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Problemos, le film qui ridiculise les zadistes, les altermondialistes et autres LGBT…

L’humour arme défensive ou pistolet à bouchon ?

J’ai toujours cru que l’humour était une arme contre les censeurs, les liberticides, les dictateurs de toutes obédiences. Le film Le dictateur de Charlie Chaplin a pu en 1940 préparer les Américains à entrer en guerre mais si le film a été projeté en Angleterre en plein conflit, il ne l’a été en Allemagne et en France qu’en 1945. L’humour n’a pas eu l’occasion de s’exprimer dans les pays déjà ou encore sous la botte. Si le film avait pu être imaginé, tourné et diffusé au début des années 30 quand Mussolini et Hitler étaient encore des interlocuteurs diplomatiques présentables aurait-il été capable d’ouvrir les yeux des citoyens européens qui voyaient en Benito celui qui ferait arriver les trains à l’heure et en Adolf celui capable de lutter efficacement contre le chômage ? On peut vouloir croire en l’efficacité présumée de l’humour pour dessiller les yeux aveugles.

A l’observation des faits et à la réflexion j’en doute désormais.

Nous nous souvenons du film « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » de Jean Yanne en 1973. La critique du temps et la dérision étaient bien présentes. Quel effet le dessillement des yeux a-t-il eu sur les médias ? Nul. Nous entendons encore et rions aux sketches de Coluche dont on savait bien que ses piques visaient une large partie de son propre public. Celui-ci riait à gorge déployée… des autres. On ne doit pas oublier Desproges et son humour acide. Ces humours-là ont-ils rendu les gens plus critiques envers eux-mêmes ? Nous-mêmes sommes-nous certains d’avoir tiré le meilleur pour échapper au ridicule ? Qui ne se souvient aussi de Lauzier qui a stigmatisé le monde des bobos, du « stage socio culturel » d’Alex Metayer ? De combien de types sociologiques s’est-on moqué ? Le monde est-il devenu plus intelligent , ou, ce qui serait infiniment mieux, a-t-il gagné en esprit critique ?

A la réflexion, on pourrait aussi bien remonter à Molière dont la démonstration intemporelle de nos travers n’a pas fait grand-chose pour les atténuer. Faut-il encore citer La Fontaine et nombre de ses fables, Montesquieu et ses Lettres persanes ? L’oeuvre de Beaumarchais ? Sont revenus par la fenêtre ceux qu’elle a fait sortir par la porte.

Pour revenir à aujourd’hui, terminons par le film Problemos d’Eric Judor qui vient de sortir en salles, film paraît-il encensé par « la presse branchée ». Voilà un film qui ridiculise les zadistes, les altermondialistes, les écolos, LGBT et autres végétaliens, tout ce qui fait la sphère anarcho-gauchiste et la bien-pensance actuelle, voilà un film qu’il faut voir pour bien rire, même si c’est d’un rire jaune à un humour noir, voilà un film qui n’aura sans doute pas plus d’effet sur l’esprit critique de nos contemporains. Une forte preuve en étant que la production a trouvé, pour travailler au tournage, un très grand nombre de gens du spectacle (forcément de temps en temps intermittents) et surtout un financement (A2, Canal Studio, etc.). Il y a aussi de l’humour dans l’expression « autant pisser dans un violon ».

Roger Champart