J'aurais aimé débattre avec Philippe Isnard, pour lui dire qu'il aurait dû être viré de l'Education nationale !

C’est la ligne que j’aurais défendue si j’avais remplacé  Anne Zelensky pour le débat proposé par Enquêtes  et Débat. En effet, Anne Zelensky a renoncé au débat(1) qu’elle avait accepté un peu rapidement, comme elle l’explique fort bien, et avec d’excellentes raisons, dans sa lettre de renoncement ; il me paraît tout à fait compréhensible que lorsqu’on a passé toute sa vie à se battre on n’ait pas envie de recommencer, encore et encore, un combat dont on croyait qu’il était gagné définitivement.

Néanmoins, il nous semble, à Riposte laïque, qu’indépendamment des choix individuels, les républicains, laïques et féministes que nous sommes doivent faire entendre leur voix au milieu des revendications religieuses et réactionnaires qui montent de toutes parts et qui, -quel hasard ! – ont pour but de remettre en question les acquis de centaines d’années de luttes féministes et républicaines.

Il n’est pas question de laisser un Philippe Isnard(2) justifier ses actes, inacceptables, sans que nous lui donnions la réplique et montrions ses limites et, surtout, les dangers d’une société où les Philippe Isnard seraient majoritaires. C’est pourquoi j’aurais volontiers relevé le gant pour remplacer au pied levé Anne Zelensky au nom de Riposte laïque si cela avait été possible.

Certes, je ne fais pas partie des féministes historiques, des 343 courageuses qui se sont levées pour demander la légalisation de l’avortement, mais je fais partie de ces républicaines qui trouvent inacceptable et inexcusable le comportement de ce professeur d’histoire-géographie pour trois raisons :

La première est qu’un professeur, dans l’exercice de ses fonctions, est tenu au devoir de réserve, il ne doit faire aucun prosélytisme en usant de la position privilégiée qui est la sienne.

La deuxième est qu’il est scandaleux qu’un enseignant ayant menacé un enfant faisant de l’exhibitionnisme de lui « couper le zizi » se soit retrouvé au tribunal quand un Isnard s’est permis de montrer à des adolescents des images susceptibles de les traumatiser à vie sans autre sanction qu’une mise à pied de quatre mois (et il ose crier au scandale, l’impudent !).

La troisième est qu’il est inacceptable que des staliniens en puissance, au nom de leur religion ou de leur conception du monde, veuillent imposer à tous un système, l’interdiction de l’avortement,  qui constituerait une régression catastrophique pour toutes les femmes.

L’ancien professeur que je suis s’en étouffe d’indignation. Philippe Isnard  est professeur d’histoire-géographie et d’ECJS (Education Civique, Juridique et Sociale), ce qui me rend perplexe quant à sa légitimité à traiter de l’avortement, qui ne fait partie du programme d’aucune de ces trois disciplines…  il a dû pas mal chercher pour trouver un thème d’ECJS qui lui permette de parler de son obsession, pour ne pas parler du combat de sa vie.

Au demeurant, que ce soit le combat de sa vie est de sa responsabilité, de son choix ; qu’il use et abuse de son statut d’enseignant pour faire du prosélytisme est une faute gravissime qui devrait être sanctionnée par le Ministère de l’Education Nationale par l’éviction définitive. Quand on est professeur, on a un devoir de déontologie, on ne doit jamais, au grand jamais, chercher à influencer nos élèves, ni même leur dire quels sont nos choix philosophiques ou politiques. Hélas, cette déontologie n’est pas respectée par un certain nombre d’enseignants, de gauche notamment, qui ne se gênent pas pour faire en cours des commentaires sur Nicolas Sarkozy par exemple, et ils devraient être licenciés pour faute grave, comme devrait l’être Philippe Isnard.

Bien sûr celui-ci crie à la manipulation, prétendant que les élèves, avec les programmes actuels, n’ont qu’une vision de l’avortement, celle de la loi qui l’autorise. Ceci n’est pas une excuse pour faire ce qu’il a fait. Comme l’a dit avec raison Jean-Pierre Chevènement : « un ministre, ça ferme sa gueule, ou ça démissionne ». C’est aussi vrai pour les professeurs ; si les programmes, si la façon d’enseigner que l’on nous impose ne nous sied pas, il n’y a que deux solutions, démissionner ou rester (parce qu’on n’a pas toujours le choix ni l’envie de changer de profession), se taire et passer à l’action dans un parti ou une association pour que change la loi, pour que changent les programmes. On ne peut prendre sous son bonnet d’enseigner autre chose, de faire autrement, comme ces »‘enseignants désobéisseurs » qui se permettent de traiter à leur manière les réformes du primaire(3).  Si j’ai décidé, quant à moi, de prendre une retraite avant l’âge, c’est que je ne pouvais pas imaginer continuer à exercer un métier que j’ai adoré pendant plus de trente ans sans me renier, au moment où l’on me demandait d’enseigner la communication au lieu de la littérature, les « savoir-faire »(sic) transdisciplinaires au lieu des connaissances spécifiques aux disciplines que j’enseignais… Je suis partie pour ne pas me renier, pour ne pas aller travailler en reculant. Il eût été courageux que Philippe Isnard en fît autant au lieu de chercher à manipuler des adolescents qui n’avaient pas le choix.

Pour le reste, je crois que tout a été dit par les féministes qui se sont élevées contre son crime. Parce qu’il s’agit d’un crime, honteux, commis sur l’esprit de jeunes gens fragiles. Et, encore plus honteux, l’excuse qu’il a trouvée, en faisant le parallèle avec le film sur les camps d’extermination que les professeurs passent en troisième, Nuit et Brouillard. Comment cet impudent ose-t-il mettre sur le même plan un génocide revendiqué, raciste, qui a conduit des millions de gens qui avaient une vie, un passé, des amis, une famille à disparaître, dans des conditions atroces, parce que l’on considérait que leur groupe d’origine devait disparaître de l’humanité ?

Un fœtus, jusqu’à preuve du contraire, a une vie très limitée, et pour cause, et personne n’a jamais pu prouver qu’il avait une conscience… On peut, par philosophie, par conviction, ne pas supporter l’idée que cette ébauche de vie disparaisse ; on n’a pas le droit de faire peser sur celles qui avortent l’accusation d’être de nouveaux Hitler. C’est honteux. Honteux pour celles qui avortent, et qui ne le font jamais par plaisir ni par sadisme, et honteux pour les millions de juifs de la Shoah qui ont mérité qu’on ne banalise ni ce qu’ils ont vécu ni la haine dont ils ont fait l’objet.

Et puis, je n’aime pas cette haine des femmes, cette haine du plaisir qui transparaît dans les propos de Philippe Isnard. Philippe Isnard est un puritain qui n’aime pas la vie, Philippe Isnard est porteur d’une idéologie de mort. En voulant interdire aux femmes la libre disposition de leur corps, il montre un fanatisme qui met mal à l’aise, il interdit aux autres de ne pas penser la même chose que lui, il interdit aux autres de pouvoir se tromper, de pouvoir oublier une pilule, de pouvoir avoir peur ; il voudrait que notre pays soit rempli d’enfants non-désirés et de femmes handicapées à vie par les bons soins d’une tricoteuse. On l’entend d’ici, le bon Philippe Isnard : « bien fait pour cette salope », elle n’avait qu’à rester chaste… On en a assez de ce discours religieux qu’on croyait disparu à jamais, on en a assez  que des petits messieurs veuillent imposer leur vision à tous et spécialement à toutes.

On ne veut pas d’une régression, on ne veut pas qu’à nouveau deux cents mille malheureuses, tous les ans, avortent dans des arrière-cuisines sordides pour qu’un Philippe Isnard puisse se pavaner, fier de l’ordre moral qu’il voudrait restaurer sur le dos des femmes.

Parce qu’on est en République, et que la République veut le bien commun, celui de tous, femmes comprises.

Christine Tasin
http://christinetasin.over-blog.fr/
(1)  https://ripostelaique.com/pourquoi-je-ne-debats-pas-avec-philippe-isnard.html
(2)   http://www.enquete-debat.fr/archives/philippe-isnard-aucun-des-medias-etatiques-qui-mont-lynche-ne-ma-accorde-de-droit-de-reponse-a-ce-jour-ni-rectifie-les-mensonges-diffuses-au-grand-public
(3)   https://ripostelaique.com/Halte-a-l-imposture-des.html

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