Près de 50 % des maires abandonnent

Dans une information récente, au congrès des maires, la nouvelle ne devrait pas surprendre : près de la moitié des maires de France, surtout ceux des petites communes rurales ne se représenteront pas aux prochaines élections. Les raisons sont multiples et elles sont données dans le livre : « Maires à la dérive ou dérives des maires ».

Personnellement, entre  2008 et 2014, j’ai été élu au conseil municipal de ma commune et ma liste a emporté tous les sièges sauf un. Mais étant très occupé par de nombreuses activités et voyages à l’étranger, je n’ai pas voulu être maire mais adjoint à la culture, à l’agriculture (sic, moi le rat des villes) et au CCAS. J’ai pendant six ans vécu les difficultés du rôle de maire et de ses assistants.

Le premier qui est d’importance, c’est la mobilisation du maire dans une petite commune de 4 000 habitants : il est à la disposition de ses concitoyens et de la préfecture 24 /24 et 7/7 s’il y a un problème sérieux : inondation, incendie, trouble quelconque, manifestation. Il intervient dans les conflits de voisinage, familiaux, sportifs.

Il fut un temps, vers les années 50 et avant, entre les deux guerres et avant la guerre de 14, où trois piliers s’occupaient d’un village : pour les questions spirituelles, familiales et morales, le curé jouait son rôle. Pour le côté éducatif et aide sociale dans une certaine mesure, se trouvait l’instituteur. Enfin, le maire réglait les problèmes administratifs, le budget et le bien-être de ses concitoyens.

Deux piliers ont totalement disparu, le curé et l’instituteur qui n’a plus de respect et surtout d’influence sur la population. Tout retombe sur le dos du maire. Beaucoup n’en peuvent plus, surtout qu’ils sont critiqués et accusés de tous les maux. La solution qu’ils proposent n’est pas assez bonne et l’opposition dégaine vite.

Quand un maire est soutenu par un parti politique et dirige une grande agglomération, le travail est rémunéré et les responsabilités partagées par des groupes de travail. Mais vivez dans une commune de mille habitants et c’est une autre paire de manches : les difficultés sont les mêmes, mais avec un sac de cacahuètes à la fin du mois et un épuisement en fin de mandat.

Il y a aussi un grave problème moral dont beaucoup de maires ne veulent pas parler : les lobbies, souvent sous la forme d’associations, de clubs qui réclament des subventions pour avoir aidé pendant les élections. D’où, partout des copinages inacceptables, du favoritisme honteux et pratiquement aucune commune, grande ou petite, n’échappe à ce phénomène. C’est humain, ceux qui ont contribué avec leur temps, et parfois quelques deniers, à faire gagner leur candidat, il est tout à fait normal qu’ils viennent solliciter quelques petites faveurs.

Parfois, un scandale éclate, mais en général, c’est passé sous silence car cela fait partie du jeu et l’opposition attendra son tour pour pratiquer les mêmes méthodes. On se passe le chapeau et tout le monde est réconforté que leur tour arrivera.

De moins en moins de candidats dans les zones rurales sont tentés par cette aventure administrative, surtout que les budgets deviennent de plus en plus serrés. Dans ma commune, aux dernières taxes d’habitation, il y a eu une augmentation de près de 20 % et les bienfaits de la réduction de la taxe par Macron ont disparu.

Quel tollé, et quelles critiques le maire a subies ! Il ne se présentera plus, ce qui fut mon propre cas : un mandat m’avait suffi pour m’éclairer sur les problèmes des maires.

Alors, un retraité ou un cultivateur va se dévouer pour combler le poste. Mais la population n’en vivra pas mieux, surtout qu’à présent, le numérique envahit tout et les vieux sont perdus devant les démarches administratives. Le monde, dans ces régions, n’est pas en progrès, il recule !

Dans le livre, il est préconisé de diminuer drastiquement le nombre de communes : de 36 000 (dont certaines dues à la Grande Guerre ont été rayées de la carte mais continuent à porter leur nom en mémoire !), on devrait passer à moins de dix mille. Je prends le cas de ma région, le Luberon, les villages sont dispersés, mais avec des hameaux proches qui ont leur mairie. Un groupe de maisons qui comptent 200 habitants ne devrait plus avoir d’administration indépendante et être associé à un regroupement de communes. Or, la maladie de la France se retrouve à ce niveau : on ajoute une couche à une couche et on étouffe et on dépense beaucoup d’argent pour rien. Le hameau aura sa mairie et ses bâtiments communaux mais fera partie pourtant d’une communauté de communes.

De plus, la fierté et l’orgueil des maires dérapent : ils veulent une piscine municipale, un tennis, un terrain de foot, une salle des fêtes, une mairie grandiose, souvent hors normes, comme la nôtre, et financer un grand nombres d’associations avec souvent un budget riquiqui.

Et maintenant, elles deviennent de plus en plus inutiles : la nôtre n’accepte plus un certain nombre de services : carte grise, carte d’identité, passeport, subventions pour les écoles, service de voirie et d’ordre. Tout est remis entre les mains de sociétés privées. La paperasserie, cependant, reste imposante et demeure entre les mains des employés municipaux dont les effectifs augmentent. À ne rien y comprendre : moins de responsabilités, plus de personnel. Comment la France peut-elle s’en sortir et comment trouver des candidats lorsque, au moindre dérapage, ils peuvent être traînés en justice.

Ce fut un soulagement lorsque je quittai le conseil municipal. J’avais assez d’expérience et d’éléments pour rédiger mon livre !

André Girod

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11 Commentaires

  1. ce qui est dommage c’est que dans certains villages la mairie est tenue par des clans qui ont participe a son election,ce qui par la suite divise encore la population,qui au lieu de participer a la vie de la commune se confinent chez eux,.Certaines communes ,meme tres petites ont la chance d’avoir des maires réussissant a federer leurs administres ,mais tous n’ont pas cet altruisme de faire passer leurs communes avant eux memes

  2. pourtant certains d’entre eux s’accrochent a ce petit pouvoir de petit chef,un pouvoir modeste bien sur ,orgueil ou besoin absolu de ce tres petit salaire de maires de toutes petites communes ,de plus en plus desheritees,salaire bien derisoire en fonction de tous les tracas,mais malgre tout certains s’accrochent ,mais peut etre ,ce bien maigre salaire vient en complement d’une petite retraite bien insuffisante?

    • bien dit , l’occasion fait le larron , les émoluments de maire viennent compléter un manque à gagner ! Ceci étant petites ou grandes communes les idées pharaoniques ne manquent pas , défaire ce qui a été fait au niveau de l’embellissement des lieux , des arbres coupés ( quelle horreur ) remplacés par des atrocités inutiles …… Je que je déplore c’est copinage et cie . Certains Maires ne s’en privent pas . Supprimons les banquets pour les diverses commémorations le budget commune s’en portera beaucoup mieux ! et la taxe habitation aussi !

  3. Macron a encore gagné!
    La moitié des maires qui ne se représentent pas, ça promet des vacances dans nombre de communes et des regroupements. Passer de 36.000 communes à quelques milliers, l’objectif est en vue.
    La concentration capitaliste ne touche pas que les multinationales. Éloigner le Peuple des centres de décision, voià l’objectif. C’est fait avec l’europe du fric, reste à réduire les « territoires ».
    La démission n’est pas la solution, Mmes et Mrs les Maires. Faites face! Soutenez la République contre ses fossoyeurs.

  4. Je persiste à penser que celui qui devrait être élu est celui qui ne l’a pas demandé mais dont on connait la sagesse et les compétences ….

    • en principe oui, mais la réalité est tout autre , se cachent les intérêts que l’on peut en obtenir , et pas les moindres !

  5. « … ceux qui ont contribué avec leur temps, parfois quelques deniers à faire gagner leur candidat, il est tout à fait normal qu’ils viennent solliciter quelques petites faveurs. »

    Non, mille fois non ! C’est justement avec ce genre de complaisances qu’on aboutit à l’échec d’une démocratie.

    Si vous participez à une campagne électorale en tant que volontaire ou donateur, faites-le honnêtement, parce que vous êtes convaincu d’agir pour le bien général. Vous exercez ainsi votre droit – en fait, votre devoir – d’influer sur la gestion et l’avenir de votre communauté, de votre pays. Tirer profit de ce droit conquis de haute lutte c’est l’avilir, c’est prouver que vous n’en êtes pas digne.

    Il n’y a pas de ‘petites faveurs’ en politique. Il y a la corruption, un point c’est tout.

  6. Le maire le curé l’instituteur le docteur !!! des intouchables dans nos villages ou sans 06 nous savions leur dévouement et leur droiture ….mais ça c’etait avant . On connaissait le budget de la commune et les priorités puisque les conseillers municipaux etaient a proxi et qu’il etait facile d’indiquer ou ce situait un probleme urgent a regler . Maintenant les maires sont des tetes de turques ,des éxécutants qui n’ont pas le droit a l’erreur sous les fourches caudines de la dictature des bobos parisiens qui n’ont aucun bon sens et qui lors des échecs qu’ils ont provoqué ne sont responsable de rien . Dans les villes moyennes sont parachutés des activistes a grandes gueules depuis la capitale qui n’ont aucunes notions des besoins des locaux !!!

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