Pourquoi je soutiens Fanny ? Parce que !

Il fut un temps pas si éloigné de nos mémoires pour qu’aujourd’hui nous nous permettions de l’oublier, les choses étaient claires, ou du moins ne participaient pas du clair-obscur pour lequel Régis Debray manifeste son affection.
La séparation des Eglises et de l’Etat ne concernait pas que le débat espace public – espace privé. Un arrêté d’E. Thomas, maire de Kremlin-Bicêtre, le 10 septembre 1900 dit ceci :

« Considérant qu’il n’est pas juste de laisser le clergé bénéficier d’un régime de faveur lui permettant de se soustraire aux obligations que supportent tous les autres citoyens ;

(…)

Considérant, en outre, que si le costume spécial dont s’affublent les religieux, peut favoriser leur autorité sur une certaine partie de la société, il les rend ridicules aux yeux de tous les hommes raisonnables, et que l’Etat ne doit pas tolérer qu’une catégorie de fonctionnaires (nous sommes en 1900 avant la loi de séparation) servent à amuser les passants.

Arrête :

Article 1er – Est interdit sur le territoire de la Commune de Kremlin-Bicêtre, le port du costume ecclésiastique à toute personne n’exerçant pas des fonctions reconnues par l’Etat et dans les limites du territoire assigné à ses fonctions. »
(etc…) »

Plus récemment dans les années 60, les religieuses servant dans les hôpitaux publics, se virent « priées » de retirer cornettes, voiles et soutanes.

QUELS SONT LES PROBLEMES QUE SOUS TEND L’AFFAIRE DU GITE DES VOSGES ?

J’en vois trois :

1er problème, un espace privé, en l’occurrence ici il s’agit d’un gîte mais ce pourrait être un hôtel ou une entreprise, peut-il ou non imposer un règlement imposant le refus de tout port ostensible de signes religieux ?
Qui n’a vu au cours d’un déplacement, dans une chambre d’hôtel, une bible négligemment posée sur une table de nuit ? Existe-t-il un règlement intérieur de l’établissement stipulant qu’il faut une bible dans chaque chambre ? Je prends ici volontairement le cas inverse de ce qui s’est produit dans les Vosges pour illustrer mon propos. Agression religieuse il y a dans les deux cas d’espèce : agression des clientes entchadorisées à l’encontre de Fanny Truchelut, agression de l’hôtelier qui m’impose ses croyances.

2ème problème. J’ai lu ici et là que Fanny Truchelut n’aurait pas du faire ceci ou cela. Et chacun de donner son opinion sur tel ou tel aspect du dossier : le port du voile, la provocation manifeste des clientes, le droit du chef d’entreprise, le choix de l’avocat , celui du MPF, et pourquoi pas la chasse au Catoblépas ? ! Il peut toujours manquer un objet pour tirer 21 coups de canon à la venue d’Henri IV en sa bonne ville de Pau !
J’ai vu dans le passé des solidarités se manifester pour moins que cela ! Il y a eu des erreurs ? L’avocat était-il le bon ? Tout ceci sent la caque. Il n’est qu’un prétexte peu glorieux pour esquiver le problème de fond qui est le 3ème problème.

Je lis ici et là dans des publications, la prose censée faire l’opinion dans les salons laïques « autorisés », lesquels se permettent, soit écrit au passage, un langage que l’on pensait dévolu aux logorrhées djouguatchvilesques .Il ne manque plus au tableau que les qualificatifs de « vipères lubriques » et de « renégats titistes » et le tableau sera complet pour futurs procès en sorcellerie.

De quoi parle-t-on ?

De l’interdiction du voile dans l’espace de la société civile. De la même façon que les laïques ont su faire rentrer le clergé dans les églises, les monastères et les couvents, il faut faire rentrer toutes les religions dans leur foyer, synagogues, temples, mosquées ou ashrams.
Dire que je me sens agressé par une burqa ou un turban ou un habit safran de bonze dans la rue, la belle affaire ! Racisme ? Islamophobie ? Non je revendique haut et fort mon antiracisme militant mais d’un militantisme non tiers-mondain n’en déplaise aux muscadins qui se réclament de l’indigénisme à la sauce MRAP ou LDH !

Islamistophobe ? OUI ! Je le revendique tout aussi haut et fort.

Le port du voile ou de la burqa, du turban ou de la robe de safran (de la bure dans un passé maîtrisé par la République) est un cri jeté au monde des incroyants :

« Soumets-toi ! »

Oui soumets-toi, toi qui est femme mais également toi qui est homme car seule la loi divine et, bien entendu celle de ses clercs, a le droit de cité dans la Cité.

Or que je sois dans la sphère publique, poste, hôpital, rue ou dans l’entreprise , je ne me soumets qu’aux lois de la République ! Aux lois votées par un parlement élu par la voix du peuple, la mienne entre autre, et non la voix divine.
Il est exact de dire que la laïcité n’est pas une doctrine. Ce que tentent de faire accroire les clercs, évêques, imams et autres rabbins et peut être maintenant certains laïcs de salon est qu’elle en est une.

Alors on aura beau gloser et s’écouter pérorer des heures dans les salons où l’opinion se fait, la réalité est là au quotidien, hors des enluminures des mairies IIIème république. Elle est savamment entretenue par une entente UMPS de gouvernants qui prennent mesures et dispositions afin de s’ouvrir au « spirituel », tout en sablant le spiritueux ! Elle est relayée malheureusement par capillarité par ceux qui pourraient se complaire dans un aggiornamento qui déboucherait immanquablement sur une remise à plat de nos valeurs.

La problématique que vient de soulever cette affaire des Vosges, dont Fanny Truchelut est la principale victime, je le rappelle, comble de la tartufferie de notre société en recherche de repères, révèle également les soutiens sélectifs, très sélectifs des muscadins. Et ceci, au nom des critères les plus crapoteux qui soient : réalité sociale de la personne concernée ; comme l’écrit si justement Roger Heurtebise :

« Chez ceux qui se prétendent de gauche, laïques et républicains et qui contestent les arguments développés sur Riposte Laïque ou sur les sites féministes : ils causent comme les islamogauchistes, et leur humanisme brille par son absence ».

Comme lui, il m’arrive de retrouver des similitudes entre les logorrhées de Mouloud Aounit et les écrits récents de la gauche laïque autorisée. Voici ce que j’écrivais le 22 octobre 2006, à propos de Robert Redeker, dans « Respublica » N° 479 :

« (…) Le premier fait, et de loin le plus emblématique, est la fatwa prononcée à l’encontre de notre ami, de notre frère Redeker. J’écris ami et frère car, tant que durera l’épreuve que subit Robert Redeker de la part des tenants de l’obscurantisme le plus crasse et le plus lâche, les hommes libres doivent s’honorer du titre d’ami et frère. Ils souligneront de la sorte, une fraternité de combat que rien au monde et surtout pas la fatwa d’un clerc autoproclamé, ne saurait entraver. La liberté de conscience ne souffre d’aucune fatwa, à commencer par celles que nous instillons dans notre propre tête.(…) ».

Vérités à Paris, mensonge à Epinal ? Ben voyons. Je te soutiens ma sœur de combat d’autant plus que ceux qui critiquent ta démarche aujourd’hui te disent en fait :

« Soumets toi ! »

Non, personne ne se soumettra.

Ecrasons l’infâme !

Simon ARCHIPENKO

Président de Voltaire République

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