Quand Cazeneuve comprendra-t-il que les djihadistes incarnent l’islam ?

djihadBernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, entend combattre le djihadisme qui s’empare d’un nombre croissant de jeunes Français (1). En cela, il a cent fois raison.

Le problème est que le djihadisme n’est pas une mode susceptible de disparaître du jour au lendemain : c’est une offensive politique fondée sur l’islam radical – qui ordonne de tuer les « ennemis de l’islam » ! Or, pour penser et agir de la sorte, il faut être absolument sûr de soi. C’est le cas de tout djihadiste, dont la raison est sûre d’avoir raison. La preuve : le djihadiste est prêt à mourir pour le djihad ! C’est d’ailleurs ce qu’il revendique, car mourir pour le djihad, c’est s’assurer de vivre éternellement dans le paradis d’Allah.

S’attaquer au djihadisme, c’est donc s’attaquer à la mystique du fanatisme, qui confère valeur absolue à la cause que l’on défend : le djihadiste est fier de son engagement, car on ne peut qu’être fier d’avoir embrassé une cause indiscutable, dont le fondement est le divin. En d’autres termes, le djihadiste se dévoue pour l’humanité, puisqu’il n’y a d’humanité que par Dieu !

Le djihadisme est donc un idéal moral, politique et social au service de Dieu. D’où le sentiment que la vie terrestre ne vaut que par Dieu, à Qui il faut sacrifier sa vie (ou celle des autres, dès lors qu’ils refusent la lumière divine !). C’est cette logique qui organise les plans du djihadiste ; c’est en fonction d’elle qu’il doit saisir toutes les opportunités, faire vite, frapper fort, et ne jamais renoncer, l’acte étant la sacralisation de la Vérité.

N’allez surtout pas dire à un djhadiste qu’il est possédé par la Vérité : c’est lui, au contraire, qui La possède, car c’est lui qui prend des risques, c’est lui qui a l’énergie et le courage nécessaires, c’est lui qui vise un but supérieur, c’est lui qui vit pleinement : les autres dorment ! Voilà pourquoi rien ne l’arrête, pas même l’humanité, qu’il affronte en convertissant ou en supprimant !

Certes, le djihadiste ne fait jamais que croire aveuglément (tout en se croyant ultra-lucide), pense convulsivement (car l’aveuglement empêche de penser), a peur au tréfonds de lui-même de n’être pas dans le vrai (d’où ses vociférations guerrières), ressemble plus au fou qu’au sage (malgré les cinq prières quotidiennes imposées par sa foi), est ivre de Dieu (au lieu d’en être l’humble serviteur)… bref ressemble à beaucoup d’hommes !

Mais il n’en a cure, car Dieu l’a investi d’une mission universelle, qui le rend responsable de tous les hommes ! Douter de lui-même ? Mais pour quelle raison, puisque Dieu est sa raison ! Douter de sa tâche parce qu’elle serait planétaire ? Mais « planétaire » ne signifie pas « insurmontable », puisque Dieu le soutient ! Ainsi, le djihadiste ne craint ni les privations, ni les sacrifices, ni les souffrances physiques et morales. L’unique crainte qu’il puisse éprouver, c’est qu’on ne soit pas d’accord avec lui, car c’est ne pas être d’accord avec Dieu.

Evidemment, le djihadisme incarne la plus grande désertion humaine qui soit, vu que l’humaine condition ne saurait entrer définitivement dans un dogme, une règle, un statut, un parti, une église ou dans quelque devoir de stricte observance, la stricte observance annihilant l’humanité même du devoir qu’on entend respecter. Le djihadiste se nie donc en tant que personne, et nie, de ce fait, toute personne s’opposant à lui – chose qu’il refuse d’admettre puisqu’il voit dans ces objections l’esprit de Satan, c’est-à-dire de Celui qui permet la dissidence et, par suite, le mal !

On comprend désormais pourquoi lutter contre le djihadisme par la mise en place d’un numéro vert (2), d’un « dispositif de réinsertion individualisée », d’un contrôle des sites de propagande sur Internet, ou de la privation de passeport pour les personnes concernées, semble bien faible,  le propre du djihadiste étant la certitude – dont Nietzsche disait qu’elle rendait fou !

Maurice Vidal

(1) D’après Laurent Fabius, chef de la diplomatie française, quelque 500 Français seraient partis combattre en Syrie aux côtés des djihadistes, depuis le début du conflit syrien.

(2)  0 800 005 696.

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