Propagez la révolte, car je constate l'effrayant recul laïque consenti depuis 1981

Bonjour à toute l’équipe de Riposte Laïque,
Récemment, j’ai été témoin d’un spectacle stupéfiant : un être bizarre, entièrement recouvert de la tête aux pieds d’une espèce de sac informe de couleur marron foncé, ne laissant pas deviner le plus petit morceau de corps et dont on ne pouvait savoir s’il était homme ou femme, marchait dans une rue de ma ville. Spectacle banal aujourd’hui dans le « 9-3 », me direz-vous ; oui, mais cet affreux accoutrement était dépourvu de toute ouverture, fente ou grille, pour les yeux (j’en suis sûr car je l’ai vu de face et de près), l’être qu’il couvrait ainsi intégralement était donc réduit à ne voir qu’à travers le tissu qui semblait pourtant bien opaque, à marcher quasiment en aveugle !
J’ai vu ce spectre dans son linceul marron une première fois, lorsqu’il manqua entrer en collision avec un groupe de lycéens près duquel je me trouvais. Après que ceux-ci l’eurent dépassé, ils s’en amusèrent sur l’air de : « Qu’est-ce que c’était qu’cette horreur !? » ; réaction naturelle et que j’ai eue aussi.
Quelques jours plus tard je l’ai revu, attendant cette fois de traverser à un passage piétons. Mais alors que les piétons « normaux » traversèrent dès que le feu passa au rouge, le spectre qui, manifestement, n’y voyait rien, fut obligé de se pencher à plusieurs reprises tout contre le feu afin, je suppose, d’en distinguer suffisamment la couleur au travers de sa camisole puis de s’aventurer sans trop de risque d’accident sur la chaussée !

Ce spectacle grotesque et pitoyable m’a d’abord rempli de honte. Honte de mon pays, si empressé à se décréter héritier des Lumières, patrie des Droits de l’Homme et inventeur il y a plus d’un siècle d’une originale laïcité, et qui laisse humilier de la sorte la moitié de l’humanité – car je présume sans grand risque d’erreur que le spectre en question était une malheureuse femme soumise à la « religion d’amour et de paix » des mâles arriérés de sa famille. Honte, à l’heure du 40e anniversaire de mai 68 (j’avais 20 ans cette année-là), de me retrouver comme à Kaboul, au milieu de sauvages surgis d’un moyen âge effroyablement rétrograde et obscurantiste et bien décidés à nous y renvoyer tous.
Mais ce spectacle m’a aussi mis en colère. Je crois que tous les imbéciles qui réclament/imposent/acceptent/tolèrent de telles ignominies ont un QI bien inférieur à celui d’une courge ordinaire et qui ne pourrait se mesurer qu’avec un nombre très inférieur à zéro (si du moins on savait mesurer un tel « Quotient d’Imbécillité »). Comment peut-on pousser la débilité jusqu’à un pareil concentré de bêtise et de mépris ? Comment peut-on sacraliser en volonté divine ses préjugés machistes les plus réactionnaires et forcer sa propre femme à s’y plier alors qu’en d’autres circonstances on parlerait tout simplement de traitement inhumain et dégradant, donc de torture ? Pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de cette logique de malade mental et crever les yeux de ces femmes, ne serait-ce pas plus simple et définitif, interdisant en outre et à jamais toute rébellion ? (voir le remarquable roman « Limbo » de Bernard Wolfe, publié en 1952, et dans lequel des pacifistes intégristes – ça existe dans ce roman – se font couper bras et jambes car ils sont idiots au point de prendre au sérieux un slogan qui n’est qu’une bonne blague (en anglais) : « If you have ams, you have arms ! », soit : « Si vous avez des bras, vous avez des armes ! »).
Je suis en colère contre le relativisme culturel qui prétend, contre toute raison, que tout se vaut, la démocratie comme le totalitarisme religieux, la liberté comme l’enfermement à vie dans un sac-poubelle, la science du XXIe siècle qui envoie des robots sur la planète Mars comme les superstitions des tribus patriarcales du Moyen-Orient d’il y a 1 400 ans.
Je suis en colère contre son corollaire, le politiquement et ethniquement correct, qui m’interdit de critiquer – on dit « stigmatiser » – ces comportements détestables au prétexte qu’ils seraient la « culture », la « tradition », l’« identité » même de ces femmes (mais leur a-t-on demandé leur avis ?), y compris de celles qui ont été éduquées ici et pourraient ainsi retrouver leurs « racines ». Car, c’est bien connu, il faut être raciste/fasciste/xénophobe pour défendre les valeurs républicaines qui sont les nôtres tandis que les vrais citoyens responsables défendent eux les valeurs rétrogrades récemment importées d’ailleurs – et dont je suis sûr que pas un ne voudrait pour lui-même. Et je suis en colère contre l’utilisation des lois de la République à des fins de légitimation des fantasmes masculins les plus rances comme la virginité (féminine, cela va sans dire) exigée lors du mariage ou bien l’opposition à l’intervention de médecins (hommes) lors des accouchements. Pauvres femmes !
Enfin je suis en colère contre tous les bien-pensants et les idiots utiles – dont notre funeste conducator est un triste spécimen –qui veulent absolument nous faire prendre des vessies pour des lanternes en rabâchant comme des perroquets et en dépit de tous les témoignages contraires, que les religions sont plus nécessaires à la société que, par exemple, l’Éducation Nationale (et d’autres billevesées du même tonneau). Bref rappel historique en passant : lorsque Hitler arrive au pouvoir en 1933, ses intentions criminelles sont parfaitement connues de tous puisqu’il les a consignées par écrit et en détails dans son livre Mein Kampf publié près de 10 ans auparavant.
Il suffit de le lire pour savoir sans ambiguïté comment les délires du Führer vont ravager l’Europe. Par conséquent, lorsque Daladier et Chamberlain se rendent à Munich en 1938 pour y signer avec Hitler et Mussolini les fameux et honteux accords, c’est volontairement qu’ils choisissent de nier une réalité menaçante qu’ils se refusent à voir, volontairement qu’ils s’humilient aux pieds de l’ogre nazi, volontairement qu’ils lui cèdent la Tchécoslovaquie, pourtant leur alliée, comme un os à ronger qui pourrait l’amadouer, mais pour un résultat désastreux comme chacun sait et comme la suite de l’histoire le montrera avec fracas (60 millions de morts). Winston Churchill le dit crûment : « Entre le déshonneur et la guerre, vous avez choisi le déshonneur. Et vous allez avoir la guerre. » Churchill était bien placé pour savoir que, face à la tyrannie, la lâcheté est la pire des solutions.
Tout ça pour dire qu’aujourd’hui comme il y a 70 ans, il suffit de savoir lire pour prévoir l’avenir : la prophétie n’est plus écrite dans Mein Kampf, elle l’est dans le Coran, mais ses délires criminels, sous une forme plus archaïque, nous garantissent un avenir tout aussi inquiétant. Encore faut-il lire ce qui est écrit et non l’interprétation (très) édulcorée qu’on nous sert habituellement. Et pour cela il nous faut prioritairement sortir de l’étouffante atmosphère de renoncement généralisé à nos propres valeurs, ces valeurs que nous passons notre temps à dénigrer avec un zèle masochiste au lieu de les défendre, sortir de la culpabilisation post-coloniale et de la détestable repentance qui va avec, comme si le bien et le mal, avérés ou non, se transmettaient par les gènes à la manière du péché originel, sortir de la cécité volontaire face à tout ce qui nous effraie, nous autres consommateurs infantilisés gavés de technologie bling-bling mais vidés de raison, de mémoire, de sens, de repères, d’esprit critique, bref, sortir de la lâcheté munichoise dans laquelle nous nous vautrons depuis trop longtemps. Sinon, nous aurons, une fois de plus, le déshonneur et la guerre et face à des détraqués qui se font exploser en public pour rejoindre au plus vite les 70 vierges promises (encore un fier fantasme de couillu), je doute que notre force morale soit à la hauteur.
C’est dire à quel point l’arrivée de Riposte Laïque m’a fait chaud au cœur. Auparavant habitué du journal ResPublica, j’en étais venu à penser confusément que notre tolérance à l’intolérance allait trop loin et qu’il devait bien exister, quelque part, des bornes infranchissables sur lesquelles aucun citoyen libre n’accepterait de transiger. Mais on m’expliquait toujours, avec un grand brio intellectuel et une indéniable force de persuasion, ce qu’était le respect scrupuleux de la loi, ce qu’était véritablement la laïcité et pourquoi un énième petit renoncement, une énième petite lâcheté, n’en étaient pas réellement puisqu’ils respectaient la lettre de la loi à défaut de son esprit, garantissaient la paix sociale jusqu’à la prochaine revendication et n’étaient finalement pas bien méchants.
Ainsi pour l’affaire du gîte des Vosges ou celle, plus récente, du mariage annulé. Votre premier numéro, précisément consacré au gîte des Vosges, est arrivé à point nommé. J’apprécie votre ton sans complaisance, sans langue de bois, sans politiquement correct, j’apprécie que vous appeliez un chat un chat et l’islam un fascisme, j’apprécie que vous défendiez les valeurs de la « République indivisible, laïque, démocratique et sociale », car, jusqu’à preuve du contraire, ces valeurs démocratiques sont celles qui organisent et donnent sens à notre société et y renoncer au profit d’un obscurantisme crasseux et agressif serait un suicide.
Car a-t-on vraiment envie de voir dans nos rues, nos écoles, nos universités, nos salles de spectacles, nos lieux publics, des foules de femmes voilées et d’hommes barbus bien séparés les uns des autres, a-t-on vraiment envie de laisser des imams incultes régir la vie sociale et particulièrement la vie familiale à leur manière tout sauf démocratique, comme les « accommodements raisonnables » tentent de le faire au Canada, a-t-on vraiment envie de remplacer la laïcité de 1905, si difficilement conquise, par la multiplication sans limite des lieux de culte payés par les contribuables, a-t-on vraiment envie de voir notre société fragmentée en communautarismes rivaux mais tout autant corsetés par des prescriptions vestimentaires, alimentaires, morales, comportementales, toutes plus stupides et ridicules les unes que les autres ?
Votre réponse, comme la mienne, est clairement non et c’est la raison pour laquelle je vous envoie ce témoignage et le chèque de soutien qui y est joint. Notez que c’est la première fois que je soutiens financièrement une cause avec laquelle je me sens en accord.
C’est que j’ai de la mémoire, et quand je constate l’effrayant recul consenti en une génération, disons depuis 1981 et l’arrivée de la gauche au pouvoir, tout ce que nous acceptons passivement aujourd’hui et qui nous aurait jeté dans l’émeute en ce temps-là, je suis consterné par notre aveuglement et je crains que le pire ne soit devant nous. Alors, propagez la révolte, je vous y encourage, vous soutiens et suis prêt à y prendre ma part car « écraser l’infâme » ou la « bête immonde » ou les deux est notre devoir. Longue vie à Riposte Laïque !
Bien à vous,
Michel Tonarelli
rationaliste, athée, laïque & républicain, anti-religieux & anti-clérical (christophobe, judéophobe, islamophobe)

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