Pourquoi le discours de Grenoble, et une telle impuissance de l'Etat ?

Une fois de plus, sous la pression des violences gravissimes qui alimentent l’actualité quotidienne, Nicolas Sarkozy vient de déclarer la guerre aux voyous. Ce discours musclé n’est pas nouveau puisque notre président fut par deux fois ministre de l’Intérieur avant d’accéder à la magistrature suprême. Mais comment pourrait-on encore y adhérer alors que la situation ne fait que s’aggraver au point que plus personne n’est en sécurité nulle part, y compris chez soi, les bandes imposant leur loi partout dans nos villes et nos campagnes ?
En France, « pays des droits de l’homme et des libertés », on peut aujourd’hui mourir sur l’autoroute pour un constat d’accident, pour une cigarette refusée ou pour un simple regard qui déplaît. La France est le seul pays d’Europe où l’on attaque les commissariats et les gendarmeries et où l’on tire à balles réelles sur les policiers. Chaque année, on déplore davantage de membres des forces de l’ordre morts en service que de soldats tués en Afghanistan. La réalité est si grave que certains pays étrangers estiment que les autorités françaises ont totalement perdu le contrôle de la situation. Alors, comment en sommes nous arrivés là, malgré la multitude de lois et plans sur la sécurité que les divers gouvernements nous concoctent depuis trente ans ?
Les raisons de cette dangereuse explosion de la violence sont multiples, mais ce sont surtout le manque de courage, l’incohérence et l’hypocrisie de la part de nos autorités, qui encouragent la surenchère chez les voyous et les confortent dans l’assurance de l’impunité.

Tout d’abord aucune politique sécuritaire ne sera possible s’il n’y a pas une union sacrée entre droite et gauche pour assurer aux citoyens ce droit élémentaire de toute démocratie qu’est le droit à la sécurité. Nos divisions sont le terreau de la délinquance et aussi longtemps que la gauche sera hostile par principe à toute forme de répression, la France restera le paradis des voyous.
Ensuite il faut en finir avec les slogans mensongers et la dictature du politiquement correct qui paralyse toute action efficace.
– Pourquoi dénoncer l’amalgame immigration-insécurité et nier la réalité des chiffres alors que 70% des détenus sont d’origine immigrée ? Il y a trente ans il n’y avait pas de zones de non droit, il n’y avait pas de violences à l’école, il n’y avait pas de viols en tournantes dans les caves et les jeunes ne tiraient pas sur les policiers. Ce n’est pas le Saint Esprit qui a transformé nos banlieues en bande de Gaza !
– Pourquoi victimiser systématiquement les voyous et invoquer la précarité pour les exonérer de leurs crimes alors que la France dépense 600 milliards en social divers, soit 30% de son PIB, record mondial absolu ? Avec cent fois moins de social, la France de l’après guerre était cinq fois moins dangereuse qu’aujourd’hui. Depuis 1950 le taux de criminalité a quintuplé malgré la formidable élévation du niveau de vie, ce qui montre les limites de la prévention si chère à la gauche.
– Pourquoi vouloir expulser les délinquants étrangers alors que Nicolas Sarkozy vient de supprimer la double peine, mesure que personne ne réclamait à part les voyous ? Où est la cohérence ?
– Pourquoi envisager la déchéance de la nationalité française pour certains condamnés alors que la République brade à tout va cette même nationalité avec le droit du sol, les milliers de mariages blancs annuels et les naturalisations en constante augmentation ? Là encore une dose de cohérence serait la bienvenue.
– Pourquoi s’étonner qu’un mineur multirécidiviste, arrêté 122 fois et aussitôt relâché, finisse par agresser une famille en plein centre ville ?
Il y a davantage de policiers traduits devant l’IGS que de mineurs condamnés ! Rappelons que 5% des jeunes délinquants commettent 80% des délits graves et 95% des trafics. Que font-ils en liberté ?
– Pourquoi se lamenter sur les 45000 voitures brûlées chaque année puisque le Code Pénal n’est jamais appliqué alors qu’il prévoit 150000 euros d’amende et entre 10 et 20 ans de réclusion pour ce genre de délit ( art 322-8 ) ?
– Pourquoi clamer haut et fort que « l’impunité n’existe pas », comme le fait régulièrement Brice Hortefeux, alors que le taux d’élucidation des crimes et délits s’est effondré en quelques années sous les 30% et qu’un rapport de l’Inspection générale nous apprend que 82200 condamnés à des peines de prison ferme sont en attente d’exécution de leur peine faute de place dans les prisons ?
– Pourquoi maquiller les statistiques alors qu’une étude de l’INSEE montre qu’entre la main courante du commissariat et la saisie réelle de l’infraction, 90% des plaintes passent à la trappe ? Sans parler des victimes découragées qui ne portent même plus plainte. En quinze ans les actes de violence ont explosé bien davantage que les 70% d’augmentation officiels.
– Pourquoi tenir un discours musclé contre la violence alors que depuis 1993 les coups et blessures ne sont plus considérés comme des délits dès lors qu’ils n’entraînent pas d’ITT supérieure à 8 jours ? Depuis cette date ces agressions sont passibles d’une simple amende ! Où est la dissuasion ? Qu’attend t-on pour annuler cette mesure ahurissante ?
La vérité est qu’en trente années de laxisme, de mensonges et d’hypocrisie, nos dirigeants n’ont fait qu’encourager la violence. Ce naufrage collectif de notre société est une faute majeure de gouvernance qui aura des répercussions gravissimes sur l’avenir du pays. Sous couvert de bons sentiments les gardiens du temple de la pensée unique et du politiquement correct n’ont fait que saper notre cohésion nationale.
Sans un sursaut vital de nos élites de droite comme de gauche, en appliquant tout simplement la loi et les peines prévues par le code pénal, notre pays connaîtra sous peu une situation à la sud américaine où des bandes armées contestent ouvertement la suprématie du pouvoir démocratiquement élu.
En 2005 nous avons connu l’état d’urgence dans nos banlieues, mais chacun semble l’avoir oublié alors que depuis tout a empiré…
Jacques Guillemain

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