Primaire Joly-Hulot : avec les Verts, tout est toujours possible !

La France retient son souffle ! Pour tout le monde, les carottes, bio, bien sûr, sont cuites, les dés sont jetés, la Franco-norvégienne Éva Joly, et son inimitable accent qui fait craquer Christine Tasin (1), devrait l’emporter haut la main sur un Nicolas Hulot qui parait résigné à sa défaite. En effet, au premier tour, il n’a manqué que quelques voix à l’ancienne juge pour être élue, ridiculisant encore davantage son rival, qui a dû se contenter de 40 % des voix. Eh bien Nicolas Hulot a tort de se résigner à la défaite, et devrait se souvenir de la primaire historique des Verts, qui, il y a dix ans, devait permettre aux militants de désigner leur candidat aux présidentielles.
A l’issue du premier tour, Noël Mamère paraissait se diriger vers une victoire triomphale, comptant 42;78 % des voix, contre seulement 25,65 % à son principal rival, Alain Lipietz. Et pourtant, au deuxième tour, par un de ces tours de magie qui font l’originalité et le charme des Verts, le député-maire de Bègles mordait la poussière, et, à la surprise générale, c’était Lipietz qui raflait la mise, avec 50,2 % des voix ! (2)
On aurait pu penser donc que l’ensemble d’un parti qui se flatte de faire de la politique autrement allait se retrouver autour de l’heureux vainqueur  qui saurait fédérer son camp autour de ses thèmes de campagne. Malheureusement pour lui, ce fut un peu plus compliqué. « Le Canard Enchaîné » commença à faire connaître des liens passés entre Lipietz et des autonomistes corses. D’autres articles laissèrent entendre que le candidat aurait été l’éminence grise, au niveau économique, de certaines tendances d’un mouvement qui n’avait pas toujours brillé par ses traditions démocratiques. Quelques mois après l’assassinat du préfet Erignac, cela commença à faire désordre… Égal à lui-même, allant au bout de sa logique ultra-boutiste, Lipietz arrangea son cas… en réclamant ni plus ni moins l’amnistie pour les autonomistes corses, qualifiés de combattants…
Naturellement, l’effet électoral fut désastreux, et rapidement, les intentions de vote des écologistes tombèrent de 7 à 8 % à 1 %… si Lipietz demeurait le candidat. Que croyez-vous que fît Voynet, à l’époque grande cheftaine du mouvement ? Elle décida que le vote des militants ne pesait rien, et que le score électoral des Verts était autrement plus important. Dans un de ces psychodrames qui ont fait tant rire la France, elle a donc sommé Lipietz de retirer sa candidature, et supplié Mamère de redevenir le candidat ! Celui-ci, se drapant dans sa dignité, et le respect du suffrage des militants, déclarera, dans une tribune célèbre, publiée par Libération, que sa décision était « irrévocable ».
Une journée plus tard, super-Mamère acceptait de se sacrifier pour « sortir les Verts du rouge » et offrait sa personne à la cause (3) ! Il sera donc le candidat des Verts, en 2002, et obtiendra 5 %, le même score que Chevènement…
C’est pourquoi, à la place de Nicolas Hulot, nous garderions l’espoir. Certes, dix ans plus tard, les Verts paraissent avoir mûri, et leurs querelles internes font moins rire la France qu’avant. Mais avec eux, tout est toujours possible.
Certes, une victoire d’ Hulot serait une surprise au moins aussi forte que celle de 2001. On peut donc penser que ce genre de scenario se reproduit rarement et que très probablement Éva Joly va l’emporter…
Mais la victoire de la franco-norvégienne ne signifie absolument pas qu’elle sera candidate en 2012. Si les sondages s’avéraient rapidement catastrophiques pour elle, un scenario digne de celui qui a tenu en haleine la France, dix ans plus tôt, serait possible, et nous rêvons de voir la nouvelle cheftaine verte, Cécile Duflot – celle qui a appelé sa fille Térébentine – jouer la partition de Voynet dix ans plus tôt, éjecter Éva, et supplier Nicolas de revenir…
Malgré tout, un autre scénario parait plus probable. Si, par malheur, les sondages étaient mauvais pour la gauche, et que le risque d’un nouveau 21 avril devait se produire, avec l’élimination de tout candidat au 2e tour (autrement dit un duel Sarkozy-Le Pen), nul doute qu’au nom de la défense de la démocratie, et de la lutte contre le « fascisme », Cécile Duflot saurait monnayer le retrait d’Éva Joly (ou de Hulot) par un nombre conséquent de sièges de députés , ce qui permettrait de faire passer la pilule aux militants, et de leur expliquer qu’encore une fois, on n’a pas tenu compte de leur vote, mais que c’est pour leur bien…
Mais laissons aux militants Verts, qui, contrairement aux socialistes, ne demandent pas aux Français de désigner leur candidat, la douce illusion qu’ils vont, par leur vote, décider souverainement de qui les représentera pour la présidentielle de 2012.
Nous on l’avoue, on s’en moque un peu, pour nous, Éva ou Nicolas, c’est bonnet vert et vert bonnet !
Martine Chapouton

(1) http://ripostelaique.com/eva-joly-naime-pas-la-france-et-la-civilisation-occidentale-mais-elle-se-pame-devant-lafrique%E2%80%A6.html
(2) http://www.liberation.fr/evenement/0101378013-alain-lipietz-investi-noel-mamere-mis-au-vert
(3) http://www.liberation.fr/evenement/0109389807-voynet-convainc-mamere-de-sortir-les-verts-du-rouge

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