Poursuivez votre démarche, continuez à poser des questions dérangeantes

Publié le 2 juin 2009 - par
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Madame, Monsieur,

Je vous informe avoir finalement reçu hier la commande que j’avais faite du second exemplaire de « Les dessous du voile ». Je vous en remercie d’une part.

D’autre part, je tenais à vous dire combien j’ai été sensible au dernier article intitulé « A mort les profs, à mort les flics ! » signé de Cyrano.
Il soulève des vérités dérangeantes, notamment pour les autorités de l’Education nationale mais pas seulement. En tout cas des vérités dont l’acte même qui consiste à les exprimer fait encore trop souvent peur aux principaux acteurs de terrain de l’Education nationale. Et pour moi qui ai été institutrice pendant plusieurs années en Seine-Saint-Denis, qui sais ce que j’y ai vécu et quelles en furent les conséquences sur ma santé notamment, croyez-moi, la ligne directrice de votre article, en particulier l’abandon de la base par la hiérarchie de l’Education nationale, a eu un écho particulier dans mon esprit.

Pour autant, je ne pense pas qu’il faille être inconscient pour vouloir exercer ce métier. Un enseignant digne de ce nom est souvent une personne qui ne peut ni ne sait – je ne sais si c’est un bien mis c’est un simple constat – rien faire d’autre que d’enseigner parce que la profession d’enseignant demande des qualités spécifiques. Des qualités professionnelles bien sûr, mais aussi des qualités humaines rares. Il n’est en effet jamais anodin de savoir que l’on concourt, à son humble niveau, à l’avenir de la Nation. Accompagner les enfants de la Nation sur le long chemin de l’acquisition de la pensée réfléchie, rigoureuse et indépendante de tout dogme et de toute influence de nature à endoctriner un esprit, est une mission passionnante qui donne aussi la dimension de l’immense responsabilité des acteurs de terrain qui sont en charge de l’avenir des élèves qui sont devant eux.

Ce métier là, on l’a dans la tête et dans le sang ou pas. C’est un peu comme les grands artistes, voyez-vous. Leur sensibilité est si particulière, parfois si extrême qu’ils ne peuvent ne serait-ce qu’envisager d’évoluer dans un autre monde que celui de leur art mais les ignorer revient à mépriser la force des émotions qu’eux seuls sont capables de transmettre dans cet univers de brutes. En un mot, un monde sans enseignants, un monde sans artistes serait, de mon point de vue, un monde sans âme.

Et puisque j’aborde le registre des artistes, parlons de « La journée de la jupe ». J’ai eu la chance de voir ce film dans une salle parisienne bien petite car seulement pourvue de ….. 28 places. C’est dire le peu de publicité, voire le silence qui ont été apparemment imposés pour ne pas dire délibérément organisés autour de ce film dans lequel Isabelle Adjani joue de manière magistrale – comme souvent du reste – le rôle d’une enseignante confrontée à une réalité que d’autres enseignants, eux, vivent, dans la réalité non pas du noble métier d’acteur mais dans la réalité aux conséquences parfois dramatiques de l’exercice de leur également noble métier. Du seul exercice de leur métier.

Je réfléchis, pour ma part et depuis quelques années déjà, à la rédaction d’un ouvrage dont l’essentiel ne serait pas consacré à la description de la situation actuelle – même si cette démarche est par ailleurs à un moment donné inévitable car on ne peut rien proposer sans établir de diagnostic rigoureux à la base – mais bien davantage à l’élaboration d’un Projet laïc digne de la France et donc d’un retour aux sources fondamentales de la laïcité. Simplement, cette réflexion me demande du temps car elle engage notamment une réflexion sur un certain nombre de textes juridiques.

Dans ce contexte précis, je ne vous le cache pas, c’est aussi parce que votre revue répondait et répond toujours à une philosophie précise et dresse des constats rigoureusement réalistes et non pas  » alarmistes  » comme j’ai eu l’occasion de le lire ici ou là, que j’y prête depuis quelques semaines autant d’attention. En d’autres termes, votre réflexion alimente ma propre réflexion : c’est en ce sens qu’elle est enrichissante. Mais c’est aussi parce que je suis un esprit libre que je me permets d’apporter ici une nuance à l’une des phrases de l’article susvisé de Cyrano : « Les gauchistes et toute une partie de la gauche ont décidé de casser l’école de la bourgeoisie, des flics et des curés comme ils le disent. » Je partage le constat. Personnellement, j’y aurais néanmoins précisé que c’est également une partie de cette même gauche qui, sous couvert de défendre l’Ecole républicaine et laïque sur les plateaux de télévision, n’hésite pas à envoyer ses enfants dans les écoles privées.

Poursuivez donc à Riposte laïque dans la démarche qui est la vôtre. Elle m’encourage à persister dans la démarche qui est la mienne et, soyez assurés que, dans les circonstances actuelles, rien de tout ceci n’est anodin.

Il paraît que c’est en ayant de grands rêves que l’on se prépare une grande vie, un grand avenir …. Nous verrons. Mais, pour ma part, j’y crois et me bats chaque jour de ma vie en ce sens. Et sans le savoir vous y contribuez. Pour cela, je vous en remercie du fond du cœur.

Cordialement,

Bonapartine

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