avais que six dollars. Rien à faire. Un sale juif qui habitait Harlem ! J’peux avoir une bière ? » fait dire Henry Chinaski, le double littéraire de Bukowski, à Tammie p. 187. Doigts crochus dès qu’il s’agit de fric et de juifs. Quelle horreur ! Je n’ai pas osé brûler le bouquin craignant un rapprochement douteux. Il faut se méfier, l’antisémitisme se niche partout.

Une bonne âme m’a pourtant conseillé : « Brûle tout ».

Pas judicieux. Écologiquement irresponsable. Et puis trop autodafés nazis.

Mais peut-on laisser Voyage au bout de la nuit en l’état dans un monde comme le nôtre ?

Et oublier Claude Lévi-Strauss et sa vision de l’islam, dans les dernières pages de ses Tristes tropiques : « Grande religion qui se fonde moins sur l’évidence d’une révélation que sur l’impuissance à nouer des liens au-dehors. En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien du dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables ; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui » ?

Peut-on accepter tant d’islamophobie sans mettre les deux genoux à terre, se prosterner en psalmodiant des mots d’amour, de paix et de tolérance sur cette merveille religion ?

J’ai arrêté de me torturer.

J’ai décidé de relire, réécrire, amender la littérature de ma bibliothèque d’A.D.G. jusqu’à Zweig. D’en chasser tous les “rats-cistes”, islamophobes, homophobes, grossophobes, glossophobes…

Tous les amoureux du roman doivent désarmer leur âme et leurs livres.

Le déboulonnage des statues, les séances télévisuelles d’autocritiques, les commentaires si propres et si progressistes comme ceux de François Busnel ne suffisent pas. Il y a du boulot pour des centaines de chômeurs z’artistes. Les maisons d’éditions doivent recruter au plus vite des milliers de lecteurs censeurs, des réécrivains qui sauront rendre plus simples et plus politiquement correct les œuvres littéraires, des redessinateurs qui supprimeront cigarette et pipe dans les B.D., qui gommeront l’homme blanc pour ne laisser que ses sanglots puérils. Il faut des correcteur.trice.s humanistes, des chefs-d’œuvres où les vieux mâles blancs de plus cinquante ans seront remplacés par des athlètes africains à la sculpturale vingtaine, des titres de collections davantage dans l’air du temps : Sans frontière, Inch’Allah, Les sorcières du Sahel, De là-bas et d’ailleurs

Courage, n’avançons pas masqués. Ne laissons pas nos paroles être délavées par le gel hydroalcoolique. Transformons la littérature en un monde cosmopolite où régnera une autre égalité, où nous ne chercherons plus des définitions dans Le Petit Robert mais dans Le Grand Mohammed ou L’Immense Mamadou.

Agissons, mais… faisons attention à n’être pas les petits nègres de cette littérature à naître et de ne pas créer de nouveaux stéréotypes.

Marcus Graven

Vous pouvez retrouver tous mes articles sur

https://marcus.tvs24.ru

 

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Notifiez de
joseph d arimathie

un article tres interessant que l on peut completer en allant sur le site ANNUAIRE DES MOSQUEES . on y trouve toutes les bonnes adresses y compris celles des mosquees salafistes ! et puis , en cliquant a droite sur la rubrique PAYS DES LUMIERES ETEINTES ; on trouve une compilation enorme de citations de grands ecrivains europeens mais KOUFFARS qui ont critique et denigre l islam . c est un vrai regal ! cette rubrique est d ailleurs incitative pour que les decerebres mettent le feu a nos bibliotheques …..

Rems

Avec nos bibliothèques bien remplies on a l’impression d’être des dangereux résistants maintenant ! j’ai même du Soral, c’est dire……………

Anne-Marie G

C’est bien la peine de faire un article sur la censure quand on censure soi-même !

Modération : quand avez-vous été censurée ? Le site bascule parfois les commentaires dans un “no man’s land” avant que nous puissions les modérer. Si vous pouviez ne pas rouspéter pour rien… ;)

Anne-Marie G

Désolée, mais cher monsieur, j’ai déjà été censurée sur RL par d’autres auteurs que vous, rarement, il est vrai, mais récemment d’où ma réactivité excessive !

Modération : je précise encore une fois que ce ne sont pas les auteurs qui modèrent les commentaires…

Anne-Marie G

Ma foi, on a commencé par réécrire l’histoire en fonction de la sensibilité d’une communauté : voir la réaction récente quant à la position de Macron à propos de Maurras ou Pétain, se contentant de dire pour ce dernier qu’il ne fallait pas l’effacer de l’histoire parce que lors de la guerre de 14-18 il avait été un grand général. Mais pour certains, c’est trop, c’est insupportable. Alors quand après on les voit s’insurger contre les déboulonnages de telle ou telle statue par d’autres communautés, on peut “s’étonner” quant à leur cohérence ou leur bonne foi.
Ce pays se désagrège et ceux qui “dénoncent” feraient mieux de balayer devant leur porte. Je ne vise pas l’auteur de l’article, je ne sais s’il en est. Je me contente de dire que c’est marre des manips de quelques uns.

Ugolino

Au fait, le véritable nom de Georges Arnaud était Henri Girard, et non René Girard.

Prouvencau

Bravo pour cette page…je signale pour ma modeste part..SAS de Gérard de Villiers , si bêtement. Critiqué par j.p. Foucault lors d une émission t v ,Mickey Spillane.., Jean Bruce …génie du suspense ,, Voltaire. Etc…

patphil

quoi ? les buchers de la bienpensance n’ont pas encore fait le ménage?
il manque aussi les tintins au congo, coke en stock etc

BERNARD

Délicieux…
Mais pourquoi pas plus simplement une mise à l’index de tous ces livres odieux. Inutile de les ré-écrire, de toutes manières la jeune génération ne sait plus lire…

Lire fait penser, et ça, c’est très très mal, l’image c’est nettement mieux, il paraîtrait qu’un ménage compte en moyenne 6 écrans.

Patapon

La lecture est le ferment de l’intelligence.Lire est un moteur pour l’imaginaire,et les auteurs sont les indispensables compagnons de route de nos vies,amis fidèles et sûrs.La littérature nous informe sur nous même et sur le monde,la philosophie nous aide à démêler l’écheveau de la pensée,à distinguer les divers aspects de la réalité ou nous nous débattons pour mieux y mener notre destinee d’humains,sans nous laisser abuser par les faux-semblants.Les livres franchissent aisément les espaces et le temps où nous sommes contingentes.Les livres nous délivrent…

BERNARD

👏👏👏👏 Très bien dit !
Ce pourquoi le lavage de cerveau commence par ne plus apprendre à lire correctement.. A t on vraiment besoin de quelqu’un qui sait lire dans notre futur village mondialisé ? Ça pourrait être contreproductif, au contraire.

Vaste programme!!!

Prouvencau

De Gaulle…

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