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Prise de bec avec une voilée : "C'est nous qui vous foutrons dehors !"

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Décor : un supermarché en centre ville d’une banlieue plutôt bourgeoise, le soir. Drame tragi-comique en un acte et une scène.
Je passe à la caisse, je demande aimablement à la caissière – une nouvelle, apparemment, c’est la première fois que je la vois – si je peux emporter mon panier au parking et le remonter après, elle est un peu embêtée mais très aimable. Je remarque avec un peu d’attendrissement le tatouage qu’elle porte sur le bras, ça me fait sourire, la mode actuelle chez les jeunes filles… Bon… Ca la regarde, ce n’est pas un signe d’agression. Je lui dis « Attendez, je vais demander à Monsieur. » Je demande au vigile (noir – toujours glisser quelque part, quand on critique l’islam, qu’on se comporte de la même façon avec les gens quelle que soit leur  couleur de peau) « Excusez-moi, Monsieur, est-ce que je pourrais emporter mon panier au parking et le remonter après ? ». « Heu, non, mais je vais vous donner un caddie, et vous pourrez le laisser en bas. », me répond-il en mettant aussitôt un jeton pour moi dans le caddie. Moi : « Ah, ben c’est parfait. Merci beaucoup ! » « Comme ça vous n’aurez pas besoin de remonter ! » me dit-il en riant. « Oh, vous savez, ça ne m’embêtait pas de remonter ! » en riant aussi. Il me donne le caddie, je lui donne le panier et je le remercie. Jusque là tout va bien. Tout le monde est aimable et moi aussi. Entre nous trois, amabilité, respect de l’autre, sourire et même complicité de bon aloi et franche bonne humeur, la vie en société comme je l’aime, quoi !
Pendant que je mets mes affaires dans le caddie, derrière moi dans la file, une femme voilée en noir et en tunique bleu sombre qui tombe jusqu’aux pieds. Tout est couvert de couleur sombre de l’avant du front aux pieds, on ne voit que son visage, exactement le style Diam’s en plus âgée. Plutôt grande et enveloppée (de chair autant que de tissu), je dirais la quarantaine, très renfrognée, ne dit pas un mot, même pas bonjour à la toute jeune caissière, lui donne sa carte du supermarché sans un mot d’un air hautain, style Madame la Baronne ne parle pas au petit personnel. A son regard méprisant envers tout ce qui l’entoure, on comprend que Madame a acheté le magasin ; je la vois regarder les gens de haut, au propre comme au figuré. Elle commence à vraiment m’énerver.
M’étonnerait qu’elle porte un tatouage, celle-là ! De toutes façon, avec sa couverture plombée intégrale, allez savoir…
Petit détail : je constate que Madame la Baronne voilée a acheté plein de produits bio dont je ne peux plus que rêver depuis longtemps. Depuis que le nain excité et le capitaine de pédalo ont tenu les commandes du paquebot France, très exactement. Je m’en sors pour 34,54 € et ça doit impérativement me faire une bonne partie de la semaine. Je n’ai jamais été jaloux des plus riches que moi, mais à l’époque où j’avais les moyens, ça ne m’empêchait pas de dire « Bonjour » et « Merci » avec le sourire aux caissières de supermarché. Ca ne me coûtait rien, ça leur faisait plaisir et à moi aussi. Et j’avais des amies – elles sont toujours mes amies – caissières, noires et musulmanes.
Je ne me presse pas pour remplir mon caddie.
C’est là que je m’aperçois que mon caddie se trouve (involontairement) à un endroit qui la gêne et qui l’empêche d’avancer. L’air de rien, je fais exprès de ne pas le bouger.
– Vous pouvez pas bouger ça ? (d’un ton pas aimable du tout, en montrant mon caddie)
– Oui, mais une seconde, enfin !
– Vous gênez tout le monde ! (Dans la file derrière elle, deux ou trois personnes, vraiment pas la foule, pas vraiment l’air pressées, personne n’a rien dit. En fait, elle est la seule que je gêne.)
– Vous pourriez vous vêtir correctement quand vous parlez aux gens.
– Je vous ai parlé correctement.
– J’ai dit vous vêtir correctement.
– Quoi ? Je m’habille comme je veux !
– Vous êtes en France ici, vous pourriez vous habiller… (oublié la suite. un truc du genre « correctement » ou bien « comme tout le monde »).
– … (oublié)
– (oublié) Les français vous détestent.
– … (oublié)
– Un jour on vous foutra tous dehors.
– C’est nous qui vous foutrons dehors.
– Ah oui ? Ben vous le croyez peut-être pas (ou quelque chose dans ce style), mais on sait se défendre.
– Nous aussi on sait se défendre. (puis insultes, oublié)
– … (réponse aux insultes, oublié)
Je vais vers l’ascenseur avec mon caddie. Je l’entends gueuler :
– Pauvre idiot, crétin ! (+ autres insultes, mais à l’heure où je relate la scène, mon petit cerveau se souvient pas de tout)
Je me retourne, de loin :
– Connasse !
– Connard !
J’appelle l’ascenseur, je me retourne encore, l’altercation a l’air finie, elle semble s’occuper de ses courses sans parler aux autres gens, l’ascenseur arrive et je descends.
Dans cette si agréable conversation, j’ai été frappé par les « nous ». De part et d’autre, il n’y a aucun doute sur qui est « nous ». Ca a été le cri du cœur autant chez elle que chez moi. C’est L’art français de la guerre en action, nous en sommes revenus là après plusieurs décennies pendant lesquelles nous avions cru que jamais plus ça n’arriverait (L’art français de la guerre, d’Alexis Jenni, lecture que je recommande à tous).
Benoît Desprez
Et comme toujours, ma petite publicité pour mon blog littéraire et sans islam. Repos du monde extérieur et jouissives lectures. Bienvenue dans le monde intérieur de Spipou :
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