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Présidentielles polonaises du 28 juin 2020 : ça promet au second tour !

Duda mène sa campagne présidentielle, Trzaskowski sa compagne présidentielle

Un premier tour sans surprises : un taux de participation élevé malgré la bestiole chinoise toujours active, une forte mobilisation émotionnelle et une hiérarchie des pourcentages passablement conforme aux sondages. Trzaskowski score mieux que prévu et explose les 30 %, pas mal pour cet outsider de dernière minute !

résultats élections pologne 1er tour élections

Données de la Commission électorale après 99,77 % des dépouillements : Duda 43,67 %, Trzaskowski 30,34 %, Holownia 13,85 %, Bosak 6,75 %.

Malgré sa victoire éclatante au premier tour, il ne sera pas particulièrement aisé pour Duda d’aller chercher le solde de plus de 6,33 % le dimanche 12 juillet. Si son électorat de province lui restera entièrement fidèle au second tour, il faudra aller puiser les voix manquantes ailleurs. Mais où ?

Troisième avec 13,85 % des voix, le chrétien sans parti Holownia déclare : « Je sais pour qui je ne voterai pas », une cinglante condamnation de la candidature de Duda. 80 % environ de ses électeurs voteront Trzasko, c’est vous dire à quel point l’animosité envers le PiS est forte.

La bataille devrait se jouer autour de l’électorat de Krzysztof Bosak, le candidat de la Confédération nationale-conservatrice, majoritairement catholique et moyennement eurosceptique. La majorité des experts prévoit le vote sanction de 60-70 % de ses électeurs au profit de Trzasko. Bosak a lui-même déclaré « qu’il n’indiquerait pas du doigt pour qui voter » mais n’importe quel quidam sait qu’il se la jouera Rafale.

Fait assez cocasse, certains Varsoviens partisans de Trzasko ne voteront pas pour lui, tout simplement pour le conserver au poste de maire de leur métropole. In-cre-di-bi-le !

Notons le couac socialiste : son candidat Robert Biedron est dans les choux de Bruxelles avec 2,21 % des voix.

Les Verts sont entièrement absents du suspense. En Pologne, on sait qu’avec eux le ciel sera bleu, l’herbe verte et l’avenir noir. Oh pardon, sombre.

La diaspora polonaise s’est également exprimée : Duda vainqueur aux USA, Trzaskowski largement gagnant en Grande-Bretagne qui héberge tout de même plus d’un million de Polonais.

Duda contre Trzaskowski, l’orbanisme contre l’urbanisme

Outre « la préservation des valeurs familiales », l’émission de bons touristiques suite au tsunami Covid-19 (Croatie-19 ?), Andrzej Duda promeut entre autres la mise en œuvre de gigantesques chantiers publics comme la construction d’un nouvel aéroport au sud-ouest de Varsovie ou le creusement d’un canal traversant la presqu’île de la Vistule, reliant ainsi directement le port d’Elblag à la Mer Baltique et évitant de la sorte la contrainte du détroit de Baltiïsk. Depuis les années 90, la Russie y interrompt épisodiquement la navigation. L’indépendance géostratégique totale vis-à-vis du Kremlin : une obsession polono-polonaise.

Zatoka Gdanska : baie de Gdansk
En orange : tracé direct Elblag-mer Baltique visant à éviter de passer par le détroit de Baltiysk.

Son adversaire Rafal Trzaskowski mise sur l’autogestion des pouvoirs publics des 16 voïvodies (provinces) et des 380 powiats (districts), mieux à même de décider de leurs besoins que le pouvoir central. En matière sociale, il propose une promotion de la gratuité des crèches et des maternelles et un financement des investissements écologiques.

Les enjeux du second tour sont évidents : soit le PiS de Duda conserve un pouvoir quasi sans partage jusqu’en 2023 à savoir jusqu’aux prochaines élections parlementaires, soit la nouvelle présidence libérale-conservatrice modère les relents rien moins qu’autoritaristes du Parti et tente non seulement de mettre un terme à la mise au pas de l’appareil judiciaire polonais mais aussi de retaper l’image de marque d’une Pologne considérée non sans raisons comme la plus mauvais élève du Club des Vingt-sept.

Pologne éthique : direction Budapest ou Bruxelles ?

On pourrait dire Dudapest ou Bruxellowski, tant la polarisation autour de cette question est devenue forte. Des familles entières sont clivées à ce sujet, allant même jusqu’à l’œil au beurre noir. Oh désolé, jusqu’au beurre.

Que le meilleur gagne et j’espère donner tort dans deux semaines à tous mes adversaires prétendant que Trzaskowski n’est qu’une Rafale de vent. Au contraire, c’est l’efficacité Dassault anthropomorphisée.

Richard Mil

Rafal Trzaskowski 28 juin 2020 : avanti avanti Polonia !

Andrzej Duda en campagne : tradition avant tout !