Pourquoi et comment je me suis retrouvé à la rue


Re-bonjour ! Riposte Laïque. Afin de faire suite à l’intérêt que vous me portez, je tenais à vous apporter quelques précisions supplémentaires. Notamment au sujet du pourquoi et du comment je me suis ainsi retrouvé à la rue. J’ai vécu durant trois ans dans un studio. Je l’ai dégoté en octobre 2014, tout à fait par hasard, sur un merveilleux coup de chance. Je venais de connaître trois mois et demi de rue. L’été fut particulièrement pourri, frais et pluvieux. Avec le temps qui s’écoulait inexorablement, j’avais fini par mettre mon amour-propre de côté, et je parlais autour de moi de ma situation fort méprisable et détestable. Que je ne souhaite à personne, au demeurant.
Je fréquentais un bar, et j’ai discuté avec le patron. Il m’a alors appris qu’il gérait plusieurs logements. Nous avons pris rendez-vous dans l’après-midi afin de me faire visiter l’un de ses studios. Il a fermé son commerce une heure pour moi. Le loyer était un peu cher pour ma bourse, 320 €, puisque je suis bénéficiaire du RSA Mais j’ai dit oui sur-le-champ. Je préférais encore payer une somme exorbitante plutôt que de continuer à dormir sur les bancs publics, dans les locaux à poubelles et autres caves d’immeubles. Face à ma situation, financière surtout, il m’a dit qu’il réfléchirait. Il me donnerait sa réponse dans la soirée, avant la fermeture de son troquet. Sur mon banc public, je trépignait d’impatience, priant le Ciel de venir à mon aide. À 22 heures, le téléphone retentit, l’homme est d’accord. Je me sens revivre. L’espoir renaît de ses funestes cendres.
Rasséréné, je m’empresse de rejoindre le monsieur. Il me trouve un téléviseur et une machine à café, nous remplissons quelques papiers. Puis, il me laisse, chez moi. Je n’en reviens pas. Je reste debout pendant une heure entière, complètement hagard, hébété. Non moins éreinté. Sa femme a même fait le lit, disposé des effets de toilette dans la salle d’eau, m’a acheté du café et du sucre, m’a donné des ustensiles de cuisine. J’ai donc pu être pleinement en mesure de me poser et réapprendre à vivre.
Alors, que s’est-il donc passé pour que j’en arrive là ? Le bruit ! Je suis extrêmement sensible au bruit ! Je n’ai strictement rien entendu pendant la première année. Mais les deux années qui suivirent, ce fut terrible. Ça me rappelait mon séjour à l’hôtel, bien que ce ne fut pas tout à fait pareil. Or, je n’ai pas su faire la part des choses, je n’ai pas su non plus relativiser. En passant, je me suis retrouvé à la rue en 2014 parce que l’hôtel dans lequel je vivais a fait malencontreusement faillite. Et pour cause, il arriva un beau jour où tous les Roms dégagèrent les uns après les autres. L’hôtel retrouva alors sa quiétude d’antan. Mais les clients se firent plus rares. L’hôtel avait acquis une telle mauvaise réputation que plus personne ne voulait y venir, pas même s’y arrêter pour boire un verre. Je ne vais pas m’étaler sur le comportement agressif et méprisant du directeur. Pas de discrimination ! Les propriétaires ne voulaient plus entendre parler de cet hôtel. Ils l’ont alors transformé en logements. Ils devaient me garder, et puis, il n’en a plus du tout été question. Les logements étaient trop grands et surtout trop chers pour moi.
J’ai squatté quelques jours dans les chambres abandonnées et dans la cave. Bref, pour en revenir à mon studio, le bruit débutait dès 4 h 30 du matin pour se terminer bien après  23 h. Je n’avais plus envie de faire quoi que ce soit, et je devenais vindicatif et hargneux. Les propriétaires habitaient juste au-dessus de moi. Et comme ils sont d’origine portugaise, je finissais par maudire les Portugais. Je connais pourtant bon nombre de Portugais charmants et profondément humains. Un soir, n’en pouvant plus, j’ai explosé, alcool aidant, et j’ai fait un scandale dans le quartier. Je suis parti 9 jours chez des amis afin de me ressourcer. Quand je suis revenu, et comme rien n’avait changé, j’ai donc décidé de dégager. J’ai dénoncé ce harcèlement moral et cette atteinte à l’intégrité psychologique. J’ai même voulu saisir le député.
Avec le temps, j’ai enterré l’affaire, et je me suis efforcé d’oublier ce fâcheux épisode. Je me suis finalement résolu à faire une demande en foyer, dans la mesure où ce n’est pas du collectif. Je ne suis nullement désireux de côtoyer nos amis les migrants et encore bien moins les Roms, dont je garde le pire des souvenirs et à qui je ne suis pas près de pardonner. Chacun chez soi et les cochons seront bien gardés, oui-da ! Voilà, j’ai encore vidé mon sac. Je vous souhaite une bonne lecture et je vous prie de croire, Madame, Monsieur, à l’assurance de ma considération distinguée…
Franck Courais

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21 Commentaires

  1. Je comprend, pour avoir vécu un horrible voisinage pendant 25 ans sur les 27 de ma vie avec musique à donf tous les jours de 8h du matin à 23h du soir, je goûte la paix de la campagne pour la première fois de ma vie, et ça fait un bien fou. Mais désormais je suis allergique au bruit, et entendre du Rap me donne de féroces envies de meurtre. Je ne tolérerais jamais plus ça de ma vie.

    • comme le dit de LESQUEN avec son franc parler habituel:  » il faut supprimer la musique nègre »

      • Evidemment, c’est une musique pour abrutis . Le silence n’a pas de prix . Vaut mieux vivre dans une petite cabane dans les bois que dans un studio pourri par le bruit . Habiter à la campagne ça n’a pas de prix .

        • Je préfère la campagne, et de loin. Les gens y sont plus humains et authentiques !! Des amis voulaient se cotiser pour m’offrir une caravane. Mais pour la planter où !!? Je me suis renseigné sur les tarifs les moins chers des campings, et le moins onéreux serait à 600 € par mois. Un sacré loyer !!

  2. Cher Franck COURAIS,
    Vous confirmez mes premières impressions: la qualité de votre expression écrite, l’ absence de prise en compte des avantage par rapport aux inconvénients… Le fait que vous en ayez aussi conscience doit vous permettre d’ avancer plus sûrement… Qui plus est, votre premier article est un véritable succès avec plus de 5000 vues en moins de 24 heures. Les réponses à vos questions et à vos soucis se trouvent d’ abord en vous: posez-vous les questions et bien des réponses viendront alors. Valorisez vos talents ne serait-ce que par échange de services comme Françoise, que j’ évoquais hier sur Riposte, le fait régulièrement. Transformez vos faiblesses en forces en ayant une attitude positive et vous retrouverez confiance en vous-même et en l’ avenir. N’ hésitez pas à…

  3. Ceux qui vivent ds leur maison ne peuvent comprendre ce que c’est que de devoir supporter les nuisances sonores… Je viens de le vivre…. Je n’ai pu résister au delà de 5 mois de cauchemar. Chgt de boulot pour pouvoir vivre, donc de région qui est sinistrée en terme de logements. Vendeurs de sommeil aux loyers explosifs.. Je me suis retrouvée ds un appart coincée entre une « cas sosse » pseudo célibataire avec môme d1 an qui a tt compris au système : allocs, chômage et son mec qui vit avec elle non déclaré… 5 mois à supporter les pleurs nuits et jours de la môme, les bruits de meubles, d’objets en tt genre qui tombent la nuit du lit … et tt cela volontairement… en dessous un couple de vieux de 92 ans sourds comme des pots, à se hurler dessus en guise d’echange verbal et TV a fond

    • Ô !!, monde cruel et fou. Mais je connais aussi des gens qui vivent l’enfer en maison. Leurs voisins sont impitoyables…

  4. Ds chaque chambre jusqu’à minuit. Ce régime H24 – 7/7… on finit par péter un plomb et le proprio qui répond benoîtement qu’il ne peut rien faire…. il ma fallu partir de tte urgence pour préserver ma santé sinon je finissais à l’hôpital… 4h30 de sommeil par nuit…
    Donc je peux aisément comprendre…ce témoignage pour dure que notre société est pourrie. On est obligé de côtoyer des personnes qui n ont pas les mêmes valeurs. Le Dieu Pognon régente cette société pourrie. Tu as du fric, tu vis bien sinon tu vis ds la misère morale et financière… courage Monsieur

    • Je connais bien d’autres personnes qui sont dans notre cas. Et ceux qui foutent le bordel se défendent en répliquant qu’eux aussi payent un loyer. Que répondre à cela !!?

  5. Si votre photo est récente, vous me paraissez assez jeune pour entreprendre une réinsertion. Je vous suggère « Cuisine Mode d’Emploi », à l’initiative du Chef parisien Thierrry Marx. Il a créé, après Paris, des cours gratuits de cuisine, dans plusieurs villes de France. Le plus proche pour vous serait Dijon ou Besançon. Plusieurs formations se préparent, dont Employé polyvalent compétent de restauration, du 11 mai au 14 août. D’autres options sont prévues pour des formations au choix. Adresse, 4 chemin de Palente, Besançon. Si intéressé, je transmets à la rédaction RL, un doc. pour plus d’infos. avec l’accord préalable de Riposte Laïque, bien sûr. Seul bémol vous concernant, si vous êtes addict alcool… Renoncez et saisissez votre chance ! Cordialement.

    • Je vous remercie pour tous ces bons conseils fort judicieux !! Je prends bonne note…

  6. Solidarité avec vous. Suggestion: fréquenter un groupe des Alcooliques anonymes s’il y en a un près de chez vous pour profiter du réseau de support humain qu’il permet de bâtir et la sérénité qu’il apprend. Obtenir l’Allocation adulte handicapé qui fait toute la différence financièrement et nerveusement pour la sécurité qu’elle apporte: si vous prenez un médicament pour vous aider émotionnellement ce sera votre sésame pour y accéder et peut-être que le médicament vous soutiendra là où votre parcours depuis l’enfance a créé des fractures insurmontables à jeun.

  7. Cher Monsieur,
    Je vous ai soutenu et conseillé hier pour la qualité de votre plume. Vous avez lu ?
    Nouveau conseil ? Une simple boite de Boules Quiès aurait résolu votre pb !

    • Je n’ai pas pu répondre à tous. Les boules Quiès faisaient partie de mon quotidien, même pour regarder la télé ou écouter de la musique. C’était fort pratique. Désormais, je vis sans. Un jour, en allant en acheter dans une pharmacie, une cliente s’est exclamée qu’il fallait vivre et jouir de tous les sons. Elle n’a pas dû comprendre le véritable problème…

  8. Les Portuguais sont chiants seulement lors des coupes d’Europe.
    Mais bon autant que les Espagnols, les Turcs ou les Anglais.
    Se priver d’un appart pour le bruit…
    Il reste l’option d’une caravane ou un mobilhome dans certains campings, dédiés aux personnes en difficulté, mais ils sont toujours loin des villes, isolés…
    Trouver un boulot ou faire ses courses sans voiture est impossible.
    Bon courage, mais il semblerait que vous ayez jeté la seule bouée potable.

    • Certains Français aussi sont des couillons et ne vivent que pour eux-mêmes !! Nul n’est parfait, en effet !!

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