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Pourquoi les Maliens sont-ils si peu enclins à vouloir mourir pour le Mali ?

La réponse est accablante. Et elle oblige à se poser des questions sur notre engagement militaire dans ce pays.

Un hommage solennel a été rendu aux 13 soldats français morts au Mali. Ils ne sont pas les premiers à être tombés là-bas. Et il est à craindre qu’ils ne soient pas les derniers. Le Mali fait face à une rébellion djihadiste. Fait face ? Non, c’est l’armée française qui fait face ! Sans elle, le Mali serait vite transformé en califat islamique.

Le Mali – notre ancien Soudan – est un pays très peuplé. Approximativement 14 millions d’habitants. Il tient son identité – si tant est qu’il en ait une – des frontières héritées de la colonisation française. À l’intérieur de ces frontières cohabitent différentes ethnies parlant des dialectes incommunicables entre eux. La langue officielle est le français. Ce n’est assurément pas suffisant pour créer un patriotisme malien.

L’armée malienne – eh oui, il y en a une ! – compte environ 14 000 hommes. Environ, car les statistiques officielles maliennes sont pour le moins floues. Sur ces 14 000 hommes, seuls 3 000 seraient opérationnels (Wikipédia). 3000 combattants pour un pays (en guerre) de 14 millions d’habitants ! Un chiffre qui permet de douter de l’ardeur combative des Maliens.

Les djihadistes savent pourquoi ils meurent. Les soldats maliens, non. Quant aux nôtres, ils doivent peut-être se demander s’ils meurent pour la France ou pour le Mali. Honni soit qui Mali pense…

Il n’est pas sûr pour autant que notre armée soit très aimée là-bas. BFM TV a tourné un reportage dans les rues de Bamako. Le même son de cloche chez toutes les personnes interrogées. « L’armée française est inefficace »… « Le pays est coupé en deux : on ne peut plus aller dans le Nord. Que fait l’armée française ? »… « On ne tue que nos soldats »… Pas une seule critique sur « l’efficacité” de l’armée malienne.

Le Mali est indépendant depuis 60 ans. La France a déversé là-bas des centaines de millions pour tenter de former une armée malienne dont on vient de voir à quoi elle se résume. Rudyard Kipling, chantre de l’impérialisme britannique et passablement raciste, parlait du « fardeau de l’homme blanc« .

On ne le suivra pas sur ce terrain. Mais le fardeau de la France au Mali n’est pas léger-léger. Pourquoi alors restons-nous là-bas ? Un peu pour le Mali. Et surtout pour tous les autres États africains chez qui notre départ ferait souffler un vent de panique.

Benoit Rayski