Quand le Pape et le ramadan envahissent le service public et mettent des élus serviles à leurs pieds !

Oyez, oyez, bonnes gens, qu’on se le dise, il y a de la réjouissance dans l’air ; pour oublier le chômage, les difficultés de fin de mois, les délocalisations, la maternité et les urgences à 50 km de chez soi, les gaz à effet de serre… retour aux bonnes vieilles recettes, comme au Moyen-Age : les élus et les services publics de l’audiovisuel nous offrent régulièrement – aux frais du contribuable – spectacles et animations religieux, pour l’édification de nos âmes de mécréants !
Le programme de la semaine dernière a été flamboyant !

D’abord, notre chef d’Etat a déployé de grandes pompes pour la venue du pape : il s’est déplacé en personne pour aller l’accueillir à Orly, ce qui n’a jamais été fait pour un chef d’Etat, à part Nelson Mandela, et a fait dérouler, fait rarissime également, le tapis rouge à l’Elysée ! Moyens détournés d’envoyer à la foule deux messages très forts : le pape est un personnage hors du commun, très important et donc… son discours est fondamental ; et, cerise sur le gâteau, moi, N .Sarkozy, comme un César antique, je vous offre la possibilité de renouer avec la liesse populaire qui entoure la starisation de pseudo-dieux vivants, désignés comme exceptionnels, susceptibles d’attirer les foules en mal de sensations, désireuses de transférer sur les nouvelles idoles leurs peurs, leurs fantasmes et d’attendre d’elles des réponses à leurs questions existentielles. Panem et circenses. Toujours. Hélas !
Ensuite, une messe dite par le pape sur l’esplanade des Invalides (devenue lieu privé dévolu au culte ?) à laquelle ont assisté à titre « privé », bien sûr, des ministres du gouvernement très laïque de la République française(1), ce qui n’a pas empêché Sa Sainteté de remercier publiquement « Monsieur le Premier Ministre » et non Monsieur Fillon ! Retors et filou, le père Ratzinger, qui oblige ses brebis à reconnaître qu’elles sont là en tant que représentants des Français… Des fois qu’on aurait oublié que la France fut la fille aînée de l’Eglise et qu’on ne souhaitât pas qu’elle le redevînt !
Puis, la Mairie de Paris a offert, pour la 8° année consécutive, « à l’occasion du Ramadan » une soirée musicale(2) « aux Parisiens et Parisiennes » le 13 septembre, à Bercy… On appréciera l’hypocrisie de l’invitation large et ouverte quand on voit la mention « ramadan », les artistes invités (Libanais, Tunisien, Algérien …) et les lieux où retirer les invitations : Hôtel de Ville ou Institut des cultures d’islam… On rappellera que cet Institut, qui comprend un lieu de prière et sert donc de mosquée, va emménager dans un nouveau bâtiment pour lequel la Mairie de Paris a versé dix millions d’Euros, tant le détournement de la loi de 1905 se fait au grand jour, les lieux cultuels étant travestis en Instituts culturels !
Une fois de plus, le contribuable parisien paie pour un évènement communautariste et on lui fait croire que l’on veille à ce qu’il puisse faire la fête ! …
N’oublions pas Valérie Pécresse. La Ministre de l’Enseignement et de la recherche s’est rendue à la mosquée de Paris pour rompre le jeûne (3)… Quel rapport entre le ramadan et la recherche ? Aucun. Quel rapport entre Valérie Pécresse et la foi musulmane ? Aucun si ce n’est la recherche de voix pour les prochaines élections régionales… Et voici qu’un rite religieux, un évènement privé par excellence reçoit la caution d’un ministre du gouvernement avec la publicité afférente… Finalement on peut supposer que les non-musulmans de France vont se retrouver bien marris de ne pas partager cette foi glorieuse !
Que dire ensuite de la télévision publique qui consacre une nuit complète et trois matinées entières sur France 2 et France 3 à fêter le Ramadan ??? On aurait aimé que cette confiscation de l’audiovisuel au profit d’une minorité, religieuse qui plus est, ait été mise à profit pour évoquer, tout aussi longuement, le 210° anniversaire du « J’accuse » de Zola, en janvier dernier ou bien, la vie, l’apport et l’œuvre de Simone de Beauvoir pour fêter les cent ans de sa naissance. Les décideurs s’en sont bien gardés, jaloux de laisser le bas peuple dans son ignorance crasse, jaloux de le voir continuer à croire que la recette du plaisir – si ce n’est du bonheur – c’est des chansons, de la dévotion à l’égard des puissants et des rites religieux. Commode. La bourgeoisie au pouvoir agissait déjà ainsi au XIX° siècle. Mais où sont les Marx et Jaurès du XXI° ?
Quant au gymnase Reuilly, la Mairie du XII° l’a mis à la disposition de l’association Nour pendant quelques semaines, afin que soit dignement pratiquée la prière du vendredi pendant le ramadan… L’histoire ne dit pas si les élèves des collèges voisins, privés de gymnase et donc d’Education Physique, y trouvent leur compte… Les élus ont parfois des choix difficiles à faire, il faut le reconnaître !
Pour la bonne bouche, à l’occasion du Ramadan, Monsieur Garnier, Conseiller général de Noisy-le-Sec, Président du groupe communiste et citoyen a écrit – et il n’est sans doute pas le seul !!! – au nom des élu(e)s communistes et citoyen(ne)s du Conseil Général de la Seine Saint-Denis une belle lettre à l’Union des Association musulmanes pour lui transmettre tous leurs vœux de bonheur… A-t-il écrit, de la même façon aux chrétiens, avant le jeûne précédant Pâques ? Pourquoi les musulmans auraient-ils un statut à part et ne bénéficieraient-ils pas simplement, en tout et pour tout, des voeux rituels, destinés à tous les citoyens sans distinction de religion, de la République française ??? C’est du communautarisme, monsieur Garnier. Et vous avez le front d’utiliser un argumentaire spécieux : « Quatrième pilier de l’Islam, ce jeûne est l’occasion, pour tous ceux et toutes celles qui l’observent, d’une plus grande proximité avec leur foi. Il se conjugue avec des valeurs morales importantes telles que la bonté, la bienveillance, la patience, la persévérance, la justice, la
solidarité et la fraternité. » « Ces valeurs, nous les partageons. Elles sont, avec le droit de chacun de vivre dans une société solidaire et tolérante, profondément ancrées dans
les fondements de la République. »
Cela signifie-t-il qu’en ce mois sacré du Ramadan plus aucun musulman ne commet de vol, de violence, n’insulte sa femme, sa sœur, sa fille ou celui qui, apparemment de sa confession, fume ou mange pendant la journée ??? La vraie tolérance, elle serait là ; la vraie bonté, la vraie patience et, surtout, les vraies vertus républicaines aussi… Hélas !!!
Tout ça pour une fête religieuse qui ne concerne qu’une minorité de citoyens, et même pas tous les musulmans, qui ne sont pas tous pratiquants ! Tout ça pour le pape, simple chef de l’église vaticane, qui a certes le droit de venir visiter ses fidèles, mais qui ne devrait pas bénéficier d’un statut particulier. Combien de fois devra-t-on répéter ce voeu de Victor Hugo : « L’Etat chez lui, l’Eglise chez elle » ?
On ne peut qu’être inquiet de voir à quel point l’anecdote religieuse prend de la place dans l’espace public. Car, ne nous y trompons pas, il ne s’agit nulle part de spiritualité et encore moins de patrimoine comme le Chanoine du Latran voudrait nous en convaincre, il s’agit bien d’habituer, peu à peu, le Français moyen à s’associer à des rites, à des festivités dites symboliques pour que, demain, il ne puisse dire non devant un pouvoir à nouveau bien établi des églises sur l’individu, sa conscience et ce qui sera devenu la défunte Constitution républicaine.
Christine Tasin
(1) http://www.oecumene.radiovaticana.org/fr1/Articolo.asp?c=230045
(2) http://www.la-croix.com/afp.static/pages/080905153449.ijzcfl46.htm
(3) http://www.lefigaro.fr/actualites/2008/09/08/01001-20080908ARTFIG00391-confidentiel-la-franchise-de-mam-sur-l-ump-.php

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