Pourquoi je peux écrire dans Riposte Laïque, et être catholique…

Publié le 27 juin 2011 - par - 1 195 vues
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Monsieur Garroté,

Reprenant une interview que j’avais donnée à Valeurs Actuelles, vous rappelez, sur votre blog, les propos que j’ai tenus à Laurent Dandrieu, à propos de ma présence (en tant que catholique) au sein de la rédaction de Riposte Laïque : « Nous apprécions le débat d’idées vigoureux. Mais les massacres de chrétiens en Orient leur ont fait prendre conscience que ce n’est pas le christianisme l’oppresseur, et beaucoup se sont rendu compte qu’un certain nombre de choses qui sont menacées par l’islam et qui leur tenaient à cœur étaient d’héritage chrétien. La laïcité et la liberté de conscience procèdent pour une part du catholicisme et de cette notion de “forum intérieur” dont parle Luc Ferry, qui vient du christianisme. On a des objectifs communs, énormément de respect, malgré des sensibilités très différentes. Et on a tous en commun le même amour de la France et du roman national ».

Vous concluez votre billet par les mots suivants : « La communauté de blogues à laquelle j’appartiens défend la société libre et laïque de culture judéo-chrétienne. A cet égard, espérons que Myriam Picard et Riposte Laïque daigneront, un jour, ne plus nous considérer comme des pestiférés. »

Je me suis sentie quelque peu éberluée à la lecture de cette phrase. Dites-moi donc où, quand et comment j’ai considéré « la communauté de blogues » à laquelle vous appartenez (et que vous ne définissez nulle part) comme des pestiférés ? Je me suis interrogée longuement sur ce mystère, et l’illumination a pointé: « Le titre, tout est dans le titre ! ». Retour aux sources, donc, et au titre de votre article : « Riposte Laïque un peu moins christianophobe ». Et là, tout s’éclaire. Riposte Laïque serait christianophobe.

Cher Monsieur, je suis lasse. Je suis lasse de devoir en permanence justifier mon appartenance à Riposte Laïque. Et des « interventions » comme les vôtres ne me facilitent pas la tâche, sachez-le. Permettez-moi donc d’expliciter, une fois pour toutes, les raisons de mon engagement à Riposte Laïque, l’exaspération et la rage qui me saisissent souvent devant les incompréhensions mutuelles des deux « camps », et le sentiment du lamentable gâchis et de la perte de temps considérable que tout cela entraîne.

Nous gagnerions beaucoup à être honnêtes et humbles, à savoir de quoi nous parlons avant de nous exprimer publiquement. Lorsque j’entends certains affirmer que Riposte Laïque est un club judéo-maçonnique, dont les rédacteurs haïssent viscéralement tout ce qui relève, de près ou de loin, de l’Eglise ou des chrétiens, je songe au « What else ? » de Nespresso, et je préfère rire que pleurer. Qu’on se le dise : lorsque Pierre Cassen m’a proposé de rentrer dans la rédaction de Riposte Laïque, on ne m’a pas prié de laisser mes convictions au vestiaire ; on ne m’a dit d’oublier qui j’étais et d’où je venais ; j’ai été accueillie très amicalement, y compris par des personnes dont les opinions et le parcours s’opposaient absolument aux miens. Anne Zelensky n’a pas sollicité de réunion de crise pour mettre un veto au « recrutement » de la provie Myriam Picard. Et Dieu sait pourtant que nous sommes en opposition absolue et définitive pour ce qui est de l’avortement. Est-ce à dire qu’il n’y a jamais de conflits ou de tensions ? Ce serait faux que de le prétendre. Mais, voyez-vous, il y a une liberté d’échanges entre nous, liberté quelquefois douloureuse, bien souvent constructive, cette liberté qui met côte à côte un Pascal Hilout, un Jacques Philarchein, une Christine Tasin, une Myriam Picard… Cette liberté a d’ailleurs quelquefois valu à Pierre Cassen des messages furibonds de lecteurs le jugeant « trop catho », ou trop de droite, ou pas assez de gauche.

Quel résultat obtenez-vous avec un titre aussi provocateur et condescendant ? Je vais vous le dire, moi qui suis au cœur de ces tensions : vous allez convaincre « ceux d’en face » – comme encore trop de catholiques s’obstinent à les présenter – que nous sommes décidément d’indécrottables paranoïaques. Je sais autant que vous combien la christianophobie est pesante. Je l’ai suffisamment expérimentée au cours de ma jeune existence. Sœur de deux prêtres, j’ai dû entendre les discours ignobles de journaleux voyant dans chaque soutane le germe de la pédophilie. Enceinte, j’ai dû justifier longuement, devant la mine sarcastique d’une sage-femme condescendante, ma décision de ne pas accepter de diagnostic prénatal. Et passons sur les rengaines habituelles : le Pape et le préservatif, le Pape et l’avortement, le Pape et le mariage homosexuel…

Oui, nous avons nos raisons pour prendre souvent la mouche, tels ces convalescents chez qui un simple courant d’air provoque une pneumonie.. Mais il serait temps de comprendre que la bataille que nous avons à mener doit nous dispenser de certaines provocations inutiles. Et s’empoigner à propos du sexe des anges lorsque Constantinople est assiégée ne témoigne ni d’une grande intelligence ni d’un sens tactique bien aigu. Si nous voulons vivre dans un pays qui nous laissera la possibilité de débattre à propos du mariage, de la chasteté, du sacerdoce, de l’Eglise, il nous faut commencer par prendre conscience que cela ne pourra se faire en République islamique où chrétiens et athées auront tout juste la permission de se taire et de raser les murs. En tant que Française et catholique, je ne peux accepter que des hommes et des femmes soient contraints de croire pour avoir la possibilité de vivre.

Accuser l’autre de voir en nous un pestiféré, c’est échafauder un scénario totalement contre-productif : c’est s’enfermer dans le rôle du pauvre Petit Chose que tout le monde déteste, et convaincre l’autre, s’il ne nous aimait pas, qu’il a mille fois raisons de ne pas nous aimer puisqu’on se comporte en imbécile parano et rancunier ; si, par bonheur ou par hasard, cet autre avait été tenté d’aller au-delà des clichés et de s’intéresser à ce que nous sommes en profondeur, nul doute qu’un reproche de ce genre le fera partir en courant.

Le jour où les deux camps cesseront de se chercher sournoisement des poux, le jour où tous seront capables de se considérer comme des personnes estimables a priori et d’engager des discussions de fond, sans se jeter d’anathèmes à la figure, sans se traiter de « fachos », d’ « intégristes », de « bouffeurs de curé », de « papistes » ou de « Petit Père Combes », alors seulement pourrons-nous croire que notre France est sauvable : cette France qui nous tient tous à cœur et qui doit nous réunir.

Nous sommes à l’heure où je me suis moi-même fait insulter dans la rue pour m’être indignée, dans une vidéo diffusée sur le net, du massacre des chrétiens coptes. Nous sommes à l’heure où les bascules démographiques menacent l’Europe d’un cancer vert autrement plus sournois et dangereux que des invectives entre « laïcards » et catholiques. Nous sommes à l’heure d’une Asia Bibi, et ce n’est pas parce qu’elle est au Pakistan plutôt qu’en France que nous pouvons nous payer le luxe de nous crêper le chignon tandis que poussent les mosquées et que les associations antiracistes portent plainte à tour de bras.

Il ne s’agit pas de renoncer à ce que nous sommes et à ce que nous croyons – qui que nous soyons. Il s’agit de nous demander quel danger nous menace et quelles forces nous pouvons réunir. Et si, à travers l’union de nos bras et de nos intelligences, nous trouvons l’occasion de nous connaître et de nous reconnaître, la bataille sera deux fois gagnée.

Myriam Picard

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