Quand Le Monde-Pravda diffusait des fausses nouvelles

Publié le 21 mai 2020 - par - 4 commentaires
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Jean François Revel parle souvent des fake news du journal Le Monde dans ses mémoires, Le voleur dans la maison vide. Cette fois, il est question d’un collègue, un ancien élève de l’ENS (Normale Sup, cette école de l’excellence qui à deux reprises n’a pas voulu de l’élève médiocre Macron), le philosophe Tran Duc Thao. « Fin avril 1993, je lus dans Le Monde le titre : « Mort du philosophe marxiste Tran Duc Thao« .

« Suivait un article d’où il ressortait que Thao avait embrassé le communisme dès ses années d’École Normale et que, depuis son départ pour le Vietnam, en 1952, via Prague, Moscou et Pékin, jusqu’à son retour à Paris, à la fin des années 80, il avait connu le plein bonheur révolutionnaire d’un militant marxiste-léniniste hautement estimé et judicieusement utilisé en fonction de son talent par le Parti communiste vietnamien.

« Cet article du journal Le Monde était faux sur deux points précis et par sa coloration générale. Que Thao se soit rapproché des communistes à partir de 1945, dans le cadre de sa lutte pour l’indépendance de l’Indochine, et qu’ensuite, sur le plan philosophique, il ait adhéré au marxisme, c’est exact. Mais à l’École, il était indifférent au marxisme et à la politique. Il fit part, une seule fois, de ses opinions sur le régime colonial en Indochine. À l’École, le prestige de Thao en faisait un oracle philosophique assurément non marxiste.

« Quant au sort de Thao après son arrivée à Hanoï en 1952, l’article était encore plus mensonger et il passait sous silence la vérité, à savoir que les trois décennies passées par Thao dans le Vietnam communiste s’étaient déroulés dans des camps de rééducation ou sous le coup d’une assignation à résidence.

« Le penseur philosophe Tran Duc Thao trop occidentalisé était tombé en disgrâce en raison de ce qui lui restait d’indépendance intellectuelle. En particulier, pour reprendre les termes d’une note biographique de Thao par lui-même publiée par Les Temps modernes de Sartre après sa mort, en novembre 1993, il avait, en 1956, selon ses aveux très politiquement provoqués : « confondu la démocratie socialiste avec la démocratie bourgeoise, l’humanisme marxiste avec l’humanisme bourgeois« . Cet acte d’accusation de soi-même évoque les pires inquisitions du totalitarisme idéologique et culturel stalinien qui asservissait et abêtissait, durant les années 1950-1960, un pays comme la France, et, plus sûrement, un pays stalinien comme le Nord-Vietnam.

« Cet article du journal Le Monde prouvait que cette inquisition délirante ou, en tout cas, ses séquelles et les myriades d’esprits qu’elle avait mutilés n’avaient pas disparu en 1993 ni perdu leur capacité de nuire.

« Les habitudes de fraude méthodique persistent de manière insidieuse. Et elles sont dès l’origine implantées dans des publications de gauche non communistes, où elles éveillent moins de méfiance que lorsqu’elles s’enracinent au vu de tous dans la presse du Parti communiste et de ses organes officiels. J’ai appelé au téléphone le directeur de la rédaction du Monde, Bruno Frappat. Il répondit tout ignorer des sources de cet article rédigé par un certain Kéchichian. Quand je m’enquis auprès dudit Kéchichian de l’origine de ses informations, il répondit qu’il s’était contenté de reprendre l’article paru dans L’Humanité. À quoi bon les longues et subtiles ratiocinations du journal Le Monde sur la morale de l’information et sur les devoirs des informateurs, si c’était pour aussitôt se livrer à une faute professionnelle d’une grossièreté aussi primitive.

« Sur une destinée du philosophe Tran Duc Thao aussi controversée, le journal Le Monde s’est borné à reproduire servilement, sans aucune honte, le papier de l’organe central du Parti communiste français !

« C’est comme si, en 1950, pour se renseigner sur Trotsky, on avait pris comme unique instrument de documentation L’Encyclopédie soviétique. Je n’en admirai que davantage l’aisance des journalistes du journal Le Monde, d’une certaine école et d’une certaine bonne conscience à prendre, dans la pratique, le contrepied radical de l’éthique qu’ils professent en théorie, comme les politiciens socialistes quand ils sont au pouvoir !

« Libération reprit mot pour mot les mêmes sottises. La feuille de chou de l’intelligentsia française bobo devait-elle son inspiration à un emprunt au Monde ou directement à L’Humanité ? Toujours est-il que ces prédicateurs de vertu déontologique trahissaient leur paresse ! Ils s’étaient contentés de se recopier les uns les autres en s’abstenant de toute vérification à la recherche de la vérité de l’information. Ils ont préféré faire leur plagiat circulaire sans effort et sans fatigue. Pourquoi se seraient-ils donné de la peine à la recherche de la vérité sur ce sujet comme tant d’autres de ces sujets pro-marxistes bourrés de dynamite idéologique ?

« La définition « philosophe marxiste » convenait peu à la carrière de Thao dès son commencement. Car le philosophe Thao ne mourut pas marxiste. Renvoyé de Hanoï à Paris en tant que zombie propagandiste en septembre 1991, intellectuellement anéanti, il recouvra assez d’énergie pour libérer sinon pour reconstruire sa pensée. En février 1993, dans une conférence qu’il donna au Cercle culturel du Vietnam de la rue du Cardinal-Lemoine, il déclara que la philosophie occidentale depuis l’Antiquité s’était fourvoyée dans sa saisie du social pour avoir perdu de vue le sujet, et la conscience individuelle. Elle avait préparé les despotismes modernes, dont Marx était le plus regrettable théoricien. Thao évoqua ses entretiens batailleurs avec Sartre !

« Pour Thao, c’en était fini du marxisme ! Il fallait repartir sur de nouvelles bases, ce à quoi il s’attelait.

« Conscient qu’il était du contraste entre le philosophe serein et solitaire de naguère et le dirigeant du mouvement des Indochinois de France qu’il était devenu, il me dit : « Tu vois, il y a une grande différence entre la pensée hors du monde et la pensée dans le monde. » Phrase de la langue philosophique s’il en fut !

« Olivier Todd raconte qu’en 1966, comme il devait se rendre en reportage au Vietnam, Jean-Paul Sartre lui remit, avant son départ, une lettre pour le Premier ministre Pham Van Dong. Dans cette lettre, Sartre priait Pham Van Dong d’autoriser Todd à rencontrer Thao, dont il désirait avoir des nouvelles sûres et dont on lui avait rapporté qu’il avait des « ennuis ». Voici, telle que la relate Todd en 1981, dans Un fils rebelle, comment se déroula sa « rencontre » impossible avec Thao : « J’en suis certain, écrit-il, c’est en partie grâce à cette lettre que j’ai pu rester deux mois au Vietnam du Nord. À Hanoï, Pham Van Dong me demanda, presque chaque fois qu’il me recevra, des nouvelles « de la santé de Jean-Paul Sartre ». Pham parlait plus facilement de Victor Hugo et de Zola que de l’œuvre de Sartre. Mais il mesurait l’influence de ce dernier. De mon côté, à chaque rencontre, je demanderai à voir Tran Duc Thao. Le Premier ministre, alors, prendra un air affairé :

– Où est-il ? Ah bon, qu’il vienne à Hanoï, alors ! ou :

– S’il ne peut pas faire le trajet à bicyclette, qu’il vienne en voiture ! ou :

– Je suis navré, cher ami, Tran Duc Thao n’a pas pu venir parce que le pont a été bombardé.

« Je ne verrai jamais Tran Duc Thao. En 1972, au cours d’un voyage beaucoup plus tendu à Hanoï, on évitera (les profiteurs de la dictature communiste) encore plus brutalement mes questions à son sujet. »

« Thao ramasse dans sa destinée les absurdités contradictoires du XX ème siècle. Colonisé, il accède, grâce à des bourses, à la plus haute culture du colonisateur, au lycée français de Hanoï d’abord, puis aux lycées Louis-le-Grand et Henri-IV à Paris, rue d’Ulm enfin où il est reçu premier à l’agrégation de philosophie.

« Désireux de conquérir la liberté pour son peuple et pour lui-même, il fut, avec tous les Vietnamiens, réduit en esclavage. Son autonomie même de chercheur et de penseur lui fut arrachée. Le Parti communiste vietnamien le força à récrire son mémoire de diplôme d’études supérieures, La Méthode phénoménologique chez Husserl. Il lui enjoignit de prouver que Husserl conduisait à Marx, ânerie dont seul Hô Chi Minh était capable, de même que le sinistre Nguyen Khac Vien, conseiller public en meurtres d’esprits, à l’occasion en meurtres tout court, et auquel l’Académie française crut devoir décerner en 1992 son prix de la Francophonie !

« Selon le secrétaire perpétuel de l’Académie, Maurice Druon, seule une cabale d’exilés vietnamiens d’extrême droite avait pu protester contre le prix attribué à un ami de la France ! Il y avait donc encore, en France, en 1992, comme dans les pires années de la terreur intellectuelle stalinienne, des gens de gauche pour rejeter dans l’extrême droite des opposants à un régime totalitaire sous prétexte qu’il était de gauche !

« Les tout derniers échanges de vues que j’avais eus avec Thao montraient qu’il rejetait Marx et le marxisme dans leurs fondements mêmes, et qu’il faisait remonter les erreurs de Marx à Hegel, dont il mettait en cause la dialectique de la logique. Il était revenu à la phénoménologie et à l’humanisme, et il travaillait à développer le concept husserlien de Présent vivant. Ses quarante ans de survie malheureuse au Vietnam l’ont laminé physiquement et moralement. L’histoire du philosophe Thao montre que des intellectuels brillants peuvent perdre la force nécessaire pour résister aux pressions despotiques extrêmes des communistes. »

Alors, que peut-on attendre de ces gens-là, les donneurs de leçons, ces déconneurs-décodeurs du journal Le Monde, ce prototype socialo-communiste du type Pravda diffuseur de fausses nouvelles, des Fake news, comme c’est la mode aujourd’hui pour la diffusion de la propagande et des mensonges de Macron ?

Thierry Michaud-Nérard

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Notifiez de
POLYEUCTE

Vous connaissez « l’Origine du Monde » ?

Daniel

Normal sup : il y a du bon, mais du pire : Sartyre, d’Ormesson, Foucault, Derrida, Juppé, Fabius (deux délinquants recasés au Conseil), BHL, Adler, Enthoven…
Comme quoi le diplôme ne fait pas le moine ! ni la profondeur.

patphil

pourquoi employer l’imparfait quand il s’agit des articles du Monde ? les mensonges éhontés ou par omission, la propagande est à mettre au présent

Dolendur

C’est un fait reconnu et vérifié dans l’Histoire qu’en période de décadence les valeurs commencent à sécrouler les unes après les autres comme par un effet de dominos. La liberté d’expresssion en tant que telle, en est une. Le pire est que celles qui sont censées remplacer le anciennes sont perçues comme meilleurs dans un aveuglement qui dépasse tout entendement.
« Le poisson commence à pourrir par la tête » dit un dicton et un autre:  » Tel Etat, tel peuple «