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Pourquoi les Français votent contrairement à leurs convictions profondes ?

Voilà un mystère électoral qui mérite d’être analysé, au même titre que le paradoxe de Condorcet : le vote des Français aux élections présidentielles et législatives. Comment expliquer qu’une grande majorité de nos compatriotes partagent complètement nos analyses et nos craintes en matière d’immigration, mais que cela ne se traduise pas dans les urnes ?

Ceux que l’Insee nomme « les classes populaires », que nos journalistes ont pris l’habitude de mépriser ouvertement, ont bien compris, et depuis très longtemps, le lien qui existait entre immigration, paupérisation et insécurité. Ils votent en accord avec leurs convictions depuis longtemps, et il ne peut rien leur être reproché.

La génération dite des « boomers » pose par contre un vrai problème. Ils affichent un taux de participation important aux différentes élections, et bon nombre d’entre eux n’ont aucune appétence pour l’immigration d’origine africaine, qu’ils préfèrent voir la plus éloignée possible de chez eux. Cependant, au moment de glisser le bulletin dans l’urne, une obscure force maléfique les fait pencher vers les macronistes européistes et autres fossoyeurs de la France. Je ne pense pas que l’explication à ce phénomène soit extrêmement sophistiquée. En réalité, elle est même très simple : l’égoïsme. Nombre de boomers, s’ils ont à choisir entre leurs retraites, leurs économies, et la survie à 20 ans de leur patrie, choisiront sans hésitation leur intérêt personnel immédiat. Que leurs descendants soient contraints de vivre sous le joug de populations arabo-musulmanes est le cadet de leurs soucis. En termes polis, nous dirons qu’ils sont légitimistes. Ils n’aiment pas Macron, mais leur retraite et leurs économies leur semblent mieux protégées avec lui qu’avec d’autres. La lutte contre l’immigration attendra bien 15 ou 20 ans de plus.

Il est évident que ces gens ne changeront pas d’avis ni de comportement, excepté si la situation économique se dégrade suffisamment rapidement pour mettre en péril leur situation personnelle. C’est bien triste à dire, mais seul le temps qui passe nous débarrassera d’eux.

Avant que les lecteurs appartenant à cette génération ne commencent à m’insulter, il convient de préciser que nombre d’entre eux ne portent aucune responsabilité individuelle dans cette situation. Il se trouve que statistiquement, c’est un fait, leur génération est surreprésentée dans l’électorat de Macron et des européistes. Il y a des boomers de quarante ans, nous dirons que c’est la classe sociale des rentiers, au sens de ceux qui ont quelque chose à perdre si un changement devait s’opérer.

Le cas des bobos et de la petite bourgeoisie est quant à lui un peu différent. Cette classe sociale se caractérise par une certaine aisance financière, elle regroupe plus ou moins les cadres et les professions libérales, dont les revenus se mesurent en plusieurs unités de SMIC. Dans leur cas, voter pour des européistes, et en particulier pour le petit Rastignac de l’Élysée, relève plus d’un désir de se démarquer de la classe populaire que d’une véritable conviction.

En effet, voter comme un ouvrier les dégoûte au plus haut point, tant ils se sentent éloignés de cette classe populaire, dont ils ne partagent ni les loisirs, ni les centres d’intérêt. Ils s’imaginent même avoir fait sécession, et évoluer dans une autre réalité financière et culturelle. Le malentendu vient du fait qu’on a entretenu cette classe sociale dans l’illusion qu’elle possédait une communauté de destin avec ce que l’on nomme l’hyperclasse, dont les intérêts sont représentés par le forum de Davos.

Macron a d’ailleurs dépensé sans compter pour les maintenir dans cette illusion, en leur permettant de glander aux frais de la collectivité dans leur maison de campagne pendant l’épidémie de Covid. Ils peuvent se permettre un restaurant de temps en temps, un peu d’altitude l’hiver, et quelques semaines de sable en été. Un petit niveau en anglais rudimentaire leur fait penser qu’ils ne sont qu’à quelques encablures de cette hyperclasse mondialisée dont ils singent le discours néolibéral. Si les entreprises ferment et que les ouvriers sont licenciés, c’est qu’ils sont trop chers et pas assez productifs. C’est ça le capitalisme. Ce n’est pourtant pas bien difficile à comprendre ! Qu’ils traversent la rue pour trouver un boulot ou se contentent d’un revenu minimum, mais de grâce, qu’ils disparaissent de la circulation !

Malheureusement pour eux, ils vont très vite s’apercevoir qu’ils se situent à des millions de milliards d’années lumières de Bernard Arnault, et seulement à une enjambée des classes populaires, dont ils se pensent si éloignés. Ils sont les prochains sur la liste, mais ils n’en ont pas conscience. Déplacer un service de comptabilité, un service marketing, ou des programmeurs à Mumbai, prend beaucoup moins de temps que de délocaliser une usine. Ils vont l’apprendre très vite à leurs dépens. Tous ceux dont le travail consiste à produire des documents que personne ne lit, et qui alimentent les poubelles électroniques, devraient rapidement reconsidérer leur position. Tous ceux qui ne sont pas en mesure de vous expliquer en 30 secondes ce qu’ils font dans la vie, ceux qui accompagnent les entreprises dans leur transition numérique vers le Métavers par l’animation de communauté virtuelle, vont très bientôt ressentir le souffle rauque de la Grande Faucheuse dans leur nuque.

Jusqu’à preuve du contraire, le plombier qui débouche vos canalisations ne sera pas délocalisé de sitôt en Asie, lui. Chaque membre de cette classe sociale se doit de faire son introspection afin de déterminer qui sont ses frères d’armes. A moins d’être propriétaire de son moyen de production, ou de disposer d’un savoir rarissime, nous sommes tous délocalisables, substituables et remplaçables. Les gens comme moi sont même carrément supprimables. Que nous le voulions ou non, notre destin est intimement lié à celui de la classe sociale qui se trouve juste en dessous, et pas à celle du dessus, qui nous méprise profondément.

Heureusement pour tout le monde, il est de notoriété publique que cette classe sociale, qui participe à l’élection de Macron et des européistes, n’a ni conviction ni courage. Ceux qui la composent retourneront leur veste dès que leurs conditions de vie se détérioreront. Encore un peu d’inflation, et juste un peu de chômage, et ils seront les premiers à cracher à la gueule de ceux qu’ils ont portés au pouvoir. Si vraiment leur petit monde de services venait à s’effondrer, il n’est pas interdit de penser que certains d’entre eux sombreraient dans des violences gratuites et des exactions envers ces mêmes clandestins qu’ils ont contribué à implanter sur notre territoire. Rien n’est plus dangereux que les combattants de la 25e heure.

En vérité, cela n’a que peu d’importance. Pour des raisons évidentes, il n’est pas possible de les faire disparaître, alors nous devrons nous contenter de les faire voter correctement, et de maintenir un semblant d’affectio societatis au sein de la société française. Jusqu’à la prochaine trahison.

Alain Falento