Pourquoi le "CRIM" n'a pas à s'organiser

Dans son édition datée du 9 mai 2009, Le Monde a publié deux articles qui indiquent que les autorités françaises auraient préféré disposer, côté Musulmans, d’une organisation polyvalente et laïque, conçue sur le modèle du CRIF. L’actuel Conseil Français du Culte Musulman étant chargé de l’organisation du culte, il est tout à fait malséant de transformer les mosquées en relais pour des messages plutôt destinés au forum.
Deux tentatives de mettre sur pied une sorte de CRIM –Conseil Représentatif des Institutions Musulmanes- sont connues à ce jour : une où les noms de Zidane et d’Adjani ont été cités par Le Point à côté de la sous-préfète Benlarbi, et une seconde, dans le Sud, sous la houlette de M. Zaïm Bouamama dont Le Monde a rendu compte.
Dans notre cas, le raisonnement par analogie est un réel problème : il est souvent salutaire de trouver des sorties par le haut, là où tout le monde reproduit des solutions qui ont marché pour une communauté mais qui sont au fond dépassées. Ainsi si l’on veut apporter une réponse institutionnelle laïque à l’attente de nos concitoyens arabo-musulmans, ce n’est certainement pas un fac-similé du CRIF qu’il convient d’adopter.
On commettrait au moins une erreur de fond susceptible de produire les résultats inverses de ceux attendus.
Cette erreur est liée à l’histoire des Juifs sur le sol français qui n’a rien de commun avec celle plus récente des Arabo-musulmans issus principalement des anciennes colonies. La naissance du CRIF est intimement liée à la Shoah. Sa mission initiale était « d’unifier les actions de sauvetage » -de la communauté-. Aujourd’hui le CRIF a ajouté à la lutte pour la préservation de la mémoire de la Shoah, « l’affirmation de sa solidarité avec Israël » . Aussi nobles soient ces causes, il apparaît que l’action du CRIF s’envisage dans le passé.
Or la communauté arabo-musulmane pour son entier bonheur n’a pas connu une aussi horrible tragédie. Par conséquent elle a la possibilité et l’envie de se projeter dans l’avenir, sans oublier le passé, mais sans porter ce passé tel un fardeau.
Toute initiative doit commencer par inviter les Musulmans de France à couper le cordon ombilical avec l’Afrique du Nord et surtout avec le Moyen-Orient. Par mimétisme, bénéfique cette fois-ci, le CRIF pourrait en faire autant à l’égard d’Israël. Ce pays est assez respectable pour se défendre et résoudre ses problèmes tout seul avec ses voisins.
Couper le cordon ombilical revient donc à couper aussi les cordons de la bourse dans les deux sens : n’accepter ni le financement du Qatar ni de la Turquie, ni de l’Algérie ni d’Israël, ni la construction des mosquées en Afrique du Nord. Par ailleurs, les Français de culture Musulmane ont toute leur place dans les organisations sociales et politiques de la couleur qui leur convient le mieux. Dès lors, toute démarche de construction d’une représentation institutionnelle laïque se doit de prendre acte de la volonté de ceux pour qui elle œuvre, de s’engager toujours plus, toujours mieux et avec force de propositions, dans la gestion des affaires d’ici et non d’ailleurs.
Juifs et Musulmans, en tant que minorités, nous devons tout faire pour renforcer la seule citoyenneté, appartenance et nation qui vaille : celle d’une France républicaine, laïque et égalitaire engagée dans un processus difficile d’Union européenne et de coopération solidaire avec le reste du monde.
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Kébir Jbil
et Pascal Hilout
Cet article a d’abord été proposé comme tribune libre au journal Le Monde

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