1

Comment un professeur de français peut ouvrir les yeux de ses élèves

Ecole du 18e arrondissement de Paris en 1969
Ecole du 18e arrondissement de Paris en 1969

Je souhaiterais répondre à M. Kléber, dont j’ai lu l’article ce matin.
http://ripostelaique.com/pense-jeunesse-francais-irrecuperable.html
Et oui, comme vous je suis effarée par l’apathie de notre jeunesse, son inculture, devrais-je dire son « aculture »? Par son égoïsme, son nombrilisme, sa pédanterie etc., etc.
Cependant, il existe une jeunesse qui comme vous, réfléchit, pense plus loin que le bout de son petit nez et sait ce que charité signifie.
Je ne suis qu’une petite prof de français, suppléante qui plus est, qui modestement mais avec acharnement tente, là où elle se trouve nommée, de remettre quelques pendules à l’heure.
En voici quelques exemples:
L’année dernière je me trouve catapultée en classe de première et bien sûr au programme se trouve « Tintin au Congo » avec pour seul support une analyse très, très partiale. A savoir que c’est une oeuvre raciste, qui démontre bien que les blancs sont très, très vilains, profiteurs des pauvres noirs sans défense et tout le toutim. Dans un souci de fournir à mes élèves une approche « plurianalytique » du texte, il va sans dire que je me suis faite l’avocat du diable.
Cette année, classe de quatrième et rebelote l’esclavage. Curieusement seule la traite transatlantique est évoquée dans le manuel. Qu’à cela ne tienne, ils vont en bouffer de l’esclavage.
Grâce à de nombreux documents et textes de notre belle littérature française, je fais entrevoir à mes élèves la totalité ou presque de la traite humaine à travers les siècles et quelques vérités historiques oubliées de nos chers dirigeants, médias et « vivreensemblistes ».
Grâce à une BD, ils apprennent que ce sont les rois africains qui vendaient leurs indésirables aux blancs pour s’en débarrasser.
Grâce à un clip de rap et des documents impartiaux de M. Lugan, ils ouvrent les yeux sur les vrais chiffres concernant la traite transatlantique d’un côté et la traite arabo-musulmane de l’autre.
Grâce à » l’enlèvement des Sabines » et à un extrait des « Mille et une nuit » ils découvrent la traite des femmes.
Grâce à Victor (Hugo), Gustave ( Flaubert), des articles de journaux  et des vidéos ils appréhendent avec horreur l’esclavage des enfants.
Grâce à un reportage, ils savent ce qui se passe au Qatar pour la construction du fameux stade de foot.
Je leur fais approfondir des définitions, comme celle du mot raciste, pour bien leur démontrer que contrairement à ce qu’on leur raconte, le racisme antiblanc n’est pas plus excusable qu’un autre.
Bref, j’essaye de les déconditionner, d’en faire de futurs citoyens conscients du monde qui les entoure, des enjeux auxquels ils vont être confrontés et surtout je leur répète à l’envi, qu’ils doivent être curieux, ne pas se contenter de ce que la société leur livre sur un plateau.
En classe de sixième, j’ai fait tout un cours sur les racines grecques et latines et ai assisté émerveillée à la joie qui s’allumait dans les yeux de mes élèves parce que soudainement, ils comprenaient le sens des mots.
Et contrairement à ce que je craignais, les parents et les élèves en redemandent.
Donc sachez qu’à la rentrée prochaine, une petite enseignante résistante continuera son travail.
Laurence Jean