Présidentielles polonaises : victoire sur le fil d’Andrzej Duda

12 juillet 2020 • Le couple Duda et sa progéniture

L’un incarne l’affirmation de la dictature soft du parti PiS sous le couvert d’un président neutre, l’autre le pluralisme façon mainstream UE. Duda brandit l’aigle polonais et la Bible, Trzaskowski son pragmatisme gestionnaire : à chacun son patriotisme.

Dictature ? Aucun moustachu à l’horizon. Le paramétrage du terme dictature en version Pologne 2020 se définirait comme la tendance à vouloir annihiler toutes les revendications des partis aux options opposées à celles incarnées par le pouvoir – plus précisément le parti PiS au pouvoir – par mainmise anticonstitutionnelle sur l’appareil juridique, instrumentalisation exacerbée du clergé et entrisme PiS dans des proportions jamais atteintes en Macronie. Si LREM est une bulle, PiS est une ossature des plus ancrées dans les institutions polonaises.

Verdict

Exit poll 12 juillet 2020 21 h 00 Duda 50,4 % Trzaskowski 49,6 %
Late poll 13 juillet 2020 01 h 00 Duda 50,8 % Trzaskowski 49,2 %
13 juillet 16 h 00 Duda 51,12 % Trzaskowski 48,88 %
Taux de participation record : 68,1 %

Résultats définitifs publiés le 14 juillet 2020

Et la Polonia ou Polonais vivant extra muros ? Duda vainqueur aux USA et au Canada, Trzaskowski vainqueur en Europe, de manière assez écrasante en Grande-Bretagne où vivent près d’un million de Polonais.

12 juillet 2020 • Croatie, Split, Consulat de Pologne : un kilomètre de file

Premier tour 28 juin 2020, 11 candidats

Taux de participation 64,51 % : Duda 43,5 %, Trzaskowski 30,46 %, à eux deux 73,96 % des votants. Les 26,04 % restants – suffrage des 9 candidats – se sont donc rabattus pour plus des deux tiers sur Trzaskowski : un enseignement révélateur s’il veut jouer le rassembleur de l’opposition lors des prochaines législatives 2023 ou même avant et dans quelque contexte que ce soit. Retenez bien ce nom : Trzas-kow-ski.

28 juin 2020 • Vote du 1er tour à Paris

Duda, l’homme du peuple

Ventilation Ipsos 12 juillet 2020 21 h 41 selon le degré d’instruction

Ont voté…
Électeurs ayant terminé l’instruction primaire : Duda 77,3 %, Trzasko 22,7 %
Électeurs avec formation technique : Duda 74,7 %, Trzasko 25,3 %
Électeurs avec formation moyenne : Duda 50,3 %, Trzasko 49,7 %
Électeurs avec formation supérieure ou universitaire : Duda 34,1 %, Trzasko 65,9 %

Duda, l’homme du peuple vénérable

Ventilation Ipsos 12 juillet 2020 21 h 41 selon les années au compteur

Ont voté…
18-29 ans Duda 35,6 %, Trzasko 64,4 %
30-39 ans Duda 44,6 %, Trzasko 55,4 %
40-49 ans Duda 44,8 %, Trzasko 55,2 %
50-59 ans Duda 59,1 %, Trzasko 40,9 %
60-99 ans Duda 67,1 %, Trzasko 32,9 %

Sans surprise, Trzaskowski a conquis le cœur des jeunes et Duda a conservé celui d’une Pologne plus traditionnelle. Tout s’est joué à 500 000 voix environ (sur 30 millions d’électeurs potentiels).

La Pologne, c’est Paris contre Province

Le PiS a pêché ses électeurs dans les campagnes et les gros villages. La gentrification a fait parler d’elle : Trzaskowski a bénéficié du soutien massif des métropoles – en décrochant les cinq plus grandes villes polonaises – et de la grande majorité des maires polonais, promesse de décentralisation oblige.

Exemple frappant en Voïvodie de Petite-Pologne : sa capitale Cracovie (770 000 habitants) est remportée par Trzaskowski à 61 % mais la voïvodie dans sa totalité (3 400 000 habitants) par Duda.

Trzaskowski vainqueur à l’Ouest, Duda à l’Est
Trzaskowski remporte 10 voïvodies, Duda 6 voïvodies

Celui qui croit en Duda ne croira jamais en Trzaskowski

Les deux blocs politiques PiS et PO sont terriblement consolidés et 35-40 % de la population polonaise est composée de calotins totalement immuables, indéfectiblement pro-PiS. En Pologne, celui qui croit en Duda ne croira jamais un mot de Trzaskowski. Et vice versa… Au second tour, tout l’art résida en comment convaincre les non convaincus ? Trzaskowski fit mieux que son concurrent mais cela ne suffit point et Duda trouva un quota suffisant de zélateurs. La messe est dite.

Quoique peu agressive si ce n’est verbalement, cette campagne présidentielle fut terriblement émotionnelle, un véritable conflit idéologique et culturel profond dépassant toute division sociale.

Grille de lecture schématisée : un candidat neutre contre un candidat neutre envers son propre électorat. Un Duda au logiciel PiS faisant appel à l’anti-allemand, à l’homophobie et remplaçant les fondements de l’aimable religion chrétienne par une idéologie ultra-catholique, construisant une image un peu biaisée de la « famille parfaite ». Quant à Trzasko, il se fait une toute autre idée du patriotisme. Avec lui, on range le créationnisme au profit de l’évolutionnisme (politique selon moi)

Duda : la gaffe inoubliable du 13 juin

Le meeting se tient à Brzeg, entre Wroclaw et Opole. Duda : « On essaie de nous faire croire que ce sont des gens (les homos et lesbiennes), mais c’est simplement une idéologie (LGBT) ». Il qualifie également le mouvement LGBT de… néo-bolchevisme ! Tollé non seulement au sein de l’opinion publique – en ce non compris les bigotes chassant les « parasites » à coups de parapluie – mais également à l’étranger. Cela fait bien une demi-décennie que Berlin ne se fait plus d’illusions au sujet du gouvernement PiS, attention à l’effet boomerang de la Commission européenne, registre subsides au développement.

On rappellera ici à Duda que le Conseil de l’Europe de Strasbourg – la Russie l’a d’ailleurs réintégré en 2019 – a émis en 2015 de strictes recommandations au sujet de l’intolérance envers les minorités sexuelles. L’immixtion de la sphère publique dans la sphère privée, c’est dans le registre des régimes totalitaires, M. Duda ! Mère Nature créa bis, homos et lesbiennes, il faut l’accepter sans porter de jugement de valeur, point barre. Dans le cas contraire, on fracture la société façon cutanée #BLM.

13 juin 2020 • Duda à Brzeg, Basse Silésie

Télévision publique TVP : réminiscence seventies

Début juillet, le Frankfurter Allgemeine Zeitung décrit la télévision publique polonaise TVP comme un tube de propagande PiS. Il est vrai qu’avec le retour de Jacek Kurski (PiS, ambitions politiques personnelles à peine masquées) à la tête de TVP, on pouvait s’attendre à un festival de propagande façon parti communiste 70s selon les instructions du cador PiS Jaroslaw Kaczynski. Et pour ce dernier, Andrzej Duda est irremplaçable car malléable à merci, la docilité dans toute sa splendeur.

Le correspondant FAZ à Varsovie constate que TVP s’est débarrassé de toute déontologie résultant de sa mission de diffuseur public et mène une propagande pour Andrzej Duda. Décrivant la manière dont les actualités TVP « Wiadomosci » ont présenté les deux candidats Duda et Trzasko, FAZ estime qu’il s’agit de modèles connus avant 1989 : louange des actions du gouvernement et focalisation sur les erreurs de l’opposition. Pratiquant moi-même le polonais, je confirme être en phase avec FAZ : on s’assotte à être scotché à TVP.

S’il est vrai que les chaînes publiques françaises brillent de bien-pensance, la disparité va très nettement en défaveur de leurs équivalents polonais. Pour ma part, j’ai tout de même la possibilité d’écouter tous les soirs sur LCI des Odoul, Geoffroy et Roquette, donc rien n’est perdu…

Jacek Kurski, le boss TVP
Pacte faustien oblige, il fera de vous ce que le parti PiS en décidera

Débats médiatiques pathétiques

Un débat présidentiel multi-candidats a eu lieu le 17 juin dans les studios TVP. Une remarquable parodie d’impartialité qui a vu le présentateur TVP Michal Adamczyk orienter les débats en faveur de son employeur PiS, ce qui scandalisa les onze moins Duda = 10 présidentiables. Au moyen de questions remarquablement usinées, le brave Adamczyk tenta de persifler Trzasko & Co et de ripoliner Duda, avec effet contraire au résultat escompté. Tout cela n’a évidemment pas échappé à Bruxelles et à Berlin…

17 juin 2020 • Débat 1er tour des présidentielles
Le duo Duda-Adamczyk en vedette et les 10 accessoires présidentiables

Le monologue du second tour

Après le premier tour du 28 juin, la chaîne indépendante TVN24 a organisé un débat entre Trzaskowski et Duda, ce dont a droit toute nation civilisée. Mais Duda s’est dégonflé, pensant à juste titre passer sous les fourches caudines, tant les gabegies et la tambouille PiS auraient été dévoilées. Trzasko fait preuve d’une réelle intelligence politique face au téléprompteur Duda et ceci explique cela.

Résultat des courses ? TVP a organisé le 6 juillet un débat présidentiel du second tour à Konskie en voïvodie de Sainte-Croix : Duda vs Duda, la démocratie monologue au sommet de son art ! Quand on est seul face à soi-même, on gagne toujours. Trzaskowski a répliqué le jour même en participant individuellement au débat Trzaskowski vs Trzaskowski à Leszno, entre Poznan et Wroclaw.

Ces deux débats furent en réalité un jeu de questions-réponses entre internautes et présidentiables. Selon les sondages, Duda a remarquablement limité la casse en se soustrayant au débat commun et aurait même battu Trzasko au duel monologue…

6 juillet 2020 • Rafal vs Trzaskowski

À chacun son vainqueur

Âme républicaine, j’accepte la victoire de Duda, dont le mandat sera reconduit le 6 août 2020. Mais le véritable vainqueur de cette campagne haletante est le libéral-conservateur Trzaskowski, un outsider présidentiable venu de nulle part qui a fait mieux que tenir tête à un Duda « TVPrésident » disposant de nettement plus de moyens médiatiques que son adversaire.

Bon nombre d’observateurs familiarisés aux réalités polonaises vous le confirmeront : l’élection de Trzaskowski eût été un événement disruptif sain apportant un contre-pouvoir au PiS majoritaire à la Diète, sans compter le rétablissement de rapports courtois envers Berlin et Tel-Aviv. La Pologne est une nation bien trop avancée pour jouer les républiques bananières biélorusses. Objectif 2030 ? Devenir la 4e puissance économique européenne. Cerveaux et main-d’œuvre sont au rendez-vous, GO POLAND !

Trzaskowski conserve son poste prestigieux de maire de Varsovie, acquis en 2018 par une victoire sans appel (56,67 %) sur son rival PiS Patryk Jaki (28,53 %)

Pour illustrer mon point de vue en fonction des préférences marquées des lecteurs RL&RR, je dirais qu’en termes d’efficacité, Duda est à Trzaskowski ce que Trump est à Poutine. Le docile Duda n’a ni la carrure ni l’intelligence politique d’un Orban dont la fermeté en 2015 a fait jurisprudence, informelle selon certains.

Contrairement à l’Hexagone, la Pologne ne souffre d’aucune menace identitaire. Il y a bien plus d’un million d’Ukrainiens sur place mais ils ne représentent en rien une force centrifuge, bien au contraire. En ce sens, le PiS est hors du temps et sa chute n’est plus qu’une question de temps.

La page est tournée, priorité maintenant aux législatives et présidentielles françaises 2022. Car la France est la nation européenne la plus menacée par le PiSlam et toutes nos énergies doivent être orientées en ce sens. Autant un PiS à rebrousse-poil me paraît indésirable en Pologne, autant le RN a des raisons de progresser en France : aux grands maux, les grands remèdes.

Richard Mil+a

Trzaskowski durant la campagne présidentielle

This is Poland…

« Zone exempte de LGBT »

Pologne non épargnée par les Sorophobes : « Rafal Trzaskowski et les forces occultes »

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13 Commentaires

  1. Suite à vos propos récents à mon égard, je voulais vous nommer 1° Ministre…. MDR !
    C’eut été un PIS aller !

  2. comme le dit justement Zemmour , Féminisme et LGBT c’est la dictature des minorités

  3. « Électeurs avec formation supérieure ou universitaire : Duda 34,1 %, Trzasko 65,9 % »
    Avec de tels résultats en France vous déclareriez que Trzasko est le candidats des jeunes nantis bobos …

    • Attention , la formation supérieure ou universitaire des libérauxgauchos est souvent de type sciences popol ou sciences sociales : à se tordre de rire !
      Tu parles de grands diplômes : ce sont des perroquets de la pensée unique

      • Qui a voté pour Trzasko ? Les médecins, les architectes, les scientifiques, les professions libérales. Comprenne qui voudra.

        • Aux Usa les universités, en toutes matières, ont été infiltrées par les marxistes et Soros et Cie. Il doit en être de même en Pologne.
          Être médecin ou architecte ne met pas à l’abri de l’indifference envers le sort de son pays et de son peuple ; souvent des membres de cette profession, aveuglés par le bling bling mondialiste, n’ont d’autre objectif moral que de s’en mettre plein les poches et de se donner l’illusion d’appartenir à une élite  » avancée ». Le snobisme est l’un des moteurs d’adhésion à l’idéologie mondialiste, pour d’autres, c’est la haine des Nations.

  4. Quelle belle déclaration d’amour au libéral libertaire (= capitaliste sur le plan économique, gauchiste sur le plan social) soutenu par les immigrationnistes, islamophiles et socialos, bobos gauchos et autres LGBT…

    Cela se confirme : l’amour rend aveugle !

    Moi, je félicite les Polonais lucides ou méfiants envers ce candidat « tape à l’oeil » (comme Macron) qui ont réélu le président Duda, lequel a extrêmement bien géré son pays : plein emploi, croissance économique forte, et excellente gestion de l’épidémie du coronavirus.

    Rappelons les chiffres : en Pologne, 41 morts par million d’habitants, contre 447 morts par million d’habitants en France (une catastrophe complète).

    Et je ne parle même pas des résultats économiques miteux de la France dirigée par Macron. Il n’y a pas photo…

  5. Duda a parfaitement identifié le mouvement Lgbt en mouvement néo bolchevique. En fait il est l’une des tentacules du mouvement bolchevique dont l’objectif de ce dernier est la négation des lois naturelles afin de construire un  » homme nouveau » déconnecté de son identité sexuelle et raciale / ethnique.
    Si la nature produit des homos ( les bis je n’y crois pas) c’est en raison d’une défaillance. Cette défaillance ne justifie en rien d’être institutionnalisée et promue comme une normalité parmi d’autres.

    • « Si la nature produit des homos ( les bis je n’y crois pas) c’est en raison d’une défaillance. » Tout à fait d’accord. Et même, la défaillance est souvent une circonstance sociale, soit une impossibilité (par exemple éloignement), soit un interdit (absence d’union matrimoniale). Mais la promotion actuelle de l’homosexualité est de manière évidente un moyen de plus d’euthanasier la population occidentale. Le fait qu’il devienne tabou de dire « qu’on est bien dans les bras d’une personne du sexe qu’on n’a pas » devrait rendre les choses claires même pour les aveugles.

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