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Pourquoi je m’apprête à voter en juin pour le Rassemblement national

Le 18 mai 2021,  Riposte Laïque publia un article de Patrick Jardin « Pourquoi je n’irai pas voter aux régionales ». Je dois avouer que je l’ai lu avec beaucoup de peine. Bien sûr, j’avais avant tout de la peine pour l’auteur, en apprenant qu’il avait perdu sa fille Nathalie, tuée par des islamistes au Bataclan le 13 novembre 2015.

Mais ce qui me faisait également de la peine, c’était de lire qu’il se sentait orphelin politiquement depuis que Marine Le Pen avait déclaré que « l’islam était compatible avec la République française ».
Bien sûr, c’est triste que même elle manque de courage, même elle veut être politiquement correcte, c’est-à-dire se conformer aux opinions dominantes. Mais je crois qu’il faut savoir choisir entre les mauvais et les pires. Patrick Jardin dénonce avec raison l’influence néfaste de Les Républicains, de la République en marche et de La France insoumise. Marine Le Pen a pu faire une déclaration malheureuse, mais le parti qu’elle dirige représente toujours la principale force qui s’oppose à l’islamisation de la France. Il faut donc le soutenir.

Bien sûr, il y a aussi des personnalités patriotes en dehors du Rassemblement national. Ce serait idéal  si les représentants de la droite dite modérée s’unissaient avec la droite dite extrême et ensemble défendaient la France contre ses ennemis islamistes et leurs collaborateurs gauchistes.
Patrick Jardin écrivait qu’il exhortait de tous ses vœux Éric Zemmour à se présenter aux élections présidentielles. Seulement, les présidentielles auront lieu dans un an. Actuellement, nous sommes à la veille des élections régionales et départementales. En 2022, au premier tour, nous pourrons hésiter entre Marine Le Pen, le général Antoine Martinez, peut-être aussi Philippe de Villiers et, pourquoi pas, Éric Zemmour.

Pour les élections qui auront lieu le 20 et le 27 juin prochain, il faudra choisir plus entre les équipes qu’entre les personnalités. Il me semble que pour tous ceux qui veulent préserver l’identité française, le patrimoine, la culture de ce pays, le meilleur choix, c’est voter pour les candidats du Rassemblement national.

Cependant, en disant que j’éprouvais de la peine en lisant l’article de Patrick Jardin, je dois avouer qu’il m’a fait plaisir en écrivant qu’il exhortait Éric Zemmour à se présenter aux présidentielles.
Ceux qui lisent régulièrement mes articles savent que je suis israélite, né en République tchèque. J’ajoute que pendant longtemps, si je pensais que j’avais un droit, et même un devoir, de faire part à ceux qui m’avaient accordé leur hospitalité de mes expériences du « socialisme réel », pour ce qui concerne les problèmes liés à l’immigration, il appartenait aux Français de naissance de les régler. Je pensais qu’il n’appartenait pas à un invité de dire au maître de la maison : « C’est très gentil de votre part de m’avoir invité, mais il ne faut pas inviter aussi un tel ou un tel. Car ceux-là ne sont pas bien (sous-entendu, contrairement à moi) ».

Mais la situation actuelle est tellement dramatique que ces scrupules sont peut-être de trop. En tous cas, j’ai eu un vif plaisir à lire que Patrick Jardin, un Français de souche qui dit avoir voté dès l’âge de dix-huit ans pour le Front national, exhorte Éric Zemmour à se présenter aux présidentielles. Sans doute pense-t-il que ses origines et sa confession ne l’empêchent pas de faire le maximum pour défendre son pays, la France.

Je crois que nous touchons là un point autour duquel il y a beaucoup de malentendus. Beaucoup de gens sont dominés par le passé. Ils craignent de recevoir le coup d’un côté, cependant qu’ils risquent davantage d’en recevoir d’un autre côté. Beaucoup de Juifs redoutent toujours l’extrême droite, comme si nous vivions encore à l’époque de l’affaire Dreyfus ou du maréchal Pétain. Mais ceux qui connaissent l’histoire savent que même dans ces temps-là, il y avait aussi l’antisémitisme de gauche. Par exemple Pierre Joseph Proudhon,(1809-1865), que son contemporain Karl Marx désignait comme le plus éminent des socialistes français, écrivit au sujet des Juifs qu’ « il faut les exterminer ou les renvoyer en Asie ».
S’il y a un peuple qui a réussi de se faire beaucoup détester, c’est le peuple juif. Sans poser la question de savoir à qui en est la faute, le fait est indéniable.

Je pense que les hommes comme Karl Marx, Léon Trotski, Lazare Kaganovitch, ou, plus près de nous, Daniel Cohn-Bendit ou George Soros ont beaucoup fait pour faire détester l’ensemble des Juifs. Je serais presque tenté de dire : « les détester à juste titre ».

Heureusement qu’il y a aussi des Juifs comme Éric Zemmour qui peuvent susciter des sentiments positifs. Et il n’est pas seul. Parmi les dirigeants de la droite française, Philippe de Villiers est certainement l’un des plus importants. Je viens de lire que son parti, le Mouvement pour la France, il l’a fondé avec l’aide, notamment financière, de Sir James Michael Goldsmith (1933-1997), un important banquier juif britannique. L’on peut imaginer que l’aristocrate vendéen et le ploutocrate juif se sentaient également menacés par les islamo-gauchistes.

Dans son livre « Un quinquennat pour rien » (Albin Michel, 2016), dont j’ai parlé dans mon précédent article, Éric Zemmour écrit : « Aujourd’hui, les Juifs sont les premières victimes des exactions islamistes. Les solidarités ont changé de camp. Certains esprits israélites commencent à regarder la présidente du FN comme un ultime quoique paradoxal rempart. Au Parlement européen, celle-ci est l’alliée privilégiée de Geert Wilders, grand ami d’Israël. »

Le 17 mai 2021 Riposte Laïque a publié un article de Jean-Noël Gaudy « Halte à la double nationalité ». Je sais que certains membres du Rassemblement national sont hostiles au fait qu’il y ait des personnes bénéficiant d’une double ou d’une triple nationalité. Tout en faisant partie de ces derniers, je m’apprête néanmoins à voter pour ce parti et j’exhorte tous les électeurs à faire autant.

Je n’aime pas trop parler de ma modeste personne qui peut ne pas intéresser nos lecteurs. Mais qu’ils me permettent de dire que je tiens à voter pour le RN, même si devais – à cause de ses futurs succès – perdre un jour ma citoyenneté française. Je n’ai jamais considéré ma naturalisation comme un droit. C’était une faveur que les responsables français ont bien voulu m’accorder. Si un jour ils veulent me la retirer, je n’aurais rien à dire.

Mais j’ai des enfants et des petits-enfants qui sont nés ici, qui n’ont aucune autre nationalité que française. Leur avenir m’importe avant tout le reste.

Je ne veux pas dire par là que mon horizon s’arrête aux limites de ma famille. Je pense qu’une personne honnête ne veut pas rester éternellement redevable de quelque chose. J’ai reçu beaucoup de la part de la France. J’ai une dette à son égard et je devrais m’efforcer de la rembourser. En votant, et en exhortant à voter pour un parti qui défend l’identité française, je rembourse, je pense, une partie de ma dette.
Il y a plusieurs années déjà, Riposte Laïque m’a publié un article, dans lequel je disais que de tous les citoyens français, les Israélites sont ceux qui ont le plus intérêt à voter pour le parti de madame Le Pen. Ce sont évidemment eux qui souffriraient le plus si la France devait devenir une république islamique.
Mais ils ne seraient pas les seuls.

Les Juifs étaient traditionnellement considérés comme une minorité, disons, tolérée. Peut-être seront-ils tolérés également par les nouveaux maîtres du pays (même si cela n’est pas probable). Les chrétiens se considéraient comme les maîtres de toute l’Europe, de tout l’Occident. Ils risquent de tomber d’autant plus bas qu’ils étaient plus haut.
La France était traditionnellement désignée comme « la fille aînée de l’Église ». Avant d’être régicides, les Français étaient des bâtisseurs de cathédrales.

Dans ma ville natale, Prague, nous avons une cathédrale gothique, dont l’architecte s’appelait Mathieu d’Arras. Notre roi Charles IV, qui était également le roi d’Arles et l’empereur du Saint-Empire romain germanique, l’a fait venir de France. Charles IV, que les Tchèques appelaient Pater patriae, avait grandi à Saint-Germain-en-Laye, il était neveu du roi de France. Il serait descendant à la fois de Charlemagne et d’un frère de saint Venceslas, le patron national tchèque, dont la statue équestre orne l’équivalent des Champs-Élysées de Prague.

C’est ce passé prestigieux qui a formé la sensibilité et la mentalité des Européens. Et permettez-moi de préciser, des Européens chrétiens et juifs. Saint Paul n’a-t-il pas dit : « Si tu te glorifies, sache que ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte. » (Rm 11,18)

Les chrétiens pratiquants, surtout les membres du clergé, devraient être à l’avant-garde de ceux qui cherchent à défendre le patrimoine de ce pays. Ils ont pu assister au meurtre de prêtres, ils ont pu voir la cathédrale Notre-Dame de Paris incendiée. Ils voient le sort des chrétiens d’Orient. Jusqu’à quand vont-ils continuer à tendre l’autre joue, après avoir été tant de fois frappés sur la première ?
Et permettez-moi d’ajouter ceci : les chrétiens et les juifs se sont fait beaucoup de mal réciproquement. Depuis l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle, la chrétienté opprimait ceux qu’elle devait considérer comme ses « frères aînés », pour reprendre l’expression du grand pape polonais Jean-Paul II. Avec Karl Marx et tant de ses disciples, certains juifs ont essayé de se venger. Nous avons tous pâti de tout cela. Et les uns, et les autres, nous avons intérêt à mettre complètement fin à cette triste histoire.

Aujourd’hui, le 20 mai 2021, le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jakub Kulhánek, est allé en Israël. En partant, il a déclaré : « Je veux par ma visite exprimer le soutien à notre allié dans ces journées difficiles. Israël a parfaitement le droit de défendre ses citoyens contre une terreur, dépourvue de toute retenue. »

Je voudrais espérer qu’un jour nous pourrons assister à un geste pareil de la part d’un membre du Gouvernement français.

Dr Martin JANECEK