Procès Zemmour au deuxième jour : le poids du non-dit

Au deuxième jour du procès d’Eric Zemmour, la parole était aux témoins de la partie civile et de l’accusé.
Un seul témoin a été cité par la partie civile : Louis Schweizer, ancien président de la Halde. Il a considéré que la discrimination existait bel et bien, qu’elle était prohibée et qu’elle se fondait, avant tout, sur des préjugés. Le témoin a estimé qu’avec les propos qu’il a tenu, Eric Zemmour, nourrissait justement ces préjugés. Mais confronté au témoignage de M. Chevènement qui avait déclaré « Il suffit, comme j’ai eu l’occasion de le faire, de consulter les listings de la Direction centrale de la Sécurité publique du ministère de l’Intérieur, pour constater que plus de 50% des infractions constatées sont imputables à des jeunes dont le patronyme est de consonance africaine ou maghrébine », M. Schweizer a déclaré être gêné par la phrase de l’ ancien ministre de l’Intérieur avant de s’interroger « comment a-t-il pu faire cette statistique ? ».
Interrogé sur son attitude dans l’affaire du foulard dans la crèche Baby-Lou, M. Schweitzer s’est abrité derrière la décision prise à la majorité par le comité de la Halde et qu’il n’était pas dans sa déontologie de mettre en avant son jugement propre au détriment de la décision prise après délibération.

Quant à Eric Naullau, éditeur et journaliste, il a estimé que le tribunal n’était pas le lieu de débat pour ces questions soulevées par les propos d’Eric Zemmour. Il a l’impression que certains attendaient patiemment le faux pas d’Eric Zemmour pour lui intenter un procès pour l’ensemble de sons « œuvre ». C’est parce que ces personnes ne veulent pas de débats d’idées qu’ils lui intentent un tel procès. Il considère ce procès comme une défaite de la pensée, une défaite du débat d’idées et un aveu de faiblesse de la part des associations qui se sont portées partie civile. M. Naullau reconnaît tout de même les limites de cet exercice médiatique où règne une sorte de ping-pong et non pas le débat à tête reposée.
Robert Ménard a, lui aussi, laissé entendre qu’il avait beaucoup de différents avec Eric Zemmour, mais que cela relevait, tout simplement, du débat. Il a bien insisté sur le fait que le format de l’émission où Eric Zemmour a tenu les propos qu’on lui reproche ne permet nullement de revenir sur ce qu’on a dit pour le préciser ou le nuancer et qu’il n’était pas dans les habitudes des intervenants, comme Zemmour, de demander à ce que ses propos soient coupés au montage. Il estime d’ailleurs que Thierry Ardisson, responsable de cette émission, aurait de toute façon refusé. Il a déploré que le responsable de l’émission y ait incrusté un texte indiquant « Immigration : Zemmour dérape ».
Pierre Monzani, préfet de l’Allier, de grands-parents italiens a fait le parallèle entre les propos d’Eric Zemmour et le cas des immigrés italiens : personne ne s’offusquait lorsqu’on rappelait que la mafia était composée d’Italiens. Mais que bien évidemment il n’aurait jamais accepté que l’on dise que tous les Italiens étaient mafieux. Il a aussi expliqué qu’il fallait en finir avec l’omerta qui touche même les hautes sphères des Nations-Unis : dans un rapport sur la traite des êtres humains on découvre des circonvolutions pour expliquer que la plupart des trafiquants sont non originaires du pays où ils exercent leurs activités délictueuses ; autrement dit des étrangers. En tant que préfet, et même s’il n’aurait pas usé des mêmes mots qu’Eric Zemmour, M. Monzani s’est demandé s’il aurait tout de même réussi à garder son sang-froid lorsque l’interlocuteur d’Eric Zemmour s’est attaqué aux policiers en les accusant de pratiquer des délits de faciès à répétition.
Ayant eu l’impression que le préfet éludait leurs questions, les avocats de la partie civile les ont réitérées et voulaient savoir s’il avait des données qui permettaient d’affirmer, comme Eric Zemmour, que la majorité des trafiquants étaient des noirs et des Arabes. M. Monzani a fini par expliquer : « on tourne en rond parce que nous n’avons pas de statistiques ethniques ». Il a cependant estimé que les journalistes, comme Zemmour, exprimaient avec leurs mots à eux un réel ressenti qu’on ne peut toujours contourner. A titre d’exemple il a cité la plainte émanant d’un syndicat de policiers qui s’inquiète de l’islamisation grandissante de la pénitentiaire dans son département : problème de l’extrémisme et d’une cours transformée en terrain de prière.
Mme Lucienne Bui Trong, ancienne commissaire de police, a expliqué être venue témoigner en faveur d’Eric Zemmour parce qu’elle retrouvait beaucoup de bon sens dans ses propos et de courage dans ses prises de position. Elle a travaillé sur toute la France et traité le problème de délinquance dans les quartiers sensibles pour élaborer des aides à la décision des politiques, surtout dans le cadre de la politique de la ville. Et pour ce faire, il fallait bien cataloguer, répertorier et déterminer le profil des meneurs et des délinquants. Le travail de l’Observatoire qu’elle a dirigé était apprécié par tous les ministres qui se sont succédés pendant les dix ans où elle en était responsable. Il se fournissait en informations auprès des Renseignements généraux et de la police. Mme Lucienne BUI TRONG a fait comprendre que les faits qu’énonçait Eric Zemmour n’étaient pas contestés, même pas par les populations concernées. Des cinq cents conférences qu’elle a faites et où elle relatait la sur-représentation ce certaines catégories de population dans la délinquance, elle retient le fait que ce sont les familles et les parents des délinquants qui se plaignaient des lois françaises et de la perte ambiante d’autorité qui les empêchaient de mieux tenir leurs enfants.
Claude Goasguen, député maire du XVIe arrondissement, est aussi venu témoigner en faveur de la liberté d’expression qui fait l’honneur de la République et qu’il faudrait garantir à des journalistes comme Eric Zemmour. Le député a estimé que les problèmes que nous affrontons sont les conséquences de l’immigration et que si on voulait les résoudre, nous avions l’obligation de savoir. Le fait de ne pas savoir qui habite précisément les HLM ne nous aide pas à bien décider de la politique à mener. Le député a aussi estimé qu’un journaliste avait aussi droit à l’erreur.
Pascal Hilout

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