Pourquoi la symbolique de Jeanne d’Arc les embarrasse tant…

Publié le 8 mai 2014 - par - 2 665 vues
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Jeanne d'ArcJeanne,  la bonne Lorraine, a été ce matin le prétexte à un exercice de style se voulant humoristique : une journaliste de France-Inter demandant à des auditeurs « s’ils aimeraient être Jeanne d’Arc ».

C’était, en vérité, un moyen déguisé de dire : laissons les morts enterrer les morts. Jeanne, ce n’est plus de notre époque et surtout : il ne faut surtout pas en faire une « récupération politique ».

Comme tous les écoliers de ma génération, je connaissais Jeanne d’Arc, grâce à l’école primaire communale, puis le collège ; on nous parlait de la jeune femme venue du peuple paysan, portant armure et cotte de maille.

Nous connaissions, par la leçon d’Histoire, son audace, sa présence d’esprit, sa vivacité intellectuelle, toutes qualités de la jeune fille qui emporteront la décision du futur roi, le Dauphin Charles.

Outre l’école, Jeanne était rendue populaire aussi, parce qu’elle était -pour le PCF, alors premier parti politique du pays (en effectif et en électeurs) – une des grandes figures du patriotisme populaire. Jeannette Thorez Vermeersch, l’épouse de Maurice (Thorez), le secrétaire général du « parti », fera en 1945 un discours à la gloire de cette grande patriote.

Au printemps de 1956, lors d’une de mes sorties au bois de Robinson, avec les « Vaillants », un  mouvement de type scout encadré par des militants du PCF, pendant la pause repas, on nous parlera de la patriote Jeanne. On nous la montrera, comme étant la grande devancière de Fabien et des milliers de « patriotes fusillés », militants du PCF et des « jeunesses » formant le « grand parti de la classe ouvrière ».

Avec les Vaillants et leur encadrement PCF, foin des « voix » de Jeanne, mais la pure expression d’une farouche et tenace volonté de libérer le pays de l’occupant anglais.

Nous sommes en 2014. Jeanne d’Arc est devenue, pour certains, un objet historique encombrant. Pour France Inter, c’est plutôt un objet de dérision.

Symbole national encombrant ?

En effet, d’un côté il y a le FN qui en a fait sa figure de proue, devenue ainsi une icône indisposant tout ce qui forme le microcosme du gauchisme stérile et sénile se qualifiant « d’antifascisme » (à la Meric, un antifascisme recourant précisément aux méthodes d’action du fascisme, agressant et posant ensuite à la victime) ou « d’antiracisme » façon MRAP, un « antiracisme » unilatéral et boutiquier oserai-je dire.

D’un autre côté, elle embarrasse. Elle gène terriblement, avec ce qu’elle appellera jusqu’au bûcher et la mort, « ses voix ».

Ses voix, dira-t-elle, portaient chacune un nom.

C’était Gabriel, Michel, Anne, Marguerite ; c’étaient des « anges » ou « Archanges », et des « saintes », « ses voix ».

Cette jeune femme, qui subjuguera la société de son temps, prouvait plusieurs choses de très actuel :

Que dans ce pays, – que ce « féminisme » idéologique (qui est à l’amélioration de la condition des femmes, qui est à l’émancipation de toutes les femmes, ce que « les dictatures du prolétariat » et/ou les « démocraties populaires » furent à l’amélioration de la condition ouvrière et à l’émancipation de la classe ouvrière) n’aura de cesse de rabaisser aux yeux de ses habitants en le qualifiant de « patriarcal »-, une jeune femme pouvait s’imposer aux hommes, y compris à de rudes hommes de guerre ; que dans ce pays, une femme pouvait devenir chef militaire ; elle pouvait devenir une combattante, présente à la tête des armées qu’elle dirigeait effectivement sur le terrain, en les entrainant à l’assaut des murailles et des lances, épées et arcs de « l’Anglois ».

De ce point de vue, Jeanne gène encore, parce qu’elle montre : que la femme, en France, n’était pas ravalée à un statut légal et humiliant d’esclave domestique et/ou sexuelle ; que la femme de France du 15ème siècle n’était pas un être rendu mineur éternellement par la volonté des hommes adossée à celle de « Dieu ». Jeanne montant à l’assaut des murailles préfigurait la femme qui possédera et jouira de tous les droits reconnus aux hommes.

Mais elle montrera aussi, que les droits politiques et militaires de Jeanne déclinaient des  devoirs : ceux que le Pays réclame de ses enfants.

Ah ! les devoirs ; c’est devenu quelque chose dont on n’aime plus trop parler aujourd’hui, parce que cela « stigmatiserait » certaines populations, celles réclamant des droits, tous les droits, mais sans  contrepartie aucune, en récusant les devoirs en prétextant chez ses idéologues (Tariq Ramadan) une imaginaire inégalité néocolonialiste. De ce point de vue, la figure de Jeanne embarrasse.

Après Jeanne, la femme de France possédant talents et volonté, frayera ses voies.

Les noms de femmes, ayant marqué la vie du pays et pesé sur son Histoire et contribué à son futur, sont nombreux et connus.

Avant Jeanne, de grands noms de femmes restent à la mémoire de l’Histoire du pays. Ce ne sont pas toujours des noms résonnant positivement.  Ce sont aussi des noms sinistres, des noms de femmes de pouvoir pas moins violentes que les hommes.

Mais ce sont aussi, à l’inverse, des noms de femmes de cultures et/ou d’amour, et certaines qui combinaient pouvoir, amour et culture, comme les hommes.

Après Jeanne, ils ne sont pas si rares, ces noms illustres de femmes, que le « féminisme » veut encore le faire croire dans sa forme dévoyée. Je m’explique. Je dis du féminisme qu’il est dévoyé, qu’il est comme une déclinaison du « socialisme réel », lorsqu’il revendique, pour faire place aux femmes : l’immixtion de l’Etat dans la vie interne des organisations (partis, syndicats, associations) ; quand, mélangeant tout, il impose qui doit représenter des gens s’associant librement ; quand il confond sciemment, émancipation pleine et entière des femmes, -de toutes les femmes-, et discrimination dite positive déclinant un numérus clausus produisant le système autoritaire des quotas et de la parité ; quand il revendique et fait imposer un système faussement égalitaire, ou égalitaire en trompe-l’œil, assujettissant à l’Etat et à sa trique multiforme le libre droit d’organisation, en niant de fait le droit de choisir librement qui vous représente, homme ou femme.

La figure de Jeanne réfute la légitimité de la trique de la parité et de la fin de la libre organisation, pour que la femme de talent, la femme de capacité et de volonté, accède à la direction de la société.

Pour revenir à l’aspect le plus gênant du personnage de Jeanne :

Ses voix

Les « voix » de Jeanne embarrassent

En pleine période de laïcisme militant, les « voix »*1 de Jeanne donnèrent lieu à force quolibets anticléricaux. Mais aujourd’hui que la critique de dogmes religieux est assimilée, par des juges et par des médias, par le MRAP et quelques autres, à du racisme, qu’est-ce qui dérange avec les « voix » de Jeanne ?

Aujourd’hui, qu’il faut faire passer la laïcité sous les fourches caudines du suprématisme « religieux » mahométan, – un suprématisme posant à la victime du racisme, dès que l’on manifeste un désaccord avec l’une quelconque de ses revendications-, ce n’est plus l’irréligiosité jacobine ou socialiste hostile à la religion populaire, à ses saints et ses anges, qui est indisposée par la figure de cette jeune femme, intelligente, énergique et dévouée jusqu’à la mort, jeune femme montant sans arme à l’assaut des mercenaires du roi d’Angleterre, c’est le dogme mahométan qu’elle indispose, parce qu’elle en contredit un fondement doctrinal qui en est un des cinq piliers.

En effet, ce dogme – relancé partout par le réseau international des « frères musulmans »- postule qu’après le chamelier de la Mecque, aucun autre humain ne recevra la voix de la divinité unique, directement à l’occasion d’un face à face comme ceux qu’eurent Moïse, ou indirectement comme Mahomet visité par Gabriel (Djibril) et devant déchiffrer des versets d’un livre « existant de toute éternité », écrit sur des soies blanches ; parole d’un livre transmis par Gabriel (l’ange) et venant du monde de la divinité.

Or Jeanne, jusqu’au bûcher, et jusque dans les flammes, persistera à se revendiquer de « ses voix », Gabriel, Michel, Anne, Marguerite, avec intelligence et un courage rare.

Alon Gilad

*1 Un jour de 1423, un jour d’été et de jeûne, Jeanne vit tout à coup « une grande lumière ». Du sein de cette « lumière » sortit une voix qui lui dira : « Jeanne, sois bonne et sage enfant. Va souvent à l’église ». Une autre fois, Jeanne vit dans cette « lumière » de « belles figures », dont une qui avait des ailes qui lui dit : « Jeanne, va délivrer le roi de France et lui rendre son royaume ».  Tremblante, Jeanne répondra à la « voix » : « Messire, je ne suis qu’une pauvre fille, je ne saurais conduire des hommes d’armes ». A cette timide réponse, la voix opposera, déclarera, dira Jeanne avant et pendant son procès : « Sainte Catherine et sainte Marguerite t’assisteront ». Elle reverra, dira-t-elle jusqu’au bout, « l’archange et les deux saintes ». Jeanne les entendra durant quatre années. Il lui fallut bien leur obéir.

Saisie par les hommes d’armes pour être montée sur le bûcher préparé pour qu’elle périsse dans la fournaise des flammes, sans être préalablement asphyxiée comme il était de coutume, Jeanne dit au bourreau : « fais ton office ». « Oui, mes voix étoient de Dieu ». « Mes voix ne m’ont pas trompée ! ». Cette dernière parole est attestée, par le témoin obligé et juré de sa mort, un dominicain qui monta avec elle sur le bûcher et qu’elle fit descendre tout en lui parlant depuis le brasier qui la réduisait en cendres. D’autres personnes présentes attestèrent qu’elle invoquait « son archange » et Jésus « son sauveur ».

La libération d’Orléans et de bien d’autres cités, par la « pucelle d’Orléans », avait lancé une dynamique militaire et politique, morale et nationale.

Jeanne fut un moment de la construction de ce peuple français se formant en mille ans en une nation qui a ébranlé le monde, en y portant la justice bien au-delà de ses frontières.

 

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