Pourquoi l’islam n’est pas réformable

Islamectomie 210Réponse à  Daniel Pipes

Je suis en désaccord avec votre article sur la réformabilité de l’islam http://fr.danielpipes.org/13266/islam-reformable    : votre position repose sur des confusions et l’oubli de … l’enfer.

A)    Confusion

Tout d’abord il manque une définition de « l’islam » : Qu’appelez vous  au juste « l’islam » ?  Les textes   ? Leur(s) sens ? Leur application à telle ou telle époque et lieu ?  Les musulmans ? Tel ou tel mouvement musulman ? La civilisation islamique ?  Si l’ « islamisme » se distingue de l’ « islam » : qu’est –il ? Une autre « religion », une autre « secte », un mouvement musulman distinct ? ..

Et puis il manque une définition de l’ « essentialisme ».

Confusion entre la doctrine, l’idéologie islamique d’une part et son application à travers l’histoire, « l’histoire » des musulmans.

Confusion entre une doctrine et les populations qui l’ont appliquée.  La Constitution des Etats-Unis est une idéologie , comme l’islam.  Elle  n’est pas un pays : l’ « l’islam » non plus.

Confusion entre des propriétés propres aux êtres humains et des propriétés propres aux textes et à leur sens.

Le mot « essentialisation » est une critique de la théorie disant que les êtres humains d’un même groupe sont déterminés par leurs gènes, qu’ils ont une essence et ne sont pas libres de se fabriquer dans leur existence.  C’est un mot fort qui est synonyme de racisme. Il a été appliqué à des êtres conscients.

Ce terme ne s’applique pas aux  textes.  Les textes ne sont pas des êtres vivants, « conscients », autonomes. Les textes ont un sens, un sens définitif pour l’essentiel dès lors qu’ils sont finis d’écrire. Ce sens est bien leur « essence ».  Pour nier l’existence de ce sens, il faut tomber dans deux erreurs.

1) La première est de nier que la notion de « langage » signifie que les textes ont un sens commun compréhensible par tous, de nier qu’il est impossible de faire dire « n’importe quoi » à un texte, qu’il est impossible de lui faire dire exactement l’opposé de ce qu’il dit.  La marge d’interprétation est une « marge » seulement,  à moins de textes totalement abscons, n’ayant aucun sens, et donc pouvant être « interprétés » n’importe comment.

La philosophie du langage sous-jacente à cette idée, correspond à la formule souvent utilisé selon laquelle dans un texte :  » tout est interprétation ». Si dans un texte tout n’est qu’interprétation, il n’y a plus de loi et il n’y a plus de langage car il n’y a plus de sens commun compréhensible par tout le monde.

Si l’on pouvait faire dire n’importe quoi à une loi, à un terme normatif, il n’y aurait plus de loi, il n’y aurait plus de principe de légalité, car personne ne comprendrait le sens de la « loi », ce ne serait donc plus une « loi ».

Cette vision des textes comme infiniment souples se rattachent à deux conceptions qui n’ont pas leur place dans ce débat politique sur l’islam. La première conception concerne le langage, elle est, comme je viens de le montrer, est incompatible avec la notion de loi. Il s’agit de la conception « subjectiviste » du « langage » : le sens d’un texte ou d’un énoncé n’existerait que dans l’esprit de chaque lecteur, il serait impossible de s’entendre sur un sens commun à tous les locuteurs. A l’extrême, c’est la négation du langage lui-même.

La deuxième conception est celle d’une « autonomie » du texte, du langage, qui serait assimilée à un être vivant, ayant une « vie propre ». C’est une pensée magique et anti-humaine. Les humains ne fabriqueraient plus en commun un langage et une histoire, ils seraient « agi » par « lalangue » ( terme de Lacan) , par « le sens de l’histoire », sans pouvoir même le penser vraiment. Dans cette conception, on pourrait reprocher de vouloir « essentialiser » un texte en l’empêchant d’avoir une histoire libre. Mais alors on ne peut pas en même temps dire que ce texte serait « ce que les musulmans en font », car il leur échappe à eux aussi, son « existence » est la sienne propre… Si le texte est religieux, alors le reproche d’essentialisation signifie en fait que le « vrai sens » de la religion est inconnu des hommes et évolutif, parce que Dieu seul le connaitrait et le ferait connaitre, parce que « Dieu sait mieux », mais là encore, l’islam n’est certainement pas ce que les musulmans en font, mais uniquement ce que dieu veut.

2) La deuxième erreur est de croire que les éléments d’une idéologie peuvent être séparés et étudiés indépendamment les uns des autres, sans tenir  compte de leur cohérence et de leurs influences convergentes sur les réactions de leurs adeptes.

L’idéologie islamique est immuable pour l’essentiel de ses dispositions les plus graves, pour deux raisons : ces dispositions sont claires et sacrées, et elles forment un système, un système cohérent.

L’islam est une doctrine totalement orientée vers la guerre et la conquête. C’est pour cela qu’elle est sexiste et violente. C’est pour cela qu’elle s’oppose à la réflexion, au progrès des réflexions. C’est pour cela qu’elle a des aspects « fous », des aspects de « double-lien ».  C’est pour cela qu’elle utilise la terreur et la culpabilisation. C’est pour cela qu’elle flatte les plus bas-instincts.

L’islam a pour but la conquête au profit de Dieu et de sa Oumma. C’est pourquoi la femme n’a pas de valeur car si l’une crève, elle peut être remplacée par une prise de guerre. C’est pourquoi la force est valorisée et non l’amour. C’est pourquoi l’amour est refoulé car il faut des hommes frustrés et mal aimés pour qu’ils aient le gout du sang. C’est pourquoi la compassion est refoulée. C’est pourquoi le rêve des musulmans est borné à un bordel de poupées regonflables. C’est pourquoi il est interdit de comprendre que les actes de sadisme de Mahomet sont sadiques et pas normaux. C’est pourquoi il faut la discipline du jeune, la prière en rangs serrés, le contrôle de tous sur tous, la terreur de l’enfer pour les commencements de réflexion. C’est pourquoi il faut l’appât du butin et des précisions sur les droits des hommes de violer les femmes …

Tout est si cohérent, que toute tentative de progrès dans un domaine, est comprise comme une déviance qui écarte du but principal, comme insupportable, insupportable soit parce qu’elle culpabilise soit parce qu’elle prive d’une jouissance que l’on prenait pour un dû.  C’est pour cela que ces tentatives échouent à répétition, c’est pour cela que « l’islam », c’est-à-dire la compréhension globale des textes islamique est « irréformable ». Les « réformes » libérales existent, mais sont partielles, instables, et incohérentes, donc elles ne  persistent pas  dans le temps, nulle part.

L’adaptation de partie de la loi islamique à des réalités de telle ou telle époque, ne change pas l’axe essentiel de l’islam, qui est une doctrine de guerre.

Etant une doctrine de guerre, elle est tout à fait réaliste justement, et pour cette raison, largement adaptable aux circonstances.  Si les adaptations permettent d’atteindre le but essentiel de l’expansion jihadiste, elles ne seront pas contestées, même par les « puristes », bien au contraire. Mais dès lors que les lois les plus dures se révèlent utile à l’expansion, elles sont réactivées.

Etant une doctrine de guerre, l’islam est compatible avec l’emprunt d’armes, y compris d’armes de propagande à l’adversaire : d’où les emprunts aux fascismes. Mais ce fascisme n’est pas l’ « essence » d’une « religion » ou d’une « secte » nouvelle qui serait « l’islamisme » : il ne fournit que des outils nouveaux aux musulmans observants.  L’aspect totalitaire, c’est-à-dire à la fois global et terroriste, existe dès l’origine de l’islam, il n’est pas propre aux mouvements « islamistes ». Ces mouvements « islamistes » ont la souplesse que les musulmans ont toujours su avoir, conformément au principe de la ruse, et du réalisme, qui prévaut dans les textes de l’islam.

Tel est le centre , le sens , l’ « essence » du système islamique, puisque c’est ce système que Mahomet et les quatre califes ont exploité, et qui est l’éternel modèle. Ce centre de la doctrine, son but, est bien défini, il est le sens des textes sacrés de l’islam, et ne peut pas être « réformé », à moins de prétendre faire dire aux textes le contraire de ce qu’ils disent, à la fois  clairement dans leurs parties et  dans leur ensemble.

Je ne suis pas non plus d’accord avec votre comparaison avec l’esclavage et l’usure dans le judaisme et le christianisme.  D’abord parce que mettre sur le même plan la « loi » dans ces deux religions n’a pas de sens. Le problème de l’interprétation des textes en tant que « norme » ne se pose que pour les juifs. Ensuite parce que les textes étaient loin d’être univoques sur ces deux sujets. Ensuite et surtout  parce que ces deux questions ne sont pas des points centraux ni du judaisme ni du christianisme. On peut être juif ou chrétien avec ou sans intérêt ou avec ou sans esclaves.  Alors que le jihad et le califat et les discriminations envers les non musulmans, esclaves, femmes sont des points cruciaux de l’islam et sont liés, ils forment un système cohérents, des éléments indissociables.

B)      L’enfer

Il y a des débats dans le monde musulman, tant mieux : ils aboutiront à la même conclusion que toutes les personnes qui ont étudié les textes de l’islam : quand les points centraux d’une doctrine sont mauvais et non pas des points marginaux, et que la plus grande partie des textes est mauvais et non pas une petite partie, quand chaque réforme se heurte à des tabous majeurs, comme celui de dire ( ou seulement de penser) que les propos d’Allah et la plupart des conduites de Mahomet sont immondes, cette doctrine n’est pas « réformable », il faut la remplacer complètement.

Que signifie la phrase : « l’islam est ce qu’en font les musulmans » ? Signifie-t-elle que les musulmans peuvent donner n’importe quel sens aux textes sacrés : mais alors, comme je viens de l’expliquer :  un texte n’aurait pas de sens ? Signifie-t-elle qu’ils peuvent agir n’importe comment en dépit des textes ? Mais alors qu’est ce que « l’islam », si cette « doctrine » n’a plus aucun rapport avec les textes sacrés ?

Il est absurde de demander aux musulmans anti-islamistes d’élaborer une idéologie cohérente et opposées à « la charia, au califat et aux horreurs du jihad ».

D’abord parce que opposer « charia » et islam n’a absolument aucun sens. La « charia », la voie d’Allah, est la « norme » de l’Allah, le fiqh est la formulation de cette norme, or la loi islamique est indissociable est l’ «islam », la soumission à Dieu elle-même. Quel sens peut avoir la phrase «  Etre soumis à Dieu sans être soumis à la loi de Dieu » ? Il est possible que la formulation de la norme ( le fiqh) soit mauvaise, mais pas toute entière. Si elle était mauvaise toute entière, cela signifierait que tous les oulémas se seraient trompés depuis le début sur tout ? Cela supposerait que les musulmans devraient « suivre la voie d’Allah » sans être capable de la formuler ? Voilà qui serait absurde car si dieu doit être obéi il faut bien qu’il soit compris un minimum. Le coran parle lui-même des versets clairs ..

Ensuite demander aux musulmans anti-islamistes d’élaborer une idéologie cohérente et opposée à « la charia, au califat et aux horreurs du jihad » , c’est leur demander de penser de manière totalement contradictoire, contre le sens des textes. C’est leur demander l’impossible, c’est presque sadique …

Quel « truc » «  hyjal » peuvent-ils donc inventer ?  Suivre la voie de cet ingénieur soudanais qui prétendait donner la préhéminence aux versets de la Mecque sur ceux de Médine ? C’est contre toute logique de n’importe quel juriste. N’importe quel juriste sait que la loi édictée en dernier est la loi en vigueur et abroge la précédente sur le même sujet.

C’est vrai que l’on peut tout « inventer » « dans le langage ». C’est vrai que les êtres humains peuvent faire de toute doctrine « ce qu’ils veulent en faire ». Etre illogique, agir selon des « conventions », selon des « fictions juridiques » ou morales, faire semblant de ne pas voir les contradictions,  ne pose pas de problème lorsqu’il s’agit de conventions sociales. Mais l’islam n’est pas n’importe quelle doctrine, c’est aussi une foi, un dogme. Les musulmans sont des croyants, ils ont peur de désobéir, ils ont peur de l’enfer. Il est impossible de leur demander d’inventer des conventions qui iraient contre les ordres clairs d’Allah et leur ferait craindre l’enfer. L’enfer et les tourments de la tombe sont une peur terrible. Il est strictement impensable de risquer d’y aller.

Alors quand un travail n’est ni fait ni à faire, on jette tout et on recommence …

Ayaan Hirsi Ali a raison non seulement quand elle dit que l’’islam n’est pas réformable, mais quand elle dit que les féministes (comme moi) doivent s’allier avec les chrétiens et que la solution humaine pour aider les musulmans croyant est de les « évangéliser » (le judaisme pourrait servir aussi mais il est trop compliqué) .

La seule manière de convaincre un croyant de refuser les aspects barbares liés aux ordres d’un dieu selon sa foi, est de lui prouver qu’il se trompe de Dieu, de conception de Dieu, qu’il en existe d’autres, plus douces,  et qu’il ira même peut-être en enfer s’il suit ces ordres, et non pas s’il refuse de les suivre.

Elisseievna

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