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Quand Michel Onfray évoque La Boétie, c’est brillant, mais insatisfaisant…

Pour expliquer la citation de La Boétie « Soyez résolus à ne pas servir et vous voilà libres » qui figure sous le titre de la revue Front Populaire, Michel Onfray a livré un texte brillant mais insatisfaisant : Pourquoi La Boétie ?

J’ai lu et relu Discours de la servitude volontaire, et l’ai même traduit en français moderne pour ma nièce lorsqu’elle était en classe prépa.

Certes, comme l’écrit Onfray : « Le Discours sur la servitude volontaire n’est rien d’autre qu’un manuel d’insurrection – mais quel manuel ! Il explique qu’il ne sert à rien d’accabler le tyran, le dictateur, le despote, car il n’y a de tyrannie, de dictature et de despotisme que parce que les assujettis à ces autocrates le veulent bien. Il leur suffirait de ne plus vouloir pour que le pouvoir de cet homme disparaisse en fumée.

Chacun conviendra que l’analyse effectuée par La Boétie au XVIe siècle se trouve confirmé par l’actualité.

En Occident la tyrannie a pris la forme d’une Europe libérale qui vise la domination mondiale. Ce que j’ai nommé l’État maastrichtien (qui se propose Empire) vise l’État universel et un gouvernement mondial populicide. La leçon de La Boétie est qu’il suffit au peuple de ne pas le vouloir pour qu’il n’ait pas lieu. »

Mais depuis le XVIe siècle, la Révolution est passée par là et en 2020, la fameuse démocratie a éteint, voire éliminé le peuple. Dégoûté de la manipulation des bulletins de vote comme lors du référendum sur la Constitution européenne, il n’y croit plus.

La voilà aux mains des minorités agissantes.

En Occident, cette stratégie de la confiscation passe par la confusion mentale entre autorité et domestication. La première s’est effondrée avec la complicité active des gouvernants, des associations, des lobbies. Elle a été remplacée par la domestication, une forme nouvelle du totalitarisme. Hannah Arendt écrivait déjà en son temps que la crise de l’autorité pavait le chemin du totalitarisme.

Grâce à une invention chinoise – dictature vieillotte en pleine cure de rajeunissement – le totalitarisme par la santé est à l’œuvre dans les pays européens.

Notons quand même que certains commencent à s’y opposer. 20 000 personnes, selon la police, dans les rues de Londres contre le port du masque, encore davantage à Berlin – où les manifestants sont bien entendu traités de nazis. Quelques pays s’abstiennent d’ordonner la muselière obligatoire.

     

Remarquons également que les Français paraissent le peuple le mieux domestiqué d’Europe de l’Ouest.

Est-ce parce que le nouveau clergé que sont les médias y est particulièrement actif ?

« Pendant longtemps, la politique s’est appuyée sur la théocratie – le pouvoir de Dieu. Le compagnonnage entre les rois et les prêtres est vieux comme le monde. Quand les dieux parlaient c’était bien évidemment le clergé qui prétendait avoir l’oreille pour entendre ces voix réductibles à leurs chuchotements. Quand Dieu a remplacé les dieux, le schéma n’a pas changé : on est passé de plusieurs donneurs d’ordres à un seul, mais le clergé associé aux rois pour constituer la classe dominante a continué d’imposer sa loi au peuple. La classe intermédiaire des guerriers veillait à ce qu’il ne vienne pas à l’idée des gouvernés de vouloir décider par eux-mêmes, pour eux-mêmes… Le peuple ? Voilà l’ennemi de tous les gouvernants », analyse Onfray, dans le même texte.

Le clergé médiatique propage l’angoisse. Ce matin, après les séquelles cérébrales, après les séquelles digestives, voici les séquelles pulmonaires. Les poumons seraient foutus quand on a été soumis au virus chinois. En lisant le papier, on note que l’on observe la même chose dans d’autres infections virales et bactériennes. Mais la photo de poumons visiblement en mauvais état et le titre sont davantage terrorisants qu’informatifs ?

Le clergé médiatique tient les cerveaux au moins aussi solidement que l’ancien clergé.

Difficile de voir Discours de la soumission volontaire comme un manuel d’insurrection non violente. Selon Onfray, la leçon de La Boétie est qu’il suffit au peuple de ne pas vouloir la tyrannie pour qu’elle n’ait pas lieu. Un peu court nous renseigne l’Histoire. Surtout quand il n’y a plus de peuple mais des populations. Le populicide a réussi.

Le sentiment d’une solitude décourageante. Les hommes politiques ne sont plus depuis longtemps au service du monde commun. Ils ne sont là que pour veiller à discipliner les populations. « Les gens » au  est peut-être encore un terme plus exact.

Le port généralisé du masque annonce-t-il la disparition de l’homme ? Foucault dans Les mots et les choses terminait par « alors on peut parier que l’homme s’effacerait, comme à la limite de la mer un visage de sable ».

Des hommes de sable, n’est-ce pas ce que nous sommes devenus ?

Marcus Graven