Prison belge : couvre-chefs interdits, mais voiles autorisés…

Publié le 18 janvier 2019 - par - 2 commentaires - 859 vues
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Quand j’étais petite, ma mère avait l’habitude de m’enfermer pendant des heures dans les WC pour de malheureux mensonges. Il fallait bien que je triche, puisque tout était défendu. Bref, je me retrouvais coincée, même pas un livre pour me distraire. Dans ma tête, j’imaginais des motifs avec les carreaux bleus et blancs du sol. Parfois une maison à étages pour mon lapin, parfois un échafaud, une potence, un pilori, un cachot, une geôle ou une guillotine pour ma mère, ou un lit pour ma poupée (elle s’appelait Patrick, Dieu sait pourquoi). Tout cela pour vous dire que moi, les gens qui sont enfermés, j’ai comme de la sympathie. Les prisons, voilà ce qu’il me fallait pour faire le deuil de mon éducation !

Je me suis donc acharnée à y trouver une occupation intéressante. A la radio j’avais capté une émission passionnante, une femme ayant monté une magnifique pièce de théâtre avec des détenus, pièce jouée un peu partout en Europe. Pas de simples sketches, non, du classique, et du merveilleux. Un rêve. J’ai donc écrit. Ecrit et appelé, posé ma candidature dans tous les bastilles et toutes les forteresses de Bruxelles et du Brabant. Je voulais devenir metteur en scène derrière les barreaux.

Lorsqu’on m’a appelée pour me demander de servir de bibliothécaire bénévole à la prison des femmes, j’étais aussi heureuse que le jour où j’ai été engagée à 24 ans – il y a 150 ans – pour le job de mes rêves. Le job dont toutes les filles rêvent. Avec un pied dans la maison, il me suffirait de persuader de mes talents de pédagogue. J’ai rapidement déchanté, mais tout de même exercé cette ambitieuse mission pendant 8 ans, avant d’être forcée de donner ma démission. Cette mission consistant pour le principal à viser juste avec le tampon en marquant les livres de poche jaunis, à écrire assez petit pour remplir toutes les lignes des fiches de prêt, à ne jamais prêter plus de 5 livres à la fois, même aux isolées. J’oublie : à ne pas hurler de rage lorsqu’une flamande blonde comme les blés vous demande un coran traduit dans sa belle langue. Et pour finir, à assister tous les 3 mois à une réunion débile. Vous connaissez : personnellement, j’insistais pour qu’on distribue les horaires le plus rapidement possible afin de pouvoir dégager une fois mes 6 croix griffonnées, non : la plupart arrivent en retard, racontent leur vie aux autres que cela intéresse peu, obligeant à tout répéter, recommencer, expliquer. Si ce n’est pas pour faire part de leurs divers exploits personnels, familiaux, matrimoniaux, comme sur Facebook, obligés de se faire mousser.

https://ripostelaique.com/prison-belge-des-sucreries-au-gout-amer.html

Aujourd’hui, je suis dégradée, c’est-à-dire que je ne peux plus aller visiter les détenues dans les petites alcôves vitrées, mais uniquement dans la salle aux tables. Mêlée à la foule des parents, amis, frères et sœurs et proches. Dimanche passé, j’avais très peur des 45 minutes d’attente dans un couloir, et du public sordide, vous imaginez. Pas vraiment la terrasse du Musée de la vie romantique (Allez y faire un tour au printemps, c’est ravissant !)

Pour faire court, j’étais une des rares européennes dans un hall archi-bondé. Tout le monde debout. Je suis heureuse d’avoir pu garder mon portable pendant les premières 30 minutes, ce qui m’a permis de lire, et de prendre discrètement une ou deux photos.
J’ai dû retirer ma montre, mon bracelet et repasser deux fois dans le scanner, décidée à refuser d’enlever mes chaussures, je n’ai jamais été fouillée ainsi pendant 8 ans de bénévolat à la bibliothèque.

Je pensais me retrouver dans une grande salle, comme dans les superproductions américaines, vous savez quand Johnny Depp va voir Sharon Stone, sa petite amie détenue, pas du tout ! On nous a fait entrer à la queue leu leu dans une pièce plutôt étroite et mal éclairée avec 12 tables. Je me suis vu attribuer le numéro 3. Encore 15 minutes d’attente. Entrée des détenues. La « mienne » rayonne de joie de me voir, c’est bon, récompense de mon effort.

Pas pour longtemps, car en Belgique, ça gueule. Ca gueule partout. Dans les trams, dans les halls de gare, dans les restaurants (en Allemagne, tout le monde chuchote). Prisonnière moi-même pendant 60 minutes, je n’entends quasiment rien de ce que la pauvre me raconte. Un raffut ahurissant. A la table de gauche, deux lesbiennes se dévorent la lécheuse (je précise : l’une à l’autre, et non chacune la sienne, ce que j’aurais préféré), à droite, deux autres en décubitus ventral sur la table (ici, pas comme dans les films, le gardien, il s’en fout, il bouquine sereinement). Un gamin obèse  à la tête rasée sur le côté droit profite des trois minables jouets en plastique mis à la disposition, en faisant un tintamarre MAX, je tiens bon pendant 60 minutes pour ne pas blesser la pauvre jeune femme qui rayonne, persuadée que noël et pâques sont tombés le même jour ! Juste envie de hurler. De temps en temps, je me retrousse discrètement la manche sous la table pour jeter un coup d’œil contenu à ma montre.

A l’entrée de la prison une pancarte avec d’aimables indications pour les visiteurs, interdiction d’entrer recouvert d’un couvre-chef, d’un bonnet, ou d’une écharpe.

Je ne peux m’empêcher de joindre un autre cliché, pris dans la même entrée. Trois rombières parfaitement autorisées, elles, à pénétrer harnachées de leur camouflage, leur mascarade, leurs oripeaux. Deux poids deux mesures. Et jamais dans le bon sens. (et moi qui croyais que les fatmas étaient camouflées pour ne pas exciter les hommes !)

J’ai l’intention d’envoyer ces deux clichés à notre ministre de la justice, qui chaque année à Noël m’envoie une jolie carte pour me remercier de mon dévouement en faveur des plus démunis. Cette fois, il ne me répondra pas, ou alors, pour me menacer d’amende. Et certainement de racisme !

Anne Schubert

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Notifiez de
patphil

ah les belges qui deviennent français chaque jour

sitting bull

en Belgique ou j habite , suis liégeois , on nous annonce dans la presse que la population carcérale est pleine et qu’ il faut diminuer le nombre de détenus ..ben moi je me dis que ces détenus sont majoritairement musulmans et d Afrique du Nord , les Marocains étant sur représentés , 80 % des détenus sont arabes et que si cette communauté n étais pas présente en Belgique ..on pourrait fermer la moitié des établissements pénitentiaires