Procès : les premières leçons d’une oeuvre de démolition de Riposte Laïque

Le 3 Février, devant la 17e Chambre Correctionnelle de Paris et durant une grande dizaines d’heures, Riposte Laïque s’est trouvée face au mur compact de ceux qui, rassemblés sous la houlette d’un vieux briscard rompu au maniement des sous-entendus, des amalgames et des vibrations laryngées, se sont ligués pour l’abattre.

Rien moins que la fine fleur droit-de-l’hommiste française pour cette besogne de démolition d’un média fondé sur le bénévolat de ses membres et sur leur engagement public à visage découvert pour une cause qu’ils estiment juste : l’avenir de la France. En compétition sous l’œil d’une Justice dont la connaissance de l’islam et de sa geste est manifestement sortie grandie de l’épreuve, le pot de terre contre le pot de béton. À ma gauche (dans la belle salle de la 17e), une voix sereine, posée sur d’incontestables arguments, portée par une opinion majoritaire dans ce pays quoique encore rétive à exprimer son sentiment de façon massive. À ma droite, une fédération d’opportunistes ne représentant qu’eux-mêmes, financièrement soutenue par l’argent des accusés (contribuables eux aussi), et mettant, l’espace d’une journée, ses divergences dans la poche de sa robe noire pour déchiqueter la bête proposée à ses appétits.

Lesquels appétits se révélèrent en fin de compte principalement pécuniaires, l’aveu étant fait par Maître Tubiana, avocat de la LDH, qu’il faut bien vivre n’est-ce pas et que, partant, la mise à mort du petit par le gros permettra à celui-ci de manger à sa faim et d’entretenir et son train et ses équipages. Ainsi fumes-nous fixés, en toute fin d’audience et par la grâce de quelques mots d’une plaidoirie mêlant tous les poncifs et approximations habituels des pros de la culpabilisation gauloise, sur le motif peut-être bien dominant de l’attaque déclenchée contre RL l’automne dernier. 

Le Tribunal appréciera. Enfin, j’espère.

Pour le reste… constituant tout de même le gros morceau de cette très longue après-midi, il apparaît clairement, à mes yeux, que nous sommes tenus par la nébuleuse droit-de-l’hommiste de considérer l’Islam comme un partenaire civil au-dessus de tout soupçon, comme un simple élan d’une partie de la population française vers une plénitude spirituelle absolument compatible avec les lois de la République, même si cette plénitude prend ici ou là, mais d’une manière tellement marginale, disons islamiste, les allures d’une contestation violente voire meurtrière d’un ordre civil et social accouché par deux mille ans d’Histoire. Broutilles que tout cela.

Cette acceptation revendiquée de l’Islam tel quel, sans le moindre indice qu’il ait été compris voire même analysé par la partie adverse, sans la moindre allusion de celle-ci à ce qu’il enferme en vérité en lui de pathologique, sans la plus petite concession à ceux qui, des heures durant, tentèrent de donner un peu de lumière dans la pénombre qui le baigne, est le lien qui, le 3 Février, a tenu ensemble les tenants de son établissement ferme et définitif en France. L’interdiction de critiquer cette acceptation aveugle serait, en cas de victoire des associations plaignantes, un coup très dur porté à la liberté d’opinion, d’expression et de conscience dans notre pays. Elle serait très exactement comparable, en poids et en gravité, à l’interdiction du blasphème que les 57 pays de l’OCI cherchent, opiniâtres, à faire entériner par les Nations Unies. Le silence des médias tant sur les efforts de l’OCI pour bâillonner la parole laïque que sur notre « petite » affaire est d’ailleurs là pour nous montrer à quel point la stratégie conquérante de l’Islam recueille l’assentiment tacite (ou engagé) de ceux qu’il entend ouvertement dominer. 

Anecdotique, pour certains supporters de la « Ligue-des-ligues », qui semblèrent trouver ça normal : lorsque les policiers commis à la bonne tenue du public laissèrent entrer dans la salle deux femmes voilées, quelques minutes à peine après avoir sommé les dames  d’ôter leurs chapeaux, leurs bérets et leurs bonnets, il y eut un moment de stupeur, et des cris réclamant à juste titre que tout le monde fût traité de la même manière montèrent du public. À celles qui s’insurgeaient contre cette entorse majeure à la règle, il fut répondu par un pandore : « c’est dans leur religion », ce qui, vingt-quatre heures plus tard, me hante encore, comme l’on pourrait être hanté par le spectacle d’un libre penseur prosterné aux pieds d’une divinité. Une anecdote. Vraiment?

Bien sûr que non. Car là est, pour moi, au-delà de l’affrontement des idées mais tout près de ce qui sépare la droiture lucide de la soumission, le nœud brûlant du problème. En affirmant haut et fort, à la barre, que cette présence la dérangeait, Anne Zelenski a traduit, en une phrase, le sentiment de honte et de colère qu’eut éprouvé, toutes opinions confondues, n’importe quel citoyen tant soit peu concerné par la chose publique. En laissant s’exprimer, dans un tribunal, des gens affichant leur croyance avec une telle insolence, en ne relevant pas une incongruité doublée d’une flagrante iniquité pour les corriger aussitôt, la Justice française a créé, le 3 Février, un précédent lourd de conséquences.

Pour le reste… J’attendais du Ministère Public une pondération du débat, au vu des termes bien anodins reprochés à Riposte Laïque. J’espérais entendre que l’état de la société française permet de comprendre qu’un certain nombre de citoyens s’en alarment et expriment, arguments à l’appui, leur profonde inquiétude. Au lieu de quoi j’ai écouté le projet visant à jeter en prison des gens préalablement dépossédés, ruinés et par là réduits au silence. L’accusation ainsi renforcée, et de quelle façon, pouvait alors se congratuler et quitter la salle sans même prendre le temps d’écouter la défense. Magnifique geste de considération pour l’adversaire! Et quelle élégance. La grande classe, vraiment.

Et maintenant? Eh bien, l’attente de la mi-Mars et de ses giboulées. Avec espérance. Il y a trente ans, dans la même salle du Palais de Justice, je me suis trouvé, accusé de diffamation (article à vrai dire violent dans un journal) et assisté d’un seul avocat, face aux tenants français de la férule vietnamienne sur le Cambodge saigné par les Khmers Rouges. Battu d’avance par une pléiade de ténors du barreau. Le fond : dénoncer tout à la fois l’intolérable, le système continuant à laisser des gens prétendument libérés de leurs bourreaux mourir sans assistance au fond de leur trou, et les complices de ce crime habillé de soi-disant humanitaire.

Contre toute attente, je gagnai en première instance.

La vérité contre la dissimulation. Il arrive que la première triomphe. Comme quoi, les voix les plus faibles peuvent parfois couvrir de leur pertinence et de leur sincérité le brouhaha savamment entretenu par la pensée unique, le conformisme et les manœuvriers de la désinformation.

Alain Dubos 

 

  

 

 

 

image_pdf
0
0