Prostitution : est-ce vraiment amoral de payer pour se faire du bien ?

Publié le 4 décembre 2013 - par - 2 291 vues
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Avec la loi sur la prostitution et la pénalisation des clients, Madame Belkacem a pondu son oeuf.  Un bel oeuf estampillé « haro sur le salaud » par une trentaine de députés – sur 577 –  présents dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale.  Le texte définitif sera voté le 4 décembre, avant ratification par le Sénat.

On imagine – on espère – qu’avant de se prononcer sur ce sujet crucial pour l’avenir de la France en cette époque bénie où tout va si bien qu’on a du temps à perdre à s’occuper de la gaudriole,  Madame Belkacem aura fait plancher des gens de tous bords – les prostituées, qui, paraît-il, sont les premières intéressées,  mais aussi les curés, pasteurs, rabbins, imams, femmes et hommes célibataires et/ou mariés, pacsés ou concubins…  Tous constitutifs de ce qu’il est convenu d’appeler la société civile.

Depuis que j’y réfléchis, une question me taraude. J’avoue même qu’elle m’a tenu éveillée la nuit dernière : je pense à tous ces  pauvres hommes désireux d’assouvir leurs fantasmes les plus débridés.

J’en ai connus, des très convenables dont mon petit doigt m’a dit qu’ils aimaient aller se faire talquer les fesses sur une table à langer. De vilaines langues m’ont ouvert les yeux sur des messieurs très comme il faut – et  très en vue parfois – qui ne boudaient pas leur plaisir de se faire enchaîner, menotter, fouetter, et d’implorer le pardon pour des fautes imaginaires…  Il paraît que l’argent rend fou, et le pouvoir aussi.

Je passerai sur une multitude de faits plus ou moins avouables qui m’ont été révélés à propos des uns et des autres, et qui m’ont valu de ne plus jamais regarder sans rigoler dans mon for intérieur, des hommes d’allure tout-à-fait respectable qu’il m’a été donné de croiser.

Cela me fait penser à une copine qui, mariée depuis un an,  avait trouvé un fouet dans le lit conjugal, un soir de Saint-Valentin.  Quand on aime, il peut y avoir du plaisir à se faire du mal… Le champagne aidant, elle avait fait usage de ce cadeau empoisonné mais, n’y trouvant pas son compte, elle avait fini par préférer en parler à son avocat. Depuis le divorce – c’était il y a une trentaine d’années – l’ex-mari a compris tout l’intérêt des services tarifés d’une professionnelle.

Mais que vont devenir tous ces hommes, souvent bons pères de famille, lorsqu’on les aura  privés de leur susucre ?

Madame Belkacem a-t-elle pensé à ces gens que vous et moi croisons dans la rue ou que nous rencontrons chez des amis au hasard d’un dîner ?  Ces gens qui ne font de mal à personne mais qui ont à coeur de se faire plaisir de temps en temps comme ils l’entendent ? Pour beaucoup d’entre eux, s’adonner secrètement à leur plaisir, c’est ni plus ni moins l’équivalent d’un bon cigare.  Cela n’entame en rien leur vie familiale – ni professionnelle.

Est-ce amoral ? L’amoralité,  n’est-ce pas de faire du mal aux autres ?

Madame Belkacem aurait raison si son combat se bornait à lutter contre les réseaux de prostitution qui font de la femme des esclaves sexuelles.  Elle aurait raison si elle s’attaquait aux proxénètes.

Sans doute consciente de son impuissance à en découdre avec des réseaux maffieux, elle a préféré botter en touche en pénalisant le client. C’est fermer les yeux sur le fait qu’il y a – et il y aura toujours – client et client : gare au péquin qui se fera prendre en train d’aborder une péripatéticienne !

En revanche, ceux qui sont du bon côté du manche – les nantis, les privilégiés, les protégés par toutes sortes d’immunités – tous ceux-là continueront de passer commande avec livraison à domicile – ou en garçonnière –  d’une créature très professionnelle qui  leur permettra d’assouvir leurs fantasmes et de tirer leur crampe à l’abri de toute poursuite.

Pour tous les autres,  le jeu du gendarme et du v(i)oleur va commencer. Pour eux, pas de quartier. Dura lex, sed lex.

Eve Sauvagère

 

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