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N'en déplaise à Mélenchon, je suis pour la réédition de Mein Kampf

Ri7Corbière et Méluche autodafeursLe 1er janvier 2016, Mein Kampf, seul livre écrit par Adolf Hitler (alors emprisonné suite à sa tentative avortée du Putsch de la Brasserie) va tomber dans le domaine public, le Führer allemand étant mort sans héritier. Le Land de Bavière qui détenait jusque là les droits d’auteurs de ce livre (mais qui l’a maintenu interdit) devra se résoudre à le voir copié et réédité dans plusieurs langues dont le français.
En effet, les Éditions Fayard ont annoncé leur souhait de rééditer le livre d’Adolf Hitler, dans une « édition critique » – comprendre par là : pleine de notes de bas de page, de références, d’analyses et flanquée d’une préface et d’une conclusion faisant la moitié du livre, emplies de bons mots humanistes de façon à exorciser le lecteur pour qu’il ne tombe dans la même admiration que ces Allemands qui ont porté Hitler au pouvoir.
Comme on peut l’imaginer, la bouchée est restée en travers de la gorge à certains. Jean-Luc Mélenchon est monté au créneau en bon défenseur de la liberté. Il a osé écrire aux éditions Fayard afin qu’ils renoncent à leur folle idée. Son fidèle lieutenant, Alexis Corbières (qui ferait un excellent Beria français dans le cas où son maître serait porté au pouvoir) a quant à lui poussé l’outrecuidance jusqu’à déclarer qu’il ne voyait pas « l’utilité » de publier ce livre.
Théophile Gautier s’était exclamé « L’art pour l’art! » exaspéré de ceux qui le questionnaient quant à l’utilité de son œuvre. « L’histoire pour l’histoire! » pourrait-ton renchérir face à la déclaration du numéro 2 communiste, qui ne conçoit les choses de l’intellect que par leur utilité; chose assez surprenante pour un marxiste et encore plus quand on sait que ce monsieur est agrégé d’Histoire!
L’angle d’attaque est en fait simple. Les néo-humanistes, présupposant d’appartenir au camp du Bien, agitent sans cesse l’étendard moral. Il serait immoral qu’un éditeur fasse de l’argent sur un livre qui a tué; il serait immoral de redonner une visibilité à un être qui a causé tant de souffrances. En plus, le peuple (qui est décidément trop con) ne serait pas prêt à lire ce livre, même avec toutes les notes critiques d’historiens experts. Ces messieurs croient que la distinction entre le Bien et le Mal est leur seul apanage; à eux, les élites, de déterminer ce qui est bien ou non. Ces demeurés de sans-dents seraient donc foncièrement mauvais, oublieux de l’Histoire et nazis au plus profond d’eux-mêmes. Il suffirait donc que leurs yeux voient le livre du dirigeant nazi pour qu’ils embrassent immédiatement le national-socialisme.
Voilà le mépris sous-jacent qui anime une telle rhétorique.
En tant qu’apprenti historien, je suis de ceux qui croient à la nécessité de publier ce livre. Rééditer Mein Kampf n’est pas un droit mais un devoir ! Beaucoup de gens voient dans ce livre fastidieux et insipide une prophétie sur laquelle se serait bâtie le Troisième Reich, une sorte de Bible qui aurait guidé toutes les actions des nazis pendant les douze années que dura leur sinistre mainmise sur l’Allemagne. Comme l’a démontré le chercheur Christian Ingrao, il n’en est rien! Mein Kampf ne fut jamais que le pamphlet d’un aventurier autrichien, architecte raté, et écrivain encore plus raté. Les 800 pages de ce livre ne furent probablement lus que par les Allemands les plus proches de l’idéologie hitlérienne ou les plus fascinés par la figure de ce chef charismatique.
Sans nier la réalisation des projets politiques écrits dans ledit livre, lui conférer l’importance qu’on a l’habitude de lui donner relève de la stupidité ou de l’ignorance. Il faut, au nom de la vérité historique, mettre fin à cette « sacralisation négative » de Mein Kampf. Le meilleur moyen pour cela reste encore de le rééditer avec des annotations et des éclaircissements apportés par des historiens experts.
Une question plus générale se pose alors: se dirige-t-on vers la dictature du Bien?
Lorsque le pharaon Horemheb remplaça la dynastie maudite d’Akhenaton, il fit effacer les cartouches la concernant. De même pour Marino Faliero, doge de Venise, dont le portrait et le nom même furent bannis par les Vénitiens suite à sa tentative de renverser la république.
Mais quant on parle d’effacer le passé et de brûler les livres, l’exemple le plus saisissant qui nous vient à l’esprit est justement celui des Nazis, de ceux-là même que la gauche prétend combattre.
En effet, le 10 mai 1933, fut organisé à Berlin un immense autodafé où plus de 20 000 livres furent brûlés dans un brasier géant. Proust, Marx, Freud, Zweig, Mann, Sade et bien d’autres… Le but de cette « épuration » était de débarrasser le monde intellectuel allemand de ses éléments « non-germaniques » ou « dégénérés » selon l’expression consacrée. C’est au nom de cet oukase que furent interdits, pourchassés, arrêtés et parfois exécutés des auteurs et des scientifiques pacifistes, internationalistes, communistes et autres mal-pensants.
« Là où on brûle des livres, on brûlera des hommes » avait dit Heinrich Heine, l’écrivain francophile allemand bien des décennies avant l’apparition du nazisme. Cette prédiction s’est hélas réalisée dans les conditions que nous savons.
Même si la gauche na parle pas (encore) de brûler Mein Kampf, ses réticences à le publier témoignent soit d’un manque d’estime intellectuel envers le peuple; soit d’un sectarisme quasi-maladif; ou bien de pulsions pavloviennes les poussant à avoir des spasmes à la vue de tout ce qui rappelle « les heures les plus sombres de notre Histoire ». Cette intention de « préserver » le peuple de tout ce qui a trait au Mal, semble provenir d’un manichéisme dangereux qui pourrait faire tomber les « humanistes » dans ce totalitarisme de la pensée qu’ils s’échinent à combattre.
Nicolas Kirkitadze