Première analyse de l’audition des 6 associations laïques

Publié le 21 septembre 2009 - par

L’audition de 6 associations laïques devant la commission parlementaire sur la burqa et le voile intégral a montré des approches fort différentes sur la conception de la laïcité, en 2009.

Ce mercredi 16 septembre de 16h 30 à près de 19h a eu lieu l’audition de 6 associations laïques :

– l’Association Des Libres Penseurs de France, dite ADLPF, représentée par Joseph PETITJEAN président national, Marc SIMON, secrétaire général, et Hubert SAGE de la commission Islam et Laïcité,

– le Comité Laïcité République représenté par Philippe FOUSSIER et Patrick KESSEL,

– Europe et Laïcité, avec Guillaume PLAT,

– L’Observatoire de la Laïcité représenté par Jean-Michel QUILLARDET ancien Grand Maitre du Grand Orient de France,

– la Fédération Nationale de la Libre Pensée représentée par Marc BLONDEL, ancien secrétaire général de FO et par Christian EYSCHEN , secrétaire,

– L’Union des Familles Laïques (UFAL) représentée par Marie PERRET et Monique VEZINET.

Le clivage fut net entre les quatre premières associations laïques (ADLPF, Comité Laïcité République, Europe et Laïcité, Observatoire de la Laïcité et les 2 autres. Les 4 premières considèrent que c’était notre société laïque qui était en jeu, et toutes les quatre ont estimé qu’il importait au législateur de déterminer si les libertés publiques étaient menacées par le port en public de la burqa et d’autres formes du voile islamique ostensible et si oui de décider ou non si une loi l’interdisant dans l’espace public était nécessaire.

Au nom de l’ADLPF, je suis intervenu notamment pour dire que si loi il y a, elle devait être fondée sur l’Ordre Public Laïc reconnu à la France par la jurisprudence constante de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) qui autorise les états à édicter de telles lois pour protéger les libertés individuelles et les opinions d’autrui selon les arrêts et les attendus de cette CEDH, et non sur d’autres considérations.

Philippe FOUSSIER eut des mots extrêmement durs contre ceux qui étaient favorables au port de la burqa dans l’espace public, parlant de « Marianne engrillagée » et appelant à une loi d’interdiction.

Guillaume PLAT, d’Europe et Laicité, eut une approche intéressante : « Si la laicité n’est que la stricte séparation de l’Eglise et de l’Etat, alors le port du voile intégral ne relève pas de la laicité; cette conception de la laicité est ce que les anglo-saxons appellent le sécularisme. Le voile islamique intégral, comme le voile islamique ordinaire, la kippa et la tenue des nonnes, constituent un affichage excessif du religieux qui dépasse manifestement la simple liberté de consciernce. Pourquoi ces signes religieux excessifs ne seraient-ils pas réglementés ?
Si on considère qu’un individu , homme ou femme, ne se respecte pas et ne respecte pas les autres en se promenant torse nu dans la sphère publique, est-ce que quelqu’un , en affichant des signes religieux agressifs se respecte et respecte les autres? Reste au législateur de trouver où commence et où finit l’excessif. »

Quant à Jean-Michel QUILLARDET, remarquable orateur, il ne nous a pas déçu, en déclarant : « Le combat de l’humanisme est mené principalement contre le relativisme culturel. Nos valeurs sont issues du siècle des Lumières. La question de la burqa ne se réduit pas au droit des femmes au nom de leur liberté, elle ne peut être abordée au seul nom de la culture ou tradition française, elle va au delà des considérations sur la sécurité publique. Le Parlement doit se pencher sur une loi interdisant le port de la burqa au nom du principe de laïcité… »

Marc BLONDEL, de la Libre Pensée intervint pour s’opposer à toute loi interdisant le port de la burqa dans l’espace public au nom de la liberté individuelle, faisant référence, entre autres, à l’interdiction du pantalon pour les femmes sous Napoléon et de la minijupe chez les colonels grecs (1). Il multipliera les parallèles ahurissants, dans un seul objectif ; intimider les députés, et les dissuader de voter ce qu’il appelle “une loi liberticide, incompatible avec la laïcité”. Seulement il passa sous silence le soutien du Parti Ouvrier Indépendant dont beaucoup de responsables, comme Christian EYSCHEN sont également aux manettes de la LP, au régime d’AHMADINEJAD en Iran, et donc l’oppression des femmes obligées de circuler en tchador dans ce pays, ce qui, évidemment disqualifie toute condamnation du port du voile intégral en France (2). Il demandera l’audition de la LDH et de la Ligue de l’Enseignement. Je l’ai entendu, à la fin de l’audition, recommander à André Gérin celle de Mohamed Sifaoui.

Nous avons eu droit au classique discours philosophique, totalement coupé des réalités quotidiennes, de Marie PERRET, qui, certes, engage l’UFAL pour la première fois à se prononcer pour une loi interdisant le voile intégral mais refusant catégoriquement, craignant le blasphème, que cela soit au nom de la laïcité (!!!). Elle demanda que cela soit au nom « du refus de considérer les femmes sous burqa comme une classe d’intouchables !!! ».

Le résultat ne se fit pas attendre: les deux députées, qui se sont faites remarquer par des interventions peu favorables aux principes laïques (Sandrine Mazetier, qui avait violemment interpellé la présidente de Ni Putes Ni Soumises lors d’une audition précédente, alors que celle-ci demandait une loi pour garantir les libertés individuelles des femmes d’origine maghrébine, et George Pau-Langevin, qui défend l’islam et Dounia Bouzar, alors que cette dernière a irrité l’assemblée, lors de son audition) louèrent sa « hauteur de vue ». Par contre, plusieurs autres députés lui firent remarquer l’incohérence de sa thèse, qui limite la défense de la laïcité dans la seule école, et ce jusqu’au lycée (rappelons que l’Ufal défend le voile à l’université), et dans les services publics.

Charles ARAMBOURROU, juriste de renom de l’UFAL a publié récemment un texte en accord avec la thèse que j’ai maintes fois défendue sur la jurisprudence constante de la CEDH au sujet d’une loi protégeant les libertés individuelles et le caractère laïc de notre société par des interdictions du voile islamique ostensible dans l’espace public, désavouant ainsi cette conception de refus de prise en compte de la laïcité.

A la fin de l’échange avec les députés de la commission, j’ai fait d’ailleurs remarquer que fonder une loi d’interdiction ou de limitation du port du voile intégral dans l’espace public sur des concepts philosophiques particuliers qui ne relèvent pas d’analyse consensuelle universelle risquait d’ailleurs de faire condamner cette loi par cette même Cour Européenne Des Droits de l’Homme pour son caractère discriminatoire vis à vis d’autres conceptions philosophiques.

Cette audition a servi entre autres à faire apparaître au grand jour les associations qui ont compris la spécificité de la situation, et celles qui veulent à tout prix préserver le dogme contre la réalité quotidienne.

Hubert SAGE

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(1) Blondel, 1re partie : http://www.youtube.com/watch ?v=GICBMsfHfuw

Blondel, 2e partie : http://www.youtube.com/watch ?v=RTZSqIrexMc

(2) https://www.ripostelaique.com/Les-trotskistes-lambertistes.html

(3) http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/legiferer-sur-le-voile-integral-oui-au-nom-de-la-la-laicite-non/570

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