Pourquoi je ne crois plus en Debout la République

Depuis le 8 juin 2009, ma décision est prise : je quitte DLR dont j’ai été adhérent et militant depuis 2006. Je n’ai d’ailleurs pas participé à sa campagne électorale et, le jour du vote, j’ai grossi les rangs du plus grand parti de France : celui des abstentionnistes. En effet, je ne souhaite pas suivre le cap que son chef, M. Dupont-Aignan, a fixé pour son parti. Mais d’ailleurs, existe-t-il réellement, ce cap ? Passe encore que, frappé du syndrôme de Bayrou, il ne pense qu’à l’échéance de 2012, même si, à l’instar du leader du Modem, cette obsession ne lui aura pas réussi. Passe encore que, voulant faire bonne figure, il affiche une béatitude de façade du haut de ses 1,77 % en affirmant, sans rire, qu’ “un nouveau parti est né”. Cette béatitude n’a d’égale que celle de Mme Le Pen qui, au lendemain des élections, clamait haut et fort que le Front National était de retour, alors qu’il venait de perdre la moitié de ses députés européens…
Non, le pire n’est pas là. Il est dans ce que M. Dupont-Aignan, à force de diluer son vin souverainiste avec l’eau tiède du discours dominant, ne propose plus à ses militants et surtout aux électeurs, qu’un breuvage imbuvable. N’en déplaise au député-maire de Yerres, le résultat obtenu par son parti est un échec, prélude à d’autres plus cinglants encore. Faut-il s’en étonner, alors qu’il proscrit l’usage par ses militants du mot “souverainiste”, qui n’est soi-disant pas compris par la majorité des Français ? Les prendrait-il à ce point pour des imbéciles ? Un jour viendra où l’on ne pourra même plus évoquer le mot de Nation. Faut-il s’en étonner, alors qu’il souhaite innover en traçant la perspective d’une troisième voie entre “euro-ronchons et euro-béats” ?

Tout le monde n’est pas (heureusement) Tony Blair, et cette position aberrante, destinée à ménager la chèvre et le chou, n’aura eu pour seul effet que de brouiller le message de DLR et de le rendre inaudible à nombre de nos compatriotes, déjà peu au courant de l’existence de ce groupuscule. Faut-il s’en étonner, alors qu’il reprend la vieille lune d’un nouveau traité européen à faire adopter par référendum dans tous les pays de l’Union Européenne ? Il lui aura probablement échappé que les Français ont déjà dit non le 29 mai 2005. Nous sommes bien loin de propositions audacieuses, car les Français attachés à la Nation, à la défense des services publics, à l’indépendance de leur pays, n’ont que faire d’un nouveau traité, qui ne sera selon toute vraisemblance qu’un énième marché de dupes.
Décidément, la rupture avec l’européiquement correct n’est plus à l’ordre du jour. Il faut à tout prix s’aligner sur le courant dominant UMPS et battre sa coulpe en permanence en prenant bien soin d’affirmer son attachement à l’Europe. De même, sur de nombreux problèmes tels que l’immigration de masse ou l’influence grandissante de l’islam, l’on n’entend guère M. Dupont-Aignan, probablement tétanisé par la peur du châtiment suprême, à savoir la reductio ad hitlerum que, obnubilé par sa respectabilité, il redoute plus que tout.
A ces griefs, déjà nombreux, s’ajoute le malaise de voir la manière dont le président de DLR traite ses alliés naturels ou supposés tels. Qu’il ait refusé la main tendue de M. de Villiers, qui a aujourd’hui rejoint l’UMP avec armes et bagages, se comprend aisément. La cuisine peu ragoûtante de Libertas n’incitait guère à des agapes communes. Mais la manière un tant soit peu cavalière avec laquelle il n’a pas donné suite à l’offre de ralliement de Paul-Marie Coûteaux, pourtant patriote irréprochable, se comprend nettement moins. D’autant que M. Dupont-Aignan, lors de nombreux meetings, avait toujours fustigé ceux qui, pour reprendre le bon mot du Général de Gaulle “faisaient leur petite soupe sur leur petit réchaud”. Il faut croire que l’union est désormais passée de mode, et que NDA préfère finalement déguster son “Royco minut’soup” dans son coin. A moins que, aveuglé par le mirage de 2012, il souhaite écarter tout rival potentiel.
C’est oublier que M. Coûteaux ne nourrit pas d’ambitions présidentielles et se serait volontiers contenté de défendre avec détermination et courage les intérêts de la France et des Français à Bruxelles, comme il l’a si bien fait depuis dix ans. Le résultat est là : en Ile-de-France, 2 députés représentaient nos idées au Parlement européen. Il n’y en a désormais plus un seul. Le leader de DLR aurait voulu torpiller nos idées qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Mais la défense de nos idées est-elle encore sa préoccupation première ? Depuis un certain temps, j’en doute de plus en plus.
Toutefois, au-delà même de la personnalité du président de DLR, je ne crois plus beaucoup en ces groupuscules jouant la comédie de l’indépendance mais qui, le moment venu et toute honte bue, se vendent contre un plat de lentilles électoral. Non, le grand défi à relever (il me semble cependant que l’adjectif titanesque le qualifierait bien mieux) serait de bâtir une force politique rassemblant toutes celles et ceux qui, attachés à leur nation et à ses valeurs et qui refusent que ces dernières soient sacrifiées sur l’autel d’une construction européenne devenue totalitaire.
Bien sûr, cette oeuvre de longue haleine suppose un programme politique ambitieux, très éloigné d’un euroscepticisme bien fade et peu attirant. Surtout, il importe d’en bannir les querelles d’égos de politiciens médiocres (ce souhait est-il condamné à ne rester qu’un éternel voeu pieux ?). Pour réussir, cela nécessite un véritable travail de fourmi. En effet, on ne peut se contenter de distribuer des tracts sur les marchés ou devant les gares ce qui, il faut bien l’avouer, ne sert pas à grand chose. Le contenu de ces tracts, à peine lu ou survolé, est bien vite oublié. Rapidement donné, il est tout aussi rapidement jeté.
Pour convaincre nos compatriotes, nous ne pouvons faire l’économie d’un gros travail de réflexion sur les thèmes essentiels que sont la nation, la souveraineté, l’indépendance nationale, le protectionnisme, etc… pour ensuite diffuser le fruit de cette réflexion dans le corps social, par le biais de “think-tanks”, conférences, publications, recherches etc… Je suis persuadé qu’on ne réfléchit pas assez au sein des partis politiques et que l’on se satisfait beaucoup trop d’actions électoralistes dépourvues de vision à long terme. De là viennent une grande partie de nos échecs. Ceux-ci ne sont pas une fatalité, à condition que l’on fasse un effort. Cet effort, DLR et son président ne me semblent pas pouvoir, ni vouloir le fournir.
Nicolas MURY
ancien militant de DLR
Paris

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